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Municipales à Paris: Emmanuel Macron envoie Agnès Buzyn pour sauver LREM – Le Figaro

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Une médecin au chevet d’une campagne en urgence vitale. La ministre de la Santé et des Solidarités, Agnès Buzyn, a finalement accepté, dimanche après-midi, à trente jours du premier tour du scrutin, d’être candidate à la mairie de Paris. Novice en politique, la responsable macroniste a la lourde tâche de succéder à Benjamin Griveaux, qui a renoncé vendredi à sa campagne après la diffusion de vidéos à caractère sexuel. Aussitôt adoubée par La République en marche, Agnès Buzyn a annoncé sa démission du gouvernement, remplacée par le député et rapporteur du budget de la Sécurité sociale Olivier Véran, en pleine crise de l’hôpital public et du coronavirus. «J’en ai envie, j’y vais pour gagner», a-t-elle déclaré à l’AFP. Un revirement de situation inattendu, d’autant que l’ancienne praticienne hospitalière, un temps attendu dans le 15e ou le 6e arrondissement avait affirmé, quarante-huit heures auparavant, au micro de France Inter, qu’elle «ne pourrait pas être candidate», à cause d’un «agenda très chargé»…

Agnès Buzyn a pourtant «elle-même proposé» de reprendre le flambeau, affirme un membre du gouvernement qui a participé aux tractations, tout au long du week-end. L’ex-ministre a annoncé sa décision après s’être entretenue avec le chef de l’État et à l’issue d’un rendez-vous avec Stanislas Guerini, patron de La République en marche. Samedi, au cours de plusieurs réunions internes et de discussions avec les acteurs de la majorité présidentielle, le nom de la ministre est revenu avec insistance, sans toutefois faire l’unanimité. «C’était la seule solution crédible. Avec Buzyn, on peut rentrer dans le jeu» de l’élection, soutient un pilier de la majorité. François Bayrou, président du MoDem, avait défendu cette option auprès d’Emmanuel Macron dès l’automne. «Elle a du courage là où beaucoup de politiques n’en ont pas», juge Marielle de Sarnez, vice-présidente du MoDem et élue parisienne. «Elle n’est pas du tout politique, c’est un choix très risqué, et elle n’a pas du tout été impliquée, jusqu’à maintenant, dans la campagne parisienne», tempère un macroniste historique, membre du bureau exécutif de LREM. «Sur le terrain, à chaque sortie, elle sera confrontée à la colère vive des hospitaliers», redoute un autre élu parisien, qui souligne le risque de «nationalisation» de l’élection. Mais seule Agnès Buzyn – poids lourd du gouvernement et visage connu de la macronie – était susceptible de créer un «effet blast», rappelle une cadre, et de «parler à la droite et à la gauche», selon un conseiller ministériel, quand les candidatures internes (Mounir Mahjoubi, Julien Bargeton et Sylvain Maillard) ne remportaient pas l’adhésion.

C’est une candidature de conquête qui permet de déjouer les pronostics négatifs. Elle a fait montre d’opiniâtreté au gouvernement, son profil détonne face à ses concurrentes

Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement

La majorité présidentielle, sur consigne du chef de l’État, a salué comme un seul homme l’arrivée d’Agnès Buzyn dans la bataille parisienne. «Je n’ai jamais vu autant d’émojis cœur sur Telegram, les militants sont ravis», s’enflamme une cadre de la campagne. «C’est une personnalité importante, appréciée des Français, une femme de caractère, salue Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, interrogée par Le Figaro. Une candidature de conquête qui permet de déjouer les pronostics négatifs. Elle a fait montre d’opiniâtreté au gouvernement, son profil détonne face à ses concurrentes», à savoir la maire socialiste Anne Hidalgo et la porte-drapeau des Républicains, Rachida Dati. Cela «traduit une envie réciproque: son envie à elle de conduire une liste à Paris et l’envie des Parisiens de sortir du clivage gauche-droite», poursuit Marlène Schiappa, secrétaire d’État et candidate dans le 14e arrondissement. «C’est une femme qui rassemble la famille macroniste et la majorité présidentielle. On bascule dans une autre campagne. Elle va imprimer sa marque et mettre sa patte dans les orientations», abonde Delphine Bürkli, maire et tête de liste du 9e arrondissement.

Reste que les marges de manœuvre s’annoncent réduites pour cette candidate de dernière minute, qui s’engage à «améliorer la qualité de vie» des Parisiens. Agnès Buzyn hérite du programme de Benjamin Griveaux, déjà présenté et budgété, auquel elle n’a pas contribué. Acceptera-t-elle de porter la création d’une police municipale armée ou le projet d’un «Central Park» au cœur de Paris? Dans tous les arrondissements, le casting est aussi presque finalisé. «À contexte exceptionnel, réponse exceptionnelle. Ce sera dur», observe un conseiller ministériel. «C’est un peu l’anti-Griveaux sur bien des aspects. Il faut voir sa capacité à mener une campagne», s’interroge un membre du gouvernement.

L’arrivée de cette quinquagénaire dans le paysage parisien rebat de toute évidence les cartes de la campagne. Pris de court, ses opposants n’ont d’ailleurs pas tardé à protester. «Cet abandon de poste montre que l’intérêt de LREM prime sur l’intérêt national, c’est une grave faute politique», a critiqué Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo. «Cette campagne mérite de faire de Paris un choix qui ne soit ni subi ni imposé», a réagi Nelly Garnier, directrice de campagne de Rachida Dati. Certains macronistes nourrissent l’espoir que ce changement d’incarnation soit de nature à récupérer Cédric Villani, candidat dissident et exclu de LREM, qui a fustigé «un choix incompréhensible». «Buzyn, c’est beau sur la photo, mais pas sûr que ce soit ce qu’il y a de plus positif sur la durée, pointe l’entourage du mathématicien. Nous, on continue jusqu’au bout.»

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