Monese fait partie de la nouvelle génération de banques mobiles qui bouleverse la finance traditionnelle depuis quelques années. La pépite britannique s’est lancée pleinement sur le marché français en janvier dernier, et elle affiche des ambitions fortes sur un marché en pleine mutation. Interview avec Michael Möglich, le responsable des marchés français et allemand.

Presse-citron : Dans un premier temps, pouvez-vous nous revenir sur le modèle de Monese, et les spécificités de votre banque par rapport au reste du marché ?

Michael Möglich : Monese est une banque mobile qui met à la disposition de ses clients un compte courant multi-devises, une carte de paiement et diverses solutions de paiement mobile (ndlr : Apple Pay et Google Pay) en toute simplicité. C’est notre fondateur, Norris Koppel, qui est venu avec cette idée innovante après avoir eu des difficultés personnelles à ouvrir un compte en dehors de son pays d’origine, au moment de son déménagement à l’étranger.

De fait, notre service bancaire est destiné aux « citoyens du monde » – ces millions d’individus qui vivent une partie de leur vie à l’étranger, que ce soit pour le travail, pour leurs études, pour leur famille ou pour leur retraite. D’ailleurs, nous avons remarqué que plus de la moitié de nos clients habitent et travaillent dans un pays qui n’est pas leur pays d’origine. A tous ces gens-là, nous voulons leur rendre la liberté financière.

Notre service bancaire est destiné aux « citoyens du monde » – ces millions d’individus qui vivent une partie de leur vie à l’étranger

Nous accordons une importance capitale à la communication avec nos clients, et c’est pourquoi nous avons mis en place un support adapté pour les accompagner partout où ils se trouvent. Aujourd’hui, nous avons une assistance en continu en 14 langues et via 3 canaux : téléphone, chat et e-mail. Le français est bien évidemment supporté puisqu’il s’agit de l’un de nos marchés stratégiques.

Carte Monese

© Monese

Presse-citron : Quel est le profil type d’un client Monese ?

M.M. : Il n’y a pas qu’un seul profil de client chez Monese, mais plutôt deux. La majorité des clients utilisent Monese comme un compte bancaire principal, ou presque. Nous avons pu déterminer cela car nous avons un pourcentage de clients plus élevé que nos concurrents qui optent pour une offre payante (ndlr : Classic ou Premium). De plus, 70% des fonds entrants proviennent de virements réguliers – et il s’agit principalement de salaires.

Nos clients n’ont aucun engagement sur les modèles premium

De l’autre côté, nous avons aussi un certain nombre d’utilisateurs qui utilisent le service comme un compte de voyage. Ils partent pour une version payante sur un mois ou deux avant de la mettre en pause à la fin de leur déplacement. Car contrairement à nos concurrents, nos clients n’ont aucun engagement sur les modèles premium : ils peuvent donc changer d’offre d’un mois à l’autre, sans aucun préavis. Vous pouvez aussi partir pour sur un compte payant pour obtenir les meilleurs taux de change lorsque vous êtes à l’étranger, et repasser sur le compte gratuit à votre retour.

Presse-citron : Vous avez récemment lancé une solution d’épargne en collaboration avec la fintech allemande Raisin. Avez-vous l’intention d’étoffer votre gamme de produits pour mieux rivaliser avec les banques traditionnelles ?

Avec Monese Épargne, nous nous sommes associés au leader européen de l’épargne en ligne Raisin pour offrir la possibilité à nos clients d’investir leur épargne sans aucun risque. Ils peuvent ainsi placer leur capital sur des livrets européens à capital garanti – avec un meilleur rendement que l’épargne protégée dans leur pays. Par exemple, nos clients français peuvent ainsi choisir parmi l’un des 40 placements sans risque à travers 9 banques européennes, qui offrent un rendement jusqu’à 1,3% rendement brut par an (ndlr : le Livret A rémunère 0,75% net par an).

Cette solution s’inscrit dans notre démarche qui vise à améliorer constamment notre produit pour offrir un service toujours plus adapté aux besoins de nos clients. Nous privilégions les collaborations avec des partenaires qui sont reconnus comme étant les meilleurs sur leurs segments, afin de proposer la meilleure expérience possible à nos clients.

Presse-citron : Pourquoi – et comment – attaquer le marché français, alors que celui-ci est déjà très encombré ?

M.M. : Certes, Monese est une société établie au Royaume-Uni mais la France est un marché stratégique pour nous. Aujourd’hui, nous enregistrons une forte croissance dans l’Hexagone avec plus de 10 000 nouveaux clients tous les mois, et plus de 160 000 utilisateurs actifs au total. Ce qui est intéressant en France, c’est que le système bancaire traditionnel présente quelques lacunes – ce qui fait que le taux d’insatisfaction du public français est plus élevé qu’ailleurs.

En France, le taux d’insatisfaction du public est plus élevé qu’ailleurs

Les clients français exigent désormais de leur établissement bancaire qui les mettent au centre de leur stratégie, sans quoi ils n’hésitent plus à quitter leur banque. Leur frustration concerne aussi bien les coûts élevés pour la tenue de leur compte bancaire, la bureaucratie ou encore les conditions d’éligibilité qui peuvent être très exigeantes. Ce sont ces choses-là qui les font migrer vers de nouveaux acteurs, et nos performances montrent qu’il y a un réel besoin.

Monese

© Monese

Presse-citron : Comment Monese s’est-elle préparée à un éventuel Brexit ? Les clients français doivent-ils s’inquiéter d’avoir leur compte basé au Royaume-Uni ?

M.M. : La réponse est claire : il n’y a absolument aucun risque pour nos clients français – et plus généralement pour nos clients européens – en cas de sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Nous opérons actuellement sous une licence e-Money (EMI) britannique, mais nous avons sécurisé un partenariat avec un autre homologue européen en cas de Brexit. Nous pourrons ainsi continuer à servir l’Europe continentale sans aucune interruption du service pour les clients. Ils n’y verront aucune modification dans leur utilisation au quotidien.

Le Brexit nous donne même une occasion d’avoir un service plus « local », et nous avons l’intention d’offrir à nos clients un compte associé à un IBAN européen dans les semaines à venir (ndlr : Monese propose aujourd’hui seulement un IBAN britannique). Dans un peu moins d’un mois et demi, les clients français pourront aussi prétendre à un IBAN français.

Par rapport aux objectifs à long terme de Monese, le scénario d’un Brexit n’aura pas d’impact sur la croissance du service : les gens continueront de voyager à travers le globe et de partir à l’étranger pour étudier ou travailler. Les flux de personnes – y compris entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni – vont continuer à s’intensifier, nous sommes optimistes de ce point de vue-là.

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