Mort de Jean Daniel, fondateur du «Nouvel Observateur» – Libération

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«Le plus prestigieux journaliste français s’est éteint. Il fut à la fois un témoin, un acteur et une conscience de ce monde.» C’est ainsi que l’Obs, a annoncé sur son site la mort mercredi soir à l’âge de 99 ans de Jean Daniel, cofondateur de l’hebdomadaire en 1964, sous le nom de Nouvel Observateur. Il en a été le directeur de la publication jusqu’en 2008 et continuait d’y écrire en 2019.

Il a été l’ami de Pierre Mendès France, Michel Foucault, François Mitterrand, avec lequel il eut, comme tant d’autres, des relations compliquées, ou Albert Camus, en dépit de leur désaccord sur le dossier algérien.

Egalement écrivain et essayiste, il a signé une trentaine de livres, depuis l’Erreur, roman paru en 1952 salué par Camus, à Mitterrand l’insaisissable en 2016. Ses Œuvres autobiographiques (cinq ouvrages) ont été rassemblées en 2002 en un seul volume de 1 700 pages.

Grands débats de l’époque

Né le 21 juillet 1920 à Blida, élevé dans une famille algérienne de confession juive, Jean Daniel Bensaïd, nom qu’il abandonne après-guerre pour écrire dans Combat sous le pseudonyme de Jean Daniel, est le dernier de onze enfants. Son père sera une figure adorée, s’émerveillant «chaque jour d’être Français». Après avoir combattu dans les rangs de la division Leclerc, il étudie après-guerre la philosophie à la Sorbonne puis entre en 1946 au cabinet de Félix Gouin, président du Gouvernement provisoire. Se situant déjà dans le courant de la gauche non communiste, il fonde en 1947 Caliban, une revue culturelle. Au milieu des années 50, Jean-Jacques Servan-Schreiber l’engage à l’Express où il couvre les «événements» d’Algérie.

En 1964, avec l’industriel Claude Perdriel, il reprend France Observateur qui devient le Nouvel Observateur pour en faire l’hebdomadaire de la «deuxième gauche». «Jamais, nous n’avions pensé que nous réussirions. La formule choisie était assez culturelle, assez intellectuelle pour ne pas dépasser les 40 000-60 000 exemplaires dans le meilleur des cas», dit-il à l’AFP en 2004. En 1974, il tire déjà à 400 000 exemplaires !

Participant à tous les grands débats de l’époque, le magazine défend l’anticolonialisme, publie en une le manifeste des «343 salopes» pour l’avortement, soutient Mendès-France, Rocard puis Mitterrand, polémique avec le Parti communiste.

Sur le Proche-Orient, malgré son «attachement indéfectible à Israël», Jean Daniel qui, selon lui, refusa trois fois un poste d’ambassadeur proposé par le président Mitterrand, considérait que «les Palestiniens avaient droit à un Etat».

«Il s’est moins trompé que les autres»

Après les révélations d’Alexandre Soljenitsyne sur l’existence des Goulags en URSS, il écrit : «Nous ne laisserons jamais à la droite le confortable et unique monopole de la contestation contre les démences des bureaucrates totalitaires.»

Dans un article publié en 1998 lors de la publication de ses Carnets, Libération écrivait : «Une fois évacué le mauvais esprit que suscite son ego légendaire, il faut rendre cette justice au journaliste : oui, il s’est beaucoup moins trompé que les autres. Soumis à la dictature de “l’événementiel”, les éditorialistes ne relisent pas toujours leurs œuvres sans regrets. Jean Daniel peut se retourner avec le sentiment de ne pas s’être fourvoyé face aux enjeux majeurs de son époque.» On y trouvait aussi cette phrase de Jean Daniel : «L’homme de gauche que je suis n’a jamais partagé les fascinations qui conduisent à une abdication de la liberté.»

A Libération qui dressait son portrait en 2000, il disait aussi : «Me courber devant quelqu’un m’est impossible. Même devant le premier personnage de l’Etat.»
LIBERATION

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