Olivier Véran : «On n’a pas encore gagné la guerre» contre le Covid-19 – Le Parisien

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Engagé dans la bataille contre le Covid-19 depuis le 16 février, date à laquelle il a remplacé Agnès Buzyn au ministère de la Santé, Olivier Véran n’entend pas baisser la garde, malgré une pointe de fatigue qui transpire parfois dans l’entretien qu’il nous a accordé. Il rappelle à la vigilance et au respect des gestes barrière en cette période de vacances propice au laisser-aller et aux regroupements festifs très prisés par les jeunes. Il annonce également la disponibilité immédiate de tests pour tous, remboursables et désormais accessibles sans ordonnance médicale.

On parle de plus en plus d’un rebond de l’épidémie. A quel point êtes-vous inquiet ?

OLIVIER VÉRAN. Actuellement, on ne peut pas parler d’une deuxième vague. Mais une chose est sûre : on voit, depuis quelques jours, le nombre de cas positifs remonter nettement alors qu’il baissait depuis treize semaines. Il atteint aujourd’hui le même niveau quotidien qu’à la levée du confinement. On remarque également, lors des campagnes de dépistage massif, que les patients sont jeunes, plus jeunes que lors de la précédente vague. Le taux d’asymptomatiques est, lui, extrêmement élevé. C’est le cas particulièrement en Ile-de-France où l’on voit arriver des jeunes qui ont été infectés sans qu’on sache comment.

Comment l’expliquer ?

Sans doute que les personnes vulnérables et âgées ont conservé un niveau de prudence élevé alors que les jeunes, eux, font moins attention. C’est ce que l’on constate notamment lors des rassemblements festifs et surtout familiaux à l’origine de clusters. De plus, on a fortement augmenté le nombre de tests réalisés. Après le 11 mai, on en faisait un peu plus de 200 000 par semaine, désormais, je suis en mesure de vous dire qu’on approche des 500 000 tests par semaine avec un taux de positifs de l’ordre de 1 à 1,5 %. Ce n’est plus le virus qui nous traque, c’est nous qui le traquons. Comme on teste plus, on trouve plus de malades. J’en appelle donc à la jeunesse pour qu’elle soit vigilante.

Que leur dites-vous ?

Je leur dis que je comprends parfaitement leur besoin de changer d’air et de souffler mais le virus, lui, ne prend pas de vacances. On n’a pas encore gagné la guerre. En Catalogne, on l’a vu, beaucoup de jeunes étaient contaminés et le virus a fini par se propager dans la population. Il peut frapper n’importe où, il faut donc continuer à appliquer les gestes barrières, respecter les distances sociales, porter un masque et se faire dépister en cas de doute. J’ai d’ailleurs signé un arrêté, paru ce samedi, qui permet dès aujourd’hui à n’importe de bénéficier d’un test PCR entièrement remboursé, sans avoir besoin d’une ordonnance et sans avoir à se justifier de la démarche ou présenter des symptômes.

Devant le relâchement des gestes barrières, Olivier Véran appelle la jeunesse à être plus vigilante (ici sur les bords de Seine à Paris, le 17 juillet). /LP/Raphaël Pueyo
Devant le relâchement des gestes barrières, Olivier Véran appelle la jeunesse à être plus vigilante (ici sur les bords de Seine à Paris, le 17 juillet). /LP/Raphaël Pueyo  

Pourriez-vous décider de fermer les bars dans certaines régions ?

Bien sûr, nous pourrions être amenés à le faire. Regardez en Mayenne, j’ai demandé au préfet d’interdire tous les rassemblements de plus de dix personnes tant que le virus circule de manière trop importante. Cela peut aller jusqu’à limiter l’ouverture des établissements si c’est nécessaire. Cela fait partie des possibilités.

Invitez-vous également les jeunes à utiliser l’application StopCovid, dont on n’entend plus beaucoup parler ?

L’application StopCovid n’a pas disparu de nos priorités. C’est un système d’alerte supplémentaire qui fait tout à fait sens en cette période d’été, en particulier pour les jeunes qui sont amenés à se rassembler et à être un peu moins vigilants que d’habitude. Elle permet d’alerter quelqu’un qui a pu se trouver en contact, de façon prolongée, avec une personne porteuse du virus. Plus de deux millions de personnes l’ont téléchargée, ce qui n’est pas suffisant parce qu’il faut qu’un maximum de Français l’utilisent. Si jamais nous avions une reprise de l’épidémie, le traçage des personnes potentiellement contaminées et donc potentiellement contagieuses se verrait grandement facilité. Lorsque quelqu’un est informé qu’il est à risque, il va spontanément aller se faire tester. S’il est positif, cela évitera de contaminer d’autres personnes sans le savoir car il y a de grandes chances pour qu’il soit asymptomatique.

Les délais d’attente pour passer un test Covid-19 peuvent être longs, surtout en Ile-de-France. /PHOTOPQR/L’Est républicain/Alexandre Marchi
Les délais d’attente pour passer un test Covid-19 peuvent être longs, surtout en Ile-de-France. /PHOTOPQR/L’Est républicain/Alexandre Marchi  

Sur le papier, faire un test est facile mais, dans la réalité, les délais d’attente pour avoir un rendez-vous et le résultat peuvent prendre plusieurs jours…

Dans plus de 80 % des cas, les résultats des tests sont rendus en moyenne en trente-six heures. Ce qui ne veut pas dire que ça ne coince pas dans certains endroits. Je suis moi-même amené à appeler des directeurs de laboratoires, et je l’ai fait encore plusieurs fois cette semaine, pour les rappeler à l’ordre. Ce délai peut être dû à un manque de bras, et c’est pourquoi j’ai autorisé les aides-soignantes, les étudiants en santé, les secouristes, ou encore les techniciens de laboratoire à réaliser les tests. Il y a eu des embouteillages, c’est vrai, surtout dans la capitale ces derniers jours car les Parisiens sont nombreux à partir en vacances, parfois dans des pays qui exigent de présenter un test réalisé dans les soixante-douze dernières heures. Cela a créé un déséquilibre entre l’offre et la demande et nous travaillons à corriger le tir. En Ile-de-France, nous avons ainsi identifié 30 laboratoires, faisant partie de grands groupes privés, qui ne font aucun test PCR. Nous les avons tous appelés pour qu’ils le fassent.

Pourquoi des labos ne jouent-ils pas le jeu ?

Certains me disent qu’ils ont beaucoup d’examens à réaliser, d’autres n’ont pas forcément mis en place les mesures d’hygiène pour accueillir les malades du Covid ou le personnel est parti en vacances. Je peux tout entendre. Mais enfin, on parle de géants de la biologie médicale, qu’on ne me dise pas qu’ils ne peuvent pas s’organiser ! Sur ce sujet, je suis totalement intransigeant.

N’est-ce pas usant de toujours devoir rappeler à l’ordre tout le monde ?

Je ne me prends pas pour Don Quichotte. On a réussi à augmenter, de façon considérable, le nombre de tests. C’est compliqué, je voudrais que tout aille plus vite, la pression est évidemment forte, mais j’obtiens des résultats. Ce que j’ai demandé s’agissant des tests salivaires, ce que nous devons savoir et sans délai, c’est s’ils peuvent devenir un complément utile et rapide aux tests virologiques PCR. Tout le monde doit faire le maximum. Parce que la situation l’exige, nous devons tous décupler nos efforts même si je le sais bien, il y a de la fatigue. En tant que ministre, je passe mes journées, mes nuits à compter le nombre de tests, de masques, à réfléchir et à m’organiser. C’est une bataille de tous les instants.

Le ministre de la Santé n’exclut pas de fermer les bars, dans certaines régions./PHOTOPQR/La Voix du Nord
Le ministre de la Santé n’exclut pas de fermer les bars, dans certaines régions./PHOTOPQR/La Voix du Nord  

Les tests obligatoires pour les passagers en provenance de 16 pays « rouge » ont été annoncés. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Il est faux de dire que nous n’avons rien fait depuis des mois aux arrivées dans les aéroports. Les gens ne le savent pas mais, depuis cinq mois et demi, 600 000 voyageurs passant à Roissy se sont fait contrôler la température à distance grâce à des caméras thermiques. 30 ont été dirigés vers des services de santé, et seulement un a été diagnostiqué positif au Covid ! Nous sommes le pays d’Europe le plus interventionniste sur la question. Quand on teste 100 personnes dans la rue en France, on en trouve un positif. Et la proportion est la même dans un aéroport. Nous ne sommes donc pas dans une situation où on laisse entrer des milliers de passagers malades qu’on laisse ensuite aller envahir les rues françaises.

Quel est le sens de votre recommandation de ne pas se rendre en Catalogne ? Que doit faire une famille qui a réservé ses vacances dans cette région d’Espagne ?

Nous faisons le constat d’une épidémie mal contrôlée dans une partie de la Catalogne. Ce qui a conduit la région à prendre des mesures de reconfinement progressif. Il nous est donc difficile de recommander aux Français de se rendre sur place, où il est interdit de sortir, de se déplacer normalement, d’aller à la plage ou au restaurant. Nous conseillons donc, même à celles et ceux qui y ont réservé des vacances, de ne pas s’y rendre pour l’instant.

La fermeture de la frontière franco-espagnole est-elle envisagée ?

De nombreuses frontières sont déjà fermées, comme celle avec les Etats-Unis, par exemple. Celle entre la France et l’Espagne ne l’est pas parce que la mesure ne se justifie pas pour l’instant, compte tenu des règles sanitaires très fortes prises par la région Catalane. En demandant à sa population de ne pas se déplacer, de rester chez elle, l’Espagne a en quelque sorte créé ses propres frontières.

Pour revenir sur l’épidémie, de plus en plus de familles de victimes demandent la création d’une journée de deuil national, est-ce prévu ?

On a un travail de résilience collective à mener. Le deuil est rendu difficile, les gens n’ont pas pu enterrer leurs morts, tout s’est fait dans un contexte de peur générale face à une épidémie qui frappait tous les jours davantage. Certains ont perdu leurs proches, d’autres ont été malades, fatigués et gardent des symptômes. Je ne néglige absolument pas la souffrance des gens et nous la comprenons et l’accompagnons avec la plus grande bienveillance. Mais on n’est pas au stade où l’on peut regarder en arrière, on est encore dans un combat actif. Aujourd’hui nous devons tout faire pour qu’un jour, on puisse parler de ce virus au passé.

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