Un salarié du technicentre de Châtillon (Hauts-de-Seine) en discussion avec une représentante de la SNCF, mardi 29 octobre 2019. — C-E.AK/20Minutes
  • Depuis lundi 21 octobre, 200 cheminots du technicentre de Châtillon sont en grève.
  • Ils ont tenté ce mardi de rencontrer la direction de la SNCF au siège de Saint-Denis.
  • La direction n’a pas souhaité les recevoir, engendrant une nouvelle journée de mobilisation ce mercredi.

« Ça y est, vous êtes devenus des stars, tout le monde parle de vous… », plaisante une femme. Elle s’adresse notamment à Rachid, cheminot en grève du technicentre de Châtillon (Hauts-de-Seine), qui vient de s’exprimer ce mardi après-midi face à une cohue de journalistes, aux abords du siège national de la SNCF, à Saint-Denis.

Depuis le lundi 21 octobre, 200 cheminots en charge de la maintenance des TGV Atlantique, sur environ 700 salariés du technicentre SNCF de Châtillon, ont cessé le travail. En cause, la volonté de la direction de mettre fin à un accord local qui leur octroie 12 jours de repos supplémentaires, et ce sans concertation préalable, selon les cheminots. Leur grève, déclenchée spontanément et sans l’aval des syndicats, a ralenti le trafic des TGV Atlantique de 70 %.

« Tout le monde pense qu’on ne fout rien »

Malgré l’appel à manifester devant le siège de leur direction, seule une trentaine de cheminots se sont donné rendez-vous afin d’être reçus par la direction. « Ça ne fait plaisir à personne de faire grève, lâche l’un d’entre eux. Personne n’en est fier, on le fait par nécessité. Il ne faut pas penser qu’on reste chez nous. On vient sur le lieu de travail malgré tout. Ce n’est pas seulement pour nous que nous sommes en grève, on le fait aussi pour améliorer les conditions de voyage des usagers. »

A ses côtés, Slim, bras croisés et bob vissé sur la tête, acquiesce. « Tout le monde pense que l’on ne fout rien. Et là, pour une fois, on n’a vraiment rien fait pendant une semaine, et voilà ce qu’il se passe. Tous les jours, mes potes me charrient parce que je suis cheminot, en me disant que je ne fais rien de mes journées. Mais ça ne fait rien, j’aime mon métier, je suis heureux quand je vois des familles qui peuvent prendre le TGV dans un bon état pour aller en vacances. »

« Le calendrier, nous ne l’avons pas choisi »

Alors que la gare Montparnasse représente environ 40 % du trafic du réseau SNCF, des milliers d’usagers sont impactés cette semaine, en plein durant les vacances de la Toussaint. Un malheureux hasard du calendrier, assurent les cheminots de Châtillon. « Le calendrier, nous ne l’avons pas du tout choisi, plaident-ils en chœur. C’est la direction qui a voulu mettre fin à l’accord local de façon brutal, pas nous. »

Au-delà des voyageurs restés à quai, cette nouvelle grève pourrait dégrader un peu plus l’image des cheminots auprès d’une partie de l’opinion. « Au point où nous en sommes… glisse Slim. Quand tu es systématiquement pointé du doigt, tu subis. On a tous des membres de notre famille touchés par cette grève qui nous dépasse nous-mêmes. Ça nous fout les boules à nous aussi… Je devais aller en vacances et je ne suis pas parti non plus. On essaye de trouver une sortie de grève le plus rapidement possible. La balle est dans le camp de la SNCF. »

Pas de réunion prévue avec la direction au programme

C’est justement pour obtenir satisfaction que les cheminots, gilet orange sur le dos, ont pris la décision de se rendre au siège de la SNCF. Mais face à eux, à l’entrée du bâtiment, se dresse une cohorte de CRS. Après quelques minutes d’attente, une représentante de l’entreprise vient à leur rencontre, devant une nuée de caméras. Et après quelques instants d’un dialogue de sourds, Rachid rebrousse chemin, la mine défaite. « On nous a dit que ce n’était pas le lieu pour nous recevoir… ». « Voilà comment se passe le dialogue social à la SNCF ! », s’égosille une femme en gilet orange.

Les cheminots de Châtillon seraient-ils jusqu’au-boutistes ? « C’est la direction qui l’est », tonne Rachid. Et d’ajouter : « Nous allons continuer le mouvement ». Au final, cette grève, partie pour durer, risque-t-elle de peser avant l’appel lancé pour le 5 décembre ? « On a des caisses de grèves. L’argent n’est pas un souci et nous serons prêts », assure Rachid. Le trafic ferroviaire lui, restera perturbé ce mercredi, avec trois trains sur dix annoncés. Une amélioration est cependant prévue pour la fin de semaine, assure la SNCF, avec 8 TGV Atlantique sur 10. Contactée, la direction de la SNCF n’a pas été en mesure de nous répondre.

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