Nos vieux appareils créent une montagne de déchets électroniques

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Nos vieux appareils créent une montagne de déchets électroniques

Des appareils électroniques ménagers défectueux aux vieux smartphones, la quantité totale de déchets électroniques générés dans le monde cette année devrait atteindre le chiffre record de 57,4 millions de tonnes, soit plus que le poids théorique de “l’objet” le plus lourd sur Terre, à savoir la Grande Muraille de Chine.

Cette montagne de déchets d’équipements électroniques et électriques ne peut que s’accroître : selon un nouveau rapport publié par l’organisation internationale WEEE (Waste Electrical and Electronic Equipment) Forum, les déchets électroniques sont en passe d’augmenter de 4 % par an pour atteindre 74 millions de tonnes en 2030.

L’une des principales raisons de l’explosion de la production de déchets électroniques dans le monde est le taux élevé de consommation d’appareils électroniques, qui, selon le Forum, augmente de 3 % par an. Ce phénomène est particulièrement visible dans l’industrie des smartphones : en moyenne, les consommateurs remplacent leurs appareils mobiles tous les trois ans, et jusqu’à un milliard de combinés sont expédiés chaque année dans le monde.

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Un niveau de recyclage encore faible

Le problème est que peu de consommateurs savent quoi faire des appareils qu’ils remplacent – et le plus souvent, ils finissent par dormir au fond d’un tiroir ou par aller directement à la décharge. Selon les estimations, un ménage moyen en Europe possède 11 appareils qui ne sont plus utilisés ou qui sont cassés, et chaque citoyen possède jusqu’à 5 kg de produits électriques et électroniques inutilisés.

Et lorsque les appareils ne sont pas rangés dans une boîte “vieux appareils électroniques” bien étiquetée, ils sont souvent mis à la poubelle sans que l’on se soucie de leur destination. Aux Etats-Unis, selon le WEEE Forum, 151 millions de téléphones portables sont mis à la poubelle chaque année, et finissent incinérés ou mis en décharge. Par conséquent, jusqu’à 40 % des métaux lourds présents dans les décharges du pays proviennent des appareils électroniques mis au rebut.

Une façon de relever le défi des déchets électroniques est de recycler les appareils anciens et inutilisés. Mais la facilité avec laquelle on peut mettre les articles à la poubelle ou les dissimuler, ajoutée à divers facteurs comme la crainte pour la sécurité des données ou la difficulté d’atteindre les points de collecte, font que les niveaux de recyclage sont encore assez faibles dans le monde.

Alors qu’environ la moitié des déchets électroniques sont actuellement recyclés, la réalité est bien plus sombre : à peine un peu plus de 17 % des appareils électroniques étaient connus pour être correctement traités et recyclés en 2019.

La lourde empreinte environnementale de l’industrie

Pourtant, le recyclage a un rôle énorme à jouer dans la réduction de l’empreinte environnementale de l’industrie. Les smartphones, par exemple, nécessitent beaucoup de ressources pour être construits, les analystes estimant que l’empreinte carbone totale du processus de fabrication est égale aux émissions de carbone annuelles d’un petit pays. Si une partie des ressources pouvait être recyclée à partir d’anciens appareils, cela pourrait contribuer à réduire considérablement ces chiffres.

Par exemple, la récupération de certains matériaux comme l’or à partir des déchets permet d’économiser beaucoup d’émissions de dioxyde de carbone par rapport à l’extraction minière, indiquent les experts du WEEE Forum.

Les gains ne sont pas seulement environnementaux : les matériaux récupérables dans les vieux appareils électroniques ont également une valeur financière. Une tonne de téléphones portables mis au rebut, par exemple, contient plus d’or qu’une tonne de minerai d’or. Et un million de téléphones portables pourraient générer 24 kg d’or, 16 000 kg de cuivre, 350 kg d’argent et 14 kg de palladium. En 2019, la valeur de ce type de matières premières dans les déchets électroniques a été évaluée à environ 57 milliards de dollars, dont seulement 10 milliards ont été récupérés.

Il incombe désormais aux consommateurs d’assumer la responsabilité de leurs déchets électroniques, fait valoir le Forum. « Une chose est sûre : tant que les citoyens ne rapporteront pas leurs appareils usagés ou cassés, ne les vendront pas ou ne les donneront pas, nous devrons continuer à extraire des matériaux entièrement nouveaux, ce qui causera d’importants dommages à l’environnement », affirme Pascal Leroy, directeur général du WEEE Forum.

Aller vers des cycles de vie plus longs ?

Les acteurs industriels ont donc eux aussi un rôle à jouer. De nombreux fabricants d’équipements comme Apple ou Samsung ont déjà mis en place des programmes de recyclage, qui encouragent les utilisateurs à envoyer leurs vieux téléphones dans des centres de recyclage spécialisés, ou les incitent à échanger leurs appareils contre des crédits pour leurs prochains achats.

Fairphone, un petit fabricant de téléphones durables basé aux Pays-Bas, a opté pour une approche encore plus radicale. Plutôt que de se concentrer entièrement sur le recyclage des vieux produits, l’entreprise vend des appareils conçus pour durer beaucoup plus longtemps que la durée de vie moyenne de trois ans des smartphones. Les produits vendus par Fairphone sont modulaires, ce qui signifie que les utilisateurs peuvent facilement remplacer ou mettre à jour certains des composants de leur téléphone, s’ils se cassent ou deviennent trop vieux – pensez aux écrans, mais aussi aux batteries ou aux prises d’écouteurs. L’entreprise espère que ce modèle permettra aux propriétaires de conserver leur téléphone jusqu’à cinq ans.

« Ce qui est en fait plus efficace que le recyclage, c’est de continuer à utiliser les appareils », évoque Matthew Cockerill, consultant en conception stratégique, qui a précédemment participé au lancement du premier combiné de Fairphone. « Devons-nous jeter nos produits et en fabriquer de tout nouveaux, ou pouvons-nous envisager des choses comme le reconditionnement, où un smartphone pourrait être repris et mis à niveau, avec quelques éléments remplacés, mais où essentiellement la plupart des composants dureraient beaucoup plus longtemps ? »

Des cycles de vie plus longs pour les appareils électroniques signifient en fin de compte que moins de carbone est émis pour produire de nouveaux appareils – ainsi que moins de déchets électroniques. Cela vaut donc la peine d’y réfléchir à deux fois avant de mettre à niveau votre téléphone portable et de l’envoyer rejoindre ses prédécesseurs dans le tiroir de la cuisine.

Source : ZDNet.com

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