Merkel à Brégançon : «Le lien avec Macron est devenu très fort», estime Clément Beaune – Le Parisien

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Des retrouvailles au parfum de lune de miel. Mais sur fond de multiples crises internationales. Biélorussie, Mali, tensions en Méditerranée entre la Grèce et la Turquie (point sur lequel Paris et Berlin apparaissent moins en phase)… Les dossiers chauds ne manquent pas, alors qu’Angela Merkel est attendue au fort de Brégançon (Var) ce jeudi. L’occasion pour le couple franco-allemand de mettre une nouvelle fois en scène sa bonne entente. Lui qui a, fin juillet, arraché un accord européen sur le plan de relance post-coronavirus malgré l’hostilité de certains pays. Cela vaut bien une autre carte postale, avec la Grande Bleue pour horizon. Car entre eux, l’accord n’a pas toujours été si parfait. Clément Beaune, nouveau secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, était déjà le M. Europe de Macron avant son accession à l’Elysée. Il revient pour Le Parisien sur cette relation qui a connu des hauts, comme des bas.

Pourquoi recevoir Angela Merkel à Brégançon ?

CLÉMENT BEAUNE. Il y a un message évidemment symbolique sur la relation franco-allemande et sur la nécessité d’un véritable alignement entre les deux pays. C’est le résultat d’un travail de fond, dans lequel Emmanuel Macron s’est investi avant même d’être président, en rencontrant, quand il était à Bercy ou candidat, des syndicalistes, des ministres, des présidents de Länder, des responsables de partis.

Et pourtant, pendant les trois premières années du quinquennat, ses efforts n’ont pas semblé payer…

Des avancées importantes ont déjà eu lieu avant le plan de relance, y compris sur des sujets sensibles, notamment sur la coopération européenne de défense ou les travailleurs détachés. Il y a eu des hauts et des bas. Le président a parfois dit son impatience, y compris devant la Chancelière. A Aix-la-Chapelle en mai 2018, par exemple, en incitant l’Allemagne à changer de regard sur la France, à prendre ses responsabilités et à accélérer. Il a toujours combiné interpellation et coopération.

L’Europe, c’est d’abord et avant tout un duo franco-allemand ?

C’est un socle. Sans les fondations, vous ne bâtissez pas la maison. Vous ne construisez jamais sans l’Allemagne, c’est la base. Il n’y a jamais de grande avancée, sans elle. Mais cela ne suffit pas, a fortiori dans une Europe à 27. Il ne faut pas avoir qu’un seul interlocuteur. Il faut être influent au Parlement européen, à la Commission, en contact avec les pays de l’Est, les méditerranéens, avec les « frugaux »…

Certains couples franco-allemands sont restés célèbres. Quelle est la caractéristique de celui-ci ?

La relation franco-allemande, c’est un miracle historique qui n’avait aucune raison d’exister. On s’est fait la guerre trois fois en 100 ans. Avec Angela Merkel et Emmanuel Macron, il y a un peu de cela. L’un arrive au pouvoir pour la première fois avec un nouveau mouvement, l’autre en est à son quatrième mandat, mais cela fonctionne. Aujourd’hui, le lien Macron-Merkel est devenu très fort. Quand le président et la chancelière se voient, ils ont des entretiens de trois, quatre, cinq heures, en tête à tête, et ils balaient tous les sujets.

Considérez-vous qu’Angela Merkel s’est, avec le plan de relance européen, ralliée aux positions françaises ?

Oui, l’Allemagne a bougé vers nos positions. Mais on n’est pas passé de l’ombre à lumière. Depuis deux ans, ils en parlent à chacun de leurs rendez-vous. La France, au début de la crise du Covid-19, a assumé un désaccord avec l’Allemagne sur la solidarité budgétaire. Il fallait passer par ce moment de vérité et de tension.

Angela Merkel avait aussi les mains plus libres en Allemagne…

Oui, la Chancelière a profité de son capital politique pour faire un geste européen. Je pense qu’elle a aussi apprécié qu’Emmanuel Macron ait été là, dans des moments où elle avait moins de marges de manœuvre. Comme à l’été 2018, par exemple, quand il y avait de fortes tensions sur les migrations au sein de sa coalition. On s’est réuni un dimanche à Bruxelles, lors d’un sommet extraordinaire sur l’immigration, afin de trouver une solution pour appuyer la Chancelière. Dans la relation personnelle entre deux leaders européens, ça compte.

Sur le plan européen, il dépend complètement d’elle ?

Je récuse cette vision. Mais bien sûr que la France ne peut pas avancer seule. Et l’Allemagne a aussi besoin de la France. L’Europe, c’est un sport collectif.

Les Français s’apprêtent à vivre une rentrée difficile. En quoi le plan de relance européen peut-il changer leur quotidien ?

Concrètement, cela veut dire que des réalisations du plan de relance national vont être cofinancées par l’Europe. C’est parfois votre ligne de chemin de fer ou votre train de nuit, la rénovation énergétique de votre logement ou la batterie électrique de votre voiture. Il faudra l’expliquer, le montrer. Y compris très concrètement, avec un drapeau européen, par exemple.

La France souhaite conditionner les fonds européens au respect de l’Etat de droit, notamment en Pologne ou en Hongrie. Comment et quand cela peut-il être effectif ?

Un texte est en discussion au Conseil et au Parlement européen, qui permet en cas de violation de l’Etat de droit grave, de suspendre ou de couper les fonds. J’espère que cela aboutira l’année prochaine. Ce sera un combat politique dur mais indispensable.

Et les taxes GAFA et carbone ?

Il faut que la Commission propose un texte d’ici la fin de l’année et que l’on ait un accord législatif d’ici à la présidence française de l’UE en janvier 2022. C’est la logique même : on s’est endettés ensemble, on finance notre relance ensemble. Il faut qu’on ait des ressources communes. Et que nous puissions faire payer des impôts aux passagers clandestins de la mondialisation que sont les géants du numérique ou ceux qui ne sont pas à la hauteur de nos exigences environnementales.

Face à la Turquie, le président est un ton au-dessus par rapport à la Chancelière. Comment peuvent-ils converger sur ce dossier ?

Cela fera partie de leurs discussions, mais je ne crois pas qu’il y ait une différence de fond. S’il peut y avoir des nuances de style ou d’expression, il y a une coordination des rôles.

Que peut faire l’UE face à la situation en Biélorussie ?

Les mesures de sanctions individuelles, pour frapper personnellement des responsables, peuvent avoir une efficacité. C’est ce que vient de décider le Conseil européen. Ce qui est très important, c’est de cibler et de ne pas mettre à mal le peuple biélorusse lui-même.

L’Europe peut-elle peser face à la Russie de Poutine ? Alexandre Loukachenko se revendique de son soutien.

Il faut faire attention, il y a beaucoup d’intox dans ces périodes. Il est donc très important que les grands leaders européens, comme l’a fait le président de la République, interviennent directement auprès du président Poutine pour dire : On veut travailler avec la Russie, ne faites pas le mauvais choix. L’Europe ne doit pas être lente, ni faible. C’est parfois un mal européen… Or, il faut défendre la souveraineté européenne et répondre à ceux, parfois la Turquie ou la Russie, qui testent l’unité, la fermeté, la capacité de réaction de l’Union européenne.

Attaque meurtrière au Niger, coup d’Etat au Mali… Les Européens doivent-ils s’engager davantage au côté de la France au Sahel ?

Bien sûr, l’Europe doit faire plus. C’est encore insuffisant, mais regardez l’aggiornamento de l’Allemagne sur ses interventions extérieures. Ou le renfort de pays plus petits qui ont envoyé des forces combattantes ou des équipements. C’est parfois trop lent, on en a conscience. Mais beaucoup de pays européens ont désormais compris que notre sécurité, au sens large, se joue aussi là-bas et que cela ne relève pas uniquement d’une responsabilité française.

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