Ne croyez pas vos yeux

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Ne croyez pas vos yeux

 Puisque nous sommes le 1er avril, autant vous parler d’un canular. Il est impossible de vous expliquer pourquoi Follow Me est un très bon film d’horreur sans vous en dévoiler l’intrigue. Si vous ne l’avez pas vu, arrêtez-vous à cette ligne et courez le voir.

Petit monde

Cole Turner est un influenceur sur les réseaux sociaux. Il gagne sa vie en faisant des vidéos de ses voyages et en mettant constamment en scène sa vie. Cette manière de vivre, très exposée et finalement superficielle, agace profondément sa petite amie Erin. Néanmoins, elle ne rechigne pas devant les avantages de la fonction et profite des voyages, des cadeaux et de la belle vie que lui offre la notoriété de Cole.

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Cole reçoit une invitation pour se rendre à Moscou avec ses amis : sur place, il doit participer à un escape game. Ni une, ni deux, il prend sa bande d’amis sous le bras, sa petite amie, direction la Russie. Il est presque tout de suite mis dans le bain de la corruption et déambule dans la ville en limousine.

Après une soirée agitée dans un night-club, toute la petite troupe se rend à l’escape game. Mais nous sommes en Russie, on ne fait rien de classique là-bas, surtout pas lorsqu’il s’agit de faire peur ou d’impressionner quelqu’un.

Escape from horror

Les escape games mis en scène dans les films d’horreur commencent à avoir le vent en poupe, avec des résultats qui ne sont pas toujours à la hauteur. Difficile de ne pas copier les films tels que Saw ou Hostel, qui misent sur l’enfermement et les situations binaires. L’excellent Escape Game — dont on nous annonce un second volet — est devenu une référence du genre. On notera que le réalisateur de Follow Me est celui d’Escape Room, qui était assez médiocre. Il s’en sort mieux avec Follow Me. Il ne suffit pas de placer les personnages dans une situation d’enfermement, il faut donner du corps à l’histoire. On parle ici au sens figuré comme au sens littéral.

Dans Follow Me, le corps est tout trouvé : c’est le narcissisme exacerbé de Cole, mais aussi sa naïveté. La mise en scène de l’escape game est ultraréaliste, on y croit jusqu’à la fin. Les critiques ont trouvé que la fin était évidente, cousue de fil blanc. Personnellement, je m’y suis laissée prendre. Le rythme est tel qu’on entre très facilement dans le film, sans se laisser distraire ni regarder sa montre, ce qui n’a pas été le cas pour Antebellum.

Quand bien même, on aurait un doute en regardant le film, certaines scènes sont tellement bien faites, qu’on croit réellement que le personnage est mort. En théorie, sauf dans les films de zombies, personne ne se relève après avoir reçu une balle dans la tête. L’escape game opère un savant mélange entre les méthodes du KGB et les mises à mort plus conventionnelles, rendant l’ensemble extrêmement crédible pour qui est au cœur de l’action.

L’horreur en vrai

La véritable horreur ne se situe pas durant le film, mais à la fin, lorsque Cole réalise que tout était bidon. Pour son anniversaire, ses amis lui ont fait un canular très élaboré. Il pensait que tout le monde était mort et que le responsable était celui qui avait lancé l’invitation en Russie.

Le trouvant à la sortie de l’escape game, Cole le roue de coups, jusqu’à le tuer. Devant l’ensemble de ses amis, du personnel embauché, mais aussi devant le Web. Toute la farce était streamée en direct, les internautes savaient que tout était faux. Tout le monde le savait sauf Cole, persuadé que ses amis et sa petite amie étaient décédés.

L’expression sur le visage de Cole puis l’affichage des commentaires sous le live vidéo rend la chose extrêmement malsaine, mais jouissive. Il réalise ce qu’il vient de faire, mais on voit son monde s’effondrer. Pour lui, avant cet épisode, tout cela n’était finalement qu’un jeu, une manière de gagner sa vie de façon ludique et peu fatigante. En quelques secondes, tout est devenu réel et il a perçu le poids des images.

Ne croyez pas vos yeux

Dans ces colonnes, on parle souvent des trucages vidéo et du fait qu’il ne faut pas croire ce qu’on voit en vidéo. Follow Me inverse ce paradigme. Pour comprendre qu’il s’agissait d’un canular, il fallait regarder la vidéo, être derrière l’écran et non pas dans l’action.

Le film est très ironique : en général, on ne croit pas une vidéo. Il suffit de faire un tour sur un réseau social et de lire les commentaires sous une vidéo. Les internautes demandent quel est le contexte, si la vidéo n’a pas été coupée, truquée ou montée, etc. Dans Follow Me, c’est exactement l’inverse : on doit se fier uniquement à la vidéo pour déterminer où se situe la vérité, un peu comme en sport.

Alors, faut-il voir Follow Me ? Honnêtement, il vaut le détour, on ne voit pas passer le temps et la mise en scène est crédible. Si vous voulez passer un bon moment, je vous le recommande chaudement.

Do skórovo. 

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