Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé mercredi le lancement d’une offensive dans le nord-est de la Syrie. L’Union européenne et la France exigent l’arrêt des opérations.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 15h39, mis à jour à 16h53

Temps de Lecture 3 min.

La perspective était imminente. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé, mercredi 9 octobre, le lancement d’une offensive dans le nord-est de la Syrie visant à éliminer « un corridor terroriste » à la frontière sud de la Turquie.

« Les Forces armées turques et l’Armée nationale syrienne [des rebelles syriens soutenus par Ankara] ont débuté l’opération Source de paix dans le nord de la Syrie », a annoncé M. Erdogan sur Twitter. Cette offensive, que la Turquie menaçait depuis plusieurs mois de lancer, est la troisième que mène Ankara en Syrie depuis 2016.

Cette opération vise, selon lui, « les terroristes des YPG et de Daech [acronyme arabe du groupe Etat islamique] » et a pour objectif de mettre en place une « zone de sécurité » dans le nord-est de la Syrie. « La zone de sécurité que nous allons créer va permettre le retour des réfugiés syriens dans leur pays », a-t-il ajouté.

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Des « raids aériens » mais aussi des tirs d’artillerie ont visé la ville de Ras al-Aïn et ses environs, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), un secteur où un correspondant de l’Agence France-Presse avait pu entendre une forte explosion et voir de la fumée tandis que des avions survolaient le secteur.

« Les avions de guerre turcs ont commencé à mener des frappes aériennes sur des zones civiles, il y a une forte panique parmi les gens », a fait savoir de son côté un porte-parole des forces kurdes, Mustafa Bali. Des tirs d’artillerie turcs ont également visé plusieurs villages de la région de Tal Abyad, située également sur la frontière avec la Turquie, selon l’Observatoire.

D’après le quotidien turc Hürriyet, la Turquie envisage dans un premier temps de prendre le contrôle d’une bande de territoire à la frontière longue de 120 km et profonde d’une trentaine de kilomètres, allant des villes de Tal Abyad à Ras al-Aïn.

L’UE exige l’arrêt de l’offensive

Le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker a exigé l’arrêt de l’offensive et a averti qu’aucun financement européen ne serait accordé « pour une zone de sécurité ». « La Turquie doit cesser l’opération militaire en cours. Elle ne donnera pas de résultat. Et si le plan de la Turquie est la création d’une zone de sécurité, n’attendez pas de financement de l’Union européenne », a-t-il affirmé devant le Parlement européen réuni à Bruxelles.

De son côté, la France condamne « très fermement » l’offensive turque et saisit le Conseil de sécurité de l’ONU, a déclaré la secrétaire d’État aux affaires européennes, Amélie de Montchalin, quelques instants après le début de l’opération turque. « La France, l’Allemagne et le Royaume Uni sont en train de finaliser une déclaration commune qui sera extrêmement claire sur le fait que nous condamnons très fortement et très fermement ce qui est rapporté », a-t-elle déclaré devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

Le président en exercice du Conseil de sécurité de l’ONU, l’ambassadeur sud-africain Jerry Matthews Matjila, a appelé mercredi la Turquie à « épargner les civils » et à « exercer un maximum de retenue » dans ses opérations militaires en Syrie.

A la tête du Conseil de sécurité pour le mois d’octobre, il a espéré qu’une réunion de cette instance pourrait se tenir très rapidement, relevant qu’il appartenait aux rédacteurs des résolutions sur la Syrie de convoquer une telle session. Sur le plan humanitaire en Syrie, il s’agit de la Belgique, de l’Allemagne et du Koweït.

Atermoiements de Donald Trump

Quelques heures avant l’intervention, les Kurdes de Syrie ont appelé Moscou à jouer le rôle de « garant » dans un processus de « dialogue » avec le régime de Bachar al-Assad, alors que les forces de cette minorité sont menacées par l’offensive turque.

Le président américain Donald Trump a semblé donner son feu vert dimanche à une telle opération avant de revenir sur ses propos et d’assurer que les Etats-Unis n’avaient « pas abandonné les Kurdes », qui ont joué un rôle crucial dans la défaite militaire de l’EI.

Si les Occidentaux louent le rôle des YPG dans la bataille contre l’EI, Ankara considère ces combattants kurdes comme un groupe « terroriste » et une menace à sa sécurité en raison de ses liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui livre une guérilla sur le sol turc.

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