«Nous avons le droit de profiter après cette année catastrophique» : des Français veulent fêter (malgré tout) le Nouvel an – Le Figaro

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TÉMOIGNAGES – Alors que Jean Castex a annoncé que le Nouvel an devrait avoir lieu sous couvre-feu, certains Français s’arrangent pour tenter de sauver, quoi qu’il en coûte, leur 31. D’autres, plus sages, se disent résignés à la solitude.

Il y a ceux qui vont tricher, ceux qui vont rester plus longtemps que prévu, ceux qui vont le passer en famille, et ceux qui seront seuls. Selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et France Info dévoilé vendredi, 71% d’entre eux approuvent l’instauration d’un nouveau couvre-feu de 20h à 6h du matin à partir du 15 décembre. Son maintien pour la soirée du 31 décembre est également soutenu par 60% des Français. Près d’un Français sur trois (31%) et surtout 56% des jeunes comptent cependant se rebeller et passer outre cette interdiction.

«Nous serons une vingtaine dans un espace de 100 mètres carrés»

Si le premier ministre a de nouveau souligné jeudi 10 décembre que les fêtes de fin d’année concentrent «tous les ingrédients d’un rebond épidémique», cela n’a pas empêché certains Français de préparer leurs plans pour le 31. Clara*, 19 ans, compte fêter la Saint-Sylvestre avec une vingtaine de ses amis mais «tout en respectant les gestes barrières» dans un «grand espace aéré de plus de 100 mètres carrés», l’atelier de son père. «Je suis restée trop longtemps enfermée pour des personnes qui n’ont pas respecté le confinement», s’indigne-t-elle, justifiant sa démarche. «Nous avons le droit de profiter un peu après l’année catastrophique que nous avons eue, c’est notre seule soirée où on peut profiter, donc nous allons en profiter», tranche-t-elle. À l’instar de Clara, Héloïse* va retrouver ses amis «dans une maison de campagne, à Toulouse». Son avion atterrissant à 19 heures le 30 décembre, Héloïse a décidé, malgré le couvre-feu, de prendre le risque de se faire verbaliser. «Je n’arriverai jamais à être à 20 heures chez mes amis, mais je tente quand même».

«Je n’aime pas prendre des cuites d’habitude, mais là, comme on sera obligés de rester ensemble plus longtemps à cause du couvre-feu, je crains que cela ne soit inévitable», redoute Lucie*, 26 ans, qui prévoyait, avant les annonces de Jean Castex, de rentrer chez elle vers deux heures du matin. «Je comptais faire une petite fête avec quelques amis, avec des jeux de société et d’alcool», confie-t-elle, glissant que, malgré son envie de ne pas éterniser sa soirée, elle n’oserait pas jouer les trouble-fêtes en allant se coucher avant tout le monde.

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D’autres, s’ils ne comptent pas fêter la nouvelle année en grande pompe, ne prévoient pas non plus de rester seuls. Clément* vit dans le Nord de la France et, pour les fêtes, il a déjà pris ses billets de train pour le premier week-end des vacances et rejoindre ses parents dans le Sud. «Ce sera en petit comité, nous serons trois, en famille» pour le Nouvel an, car, «étant donné la crise sanitaire et les mesures qui en découlent», Clément ne compte pas sortir avec des amis. «Je pense qu’il s’agit de notre responsabilité à tous de ne pas participer à un rebond de l’épidémie début janvier», insiste-t-il.

«Je ne vois pas en quoi ce serait un jour spécial»

«Refiler le Covid à tout le monde pour avoir un nouveau confinement en janvier? Très peu pour moi!», s’exclame Alexandre*, 32 ans, qui avoue n’avoir rien prévu. «Je vais rester seul et peut-être regarder des séries. Je ne vois pas en quoi ce serait un jour spécial, c’est juste une raison de plus de faire la fête, sauf que nous sommes en pleine crise sanitaire là, il faut que les gens se réveillent» à défaut de réveillonner.

« Chaque année, j’ai la pression pour trouver THE soirée du 31 (…). Ne pas avoir cette obligation sociale m’enlève un poids »

Comme Alexandre, Laure* fait partie de ceux qui ne comprennent pas cet engouement, en pleine crise épidémique, pour les fêtes de fin d’année. Tout en concédant qu’il était important de maintenir Noël pour voir ses proches, elle se dit plutôt soulagée de pouvoir se passer de Nouvel an cette fois-ci. «Chaque hiver, j’ai la pression pour trouver THE soirée du 31, et je dois dire que ça me bloque un peu parfois de me dire que, parce que c’est le Nouvel an, il faut que je sois enthousiaste, que je me dois de passer une bonne soirée», souffle-t-elle. «Ne pas avoir cette obligation sociale cette année m’enlève un poids».

Selon le sondage de l’Ifop, si la plupart des moins de 35 ans disent ne pas accepter les mesures restrictives pour le réveillon, les 65 ans et plus, la population la plus à risque, sont, eux, 76% à accepter les restrictions pour le 31. C’est le cas de Roger* et Bernadette*, 74 ans, qui, comme tous leurs amis seniors, comptent rester à la maison, «devant un film à la télé», ce qui ne bouleverse en rien leurs habitudes du Nouvel an. Le réveillon, ils s’en fichent : «L’essentiel est de pouvoir voir nos petits-enfants à Noël».


Un sentiment de «colère»

Sophie*, 28 ans de Paris, nous explique pourquoi elle, est en colère contre ces ajustements : «Je ne suis pas contente du tout. Ce couvre-feu le 31 décembre, c’est une catastrophe au niveau psychologique pour celles et ceux qui ne fêtent pas Noël, parce qu’ils n’ont plus de famille ou qu’ils ne s’entendent pas avec. J’en fais partie. C’est tellement nous renvoyer à la figure que nous, on mérite pas de passer la soirée avec ceux qu’on aime, c’est-à-dire nos amis. Et en plus, c’est pas très malin de mettre un couvre-feu en plein décembre, alors que c’est connu – suffit de lire Durkheim – que décembre-janvier, c’est la période la plus difficile, et celle où il y a beaucoup de tentatives de suicide. Ce couvre-feu le 31 décembre est dur à accepter. »

*Les prénoms ont été modifiés

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