Méthodes d’interpellation, propos racistes, contrôles d’identité… Les annonces de Christophe Castaner sur les violences policières – Le Monde

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Le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, le 27 mai, à Paris.

Alors que plusieurs rassemblements contre le racisme et les violences policières ont rassemblé 23 300 personnes en France samedi, selon des chiffres du ministère de l’intérieur, le locataire de Beauvau, Christophe Castaner, a tenu, lundi 8 juin, une conférence de presse au « sujet de la question du racisme et de la mise en cause des forces de l’ordre ».

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« Ce cri [contre le racisme, contre la haine, contre toutes les discriminations], je l’entends », a assuré le ministre de l’intérieur. Mais, a-t-il poursuivi, « dans ces manifestations, il y a parfois eu des dégradations, des violences, qui sont le fruit de l’action d’une minorité. Je le regrette et je le condamne fermement. »

« Il n’y a pas d’institution raciste ou de violence ciblée », a martelé Christophe Castaner. « Je ne laisserai pas les agissements odieux de certains jeter l’opprobre sur toute une institution. Ces dernières semaines, trop ont failli dans leur devoir républicain, a-t-il reconnu. Je veux une tolérance zéro contre le racisme dans notre République. »

La méthode d’interpellation policière controversée de la « prise par le cou, ditede l’étranglementsera abandonnée », a notamment annoncé ministre. « Par ailleurs, si un policier ou un gendarme doit maintenir quelqu’un au sol lors de son interpellation, il sera désormais interdit de s’appuyer sur sa nuque ou son cou. »

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Il a aussi annoncé une réforme « en profondeur des inspections du ministère de l’intérieur » – l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), son homologue de la gendarmerie (IGGN) et l’inspection générale de l’administration (IGA) – pour « plus d’indépendance ». Cette réforme « devra permettre plus de cohérence, plus de collégialité entre ses inspections et surtout plus d’indépendance dans leur action vis-à-vis des services », selon le ministre.

« La France, ce n’est pas les Etats-Unis »

Christophe Castaner demandera, en outre, « à ce qu’une suspension soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes. Je veux également que les procédures disciplinaires soient toujours engagées en parallèle des procédures pénales ».

Il a aussi décidé « d’adresser une instruction à tous les services de police et de gendarmerie afin de rappeler le cadre des contrôles d’identité (…). Je demande également que l’usage des caméras-piétons soit renforcé lors des contrôles d’identité. »

« Je ne serai satisfait que lorsque nous pourrons cesser de nous demander comment nous sommes passés des “Vive la police !” scandés lors des manifestations suivant les attentats contre Charlie aux slogans et horreurs de ces derniers jours. »

Il a toutefois nié toute similitude entre les situations américaine et française : « La France, ce n’est pas les Etats-Unis. (…) Avec Laurent Nunez [secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’intérieur], nous ne cesserons de défendre l’honneur des forces de l’ordre. (…) Face aux amalgames et aux slogans orduriers, je n’accepterai jamais les accusations permanentes d’une partie bien minoritaire, mais hurlante de la population. »

Emmanuel Macron a demandé, dimanche, au gouvernement de lui faire rapidement des propositions pour améliorer la déontologie des forces de l’ordre, face à la multiplication des manifestations contre le racisme et les violences policières.

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Nouveaux rassemblements prévus mardi

Selon le cabinet présidentiel, le chef de l’Etat a demandé à Christophe Castaner de « faire aboutir rapidement le travail engagé en janvier dernier », à la suite de la crise des « gilets jaunes » et des manifestations contre la réforme des retraites. « Ce travail redevient une priorité pour le président », assure-t-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron, alors que de nouvelles révélations sur des paroles racistes proférées par des policiers sur Facebook ou WhatsApp ont enflammé, ces derniers jours, les réseaux sociaux.

Mardi à 18 heures, de nouveaux rassemblements et hommages sont prévus dans plusieurs villes de France pour saluer la mémoire de George Floyd, au moment où auront lieu ses obsèques à Houston (Texas), et « combattre le racisme dans la police ». A Paris, SOS Racisme a appelé à un « rassemblement solennel » sur la place de la République pour rendre hommage à cet Afro-américain de 46 ans, tué le 25 mai à Minneapolis par un policier blanc. D’autres rassemblements sont annoncés à Lille, Grenoble, Dijon, Amiens, Bourges, Poitiers et Angers, où la préfecture a pris un arrêté d’interdiction.

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Mort d’Adama Traoré : les deux auditions de juillet étaient prévues avant la manifestation de mardi

Les auditions prévues en juillet de deux témoins dans l’enquête sur la mort d’Adama Traoré étaient programmées avant la manifestation de la semaine passée, a affirmé, lundi 8 juin, le procureur de Paris, répondant ainsi aux déclarations de l’avocat de la famille du jeune homme noir de 24 ans mort en 2016.

« Cette décision des magistrats instructeurs a été annoncée aux parties le 10 avril 2019. Pour l’un des deux témoins, sa mise en œuvre a été retardée par une absence à l’audition programmée le 30 septembre 2019, ce dont les parties ont été informées. Des investigations ont depuis lors été lancées pour le localiser », a précisé Rémy Heitz.

L’avocat de la famille Traoré, Me Yassine Bouzrou, s’était félicité, vendredi, de la tenue prochaine des deux auditions, annoncées mercredi par courriel aux parties. Il avait aussi estimé qu’elles étaient une réponse à la manifestation de mardi, laquelle a rassemblé 20 000 personnes à Paris, à l’appel de la famille de la victime.

M. Heitz a effectué cette rare communication en accord avec les trois magistrats chargés d’enquêter sur la mort du jeune homme au cours de son interpellation par des gendarmes, une affaire depuis érigée par ses proches en symbole des violences policières. Il s’appuie pour cela sur l’article 11 du code de procédure pénale, qui permet à un procureur de communiquer des éléments objectifs de la procédure pour éviter « la propagation d’informations parcellaires ou inexactes ». « La justice met tout en œuvre pour parvenir à la manifestation de la vérité sur les circonstances du décès d’Adama Traoré », insiste Rémy Heitz.

Le Monde

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