« Moins de “moi” et plus de “nous” » : le discours de Macron vu par la presse européenne – Le Monde

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« L’épidémie commence à marquer le pas. » Dans sa quatrième allocution télévisée depuis le début de la crise sanitaire, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé, lundi 13 avril, le prolongement d’un mois du confinement en France, mais a aussi esquissé la levée progressive des restrictions et une réouverture des écoles à compter du 11 mai. Cette date est désormais charnière pour le pays.

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Ces décisions étaient attendues, mais l’enjeu est de taille, soulignent les médias étrangers, alors que la France est l’un des pays les plus durement touché par l’épidémie de Covid-19, où la maladie a fait près de 15 000 morts. « Il lui fallait donner un cap, un horizon, un calendrier à la population française confinée depuis [le 17 mars] », souligne le journal suisse de centre droit Le Temps.

« Macron se préparait depuis des jours », insiste ainsi le quotidien espagnol El Pais, pour ce discours « plus pédagogique qu’épique », aux « accents moins guerriers que les précédents et au ton plus civique. Avec moins de “moi” et plus de “nous” ou de “vous” ». Résultat : trente minutes d’antenne « marquées par un ton d’humilité », résume le titre britannique social-libéral The Guardian. Signe de l’attente des Français, cette allocution a été suivie par 36,7 millions de téléspectateurs, « un record absolu », selon Médiamétrie, soit une part d’audience globale de 94,4 %.

« La “pire crise sanitaire du siècle” a rendu le président français modeste, raille le quotidien conservateur allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Emmanuel Macron ne parle plus de manière martiale, mais de son “intime” et de “notre choc collectif”. »

« Un mea culpa imposé par les circonstances »

Avant même l’allocution du président de la République, certains titres de la presse étrangère comme de la presse nationale avaient fait état d’une extension du confinement : « Ceux qui croient savoir ce que pense Emmanuel Macron, citant des sources “proches” du chef de l’Etat, affirment que le président français va prolonger le confinement national du coronavirus jusqu’au 10, 15, voire 30 mai, sans exclure d’éventuelles prolongations », rapportait par exemple le journal conservateur espagnol ABC.

Une mesure connue donc, mais qui n’a pas empêché qu’« un grand soupir traverse la France lundi soir », selon le titre autrichien de centre gauche Der Standard. Pour ce dernier, cette annonce, mais aussi les annulations d’événements programmés au cours de l’été, est une « pilule amère » pour les citoyens.

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Emmanuel Macron s’est également défendu, lundi soir, contre les critiques croissantes de sa gestion de la crise, réfutant tout « mensonge d’Etat », même s’il a reconnu des « lacunes » et des « erreurs ». « Un mea culpa imposé par les circonstances, vu l’ampleur des critiques sur son leadership et la confiance très relative des Français qui, selon les sondages, sont près de 50 % à douter de la capacité du pouvoir exécutif à faire face à la crise », analyse Le Temps.

« Le pire pour [M. Macron] est la perte générale de confiance de la population. Et ce dans une crise aussi grave, où une “union nationale” ou du moins un sentiment de solidarité derrière le président de la République serait en fait indispensable », abonde Der Standard.

« Comme vous, j’ai constaté des gaffes, des pertes de temps beaucoup trop importantes et les faiblesses de notre logistique », a notamment déclaré le président devant les téléspectateurs. Une « admission tardive », tranche le Frankfurter Allgemeine Zeitung :

« Cet aveu est intervenu après des semaines de tentatives du ministre de la santé et de la porte-parole du gouvernement pour faire oublier la situation et nier le manque de préparation. (…) C’est une chose dont nous devons nous souvenir quand il s’agit de préparer l’avenir. Il importe toutefois de rester pleinement mobilisé. »

« Un objectif précis, tangible »

Pour Richard Werly, le correspondant du Temps à Paris, le président devait « changer de cap et tirer les premières leçons de ces [quatre] semaines de confinement strict de la population ». C’est « mission en partie accomplie » ce lundi soir : « Bien plus humble que d’habitude, mais aussi plus sobre dans son expression, le chef de l’Etat français a cette fois martelé un objectif précis, tangible, dont tous ses compatriotes et partenaires européens pourront juger s’il est atteint ou pas. »

« Avec un discours sincère aux Français, l’un de ses meilleurs, Emmanuel Macron a montré la voie pour les jours à venir », avance de son côté le journal italien de centre droit Il Corriere della Serra. « Le président a préfiguré une postépidémie, évoquant un retour en France et en Europe de la production industrielle stratégique après les excès des délocalisations. Des promesses à mettre à l’épreuve, bien sûr, mais il faut reconnaître à Macron le mérite d’avoir su montrer la voie. »

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