Même les meilleurs se trompent

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Même les meilleurs se trompent

King retrouve son personnage préféré dans l’institut : l’enfant surdoué ou doué de capacités hors du commun. Mais il les a fait évoluer avec leur temps.

Temporalité et point de vue

La première partie du roman s’ouvre sur un adulte, Tim Jamieson. Alors qu’il est confortablement installé dans un avion, paré au décollage, des agents fédéraux ont désespérément besoin d’une place sur le vol. Après un marchandage digne des meilleurs marchés aux puces, il accepte de céder sa place. Commence un périple vagabond pour notre ancien flic de Sarasota, qui s’achève dans une petite bourgade de Caroline du Sud, DuPray.

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Petit à petit, notre héros adulte trouve ses marques et sa place dans cette ville et décide d’y rester quelque temps. King renverse la temporalité : les adultes planifient au maximum leur vie, leurs déplacements, leurs projets. Tim se laisse porter par les évènements, comme une feuille au vent, car plus rien ne l’attend. La douceur de DuPray lui convient, il s’y installe par accident.

Il est le contraire de Luke Ellis, l’autre personnage principal du roman. Il n’est qu’un enfant de 12 ans, mais il a déjà planifié une partie de son avenir. Élève doué, il veut entrer dans les meilleures universités américaines, même s’il ne sait pas encore précisément ce qu’il veut faire comme métier. Un adulte paumé en Caroline du Sud et un enfant surdoué du Minnesota n’auraient jamais dû se rencontrer dans un monde ordinaire. Les mondes de King ne le sont pas.

Une faille dans le système

Alors qu’il mène une vie d’enfant heureux, Luke Ellis est kidnappé et ses parents assassinés. Il est conduit dans un institut secret du Gouvernement, où il retrouve d’autres enfants. Le point commun de tous ces enfants ? Ils sont télépathes ou ont des pouvoirs de télékinésie voire les deux. Repérés à la naissance, grâce à un gigantesque réseau d’informateurs, ils sont enlevés à leurs familles et utilisés par l’institut.

Mais Luke n’est pas seulement un enfant doté de capacités hors normes : c’est également un petit génie, contrairement à ces camarades. Malgré les sécurités de son ordinateur, il arrive à les déjouer avec une astuce assez simple : il ouvre Firefox et tape « # ! cloakofGriffin !# ». Cet outil d’anonymisation n’existe pas, c’est une invention de l’auteur.

Des petits malins se sont amusés à retrouver toutes les références à Firefox dans les livres de King et ils sont catégoriques : Stephen King préfère Firefox.

La chaîne de sécurité

La sécurité n’est pas un élément isolé : c’est un ensemble, une chaîne, une succession de dominos. Faites tomber un domino et les autres tomberont avec. Sans dévoiler toute l’intrigue, on peut résumer la première partie du roman comme une présentation des dominos et la seconde moitié comme la chute en cascade de tous les autres dominos. Si on devait résumer la chose, sans dévoiler l’intrigue, disons qu’elle est la démonstration d’une lacune de la sécurité : une trop grande confiance dans le système mis en place.

La seule réelle protection de l’institut est le caractère invraisemblable de la chose. Qui peut raisonnablement croire que des enfants sont kidnappés partout dans le monde, pour être manipulés comme des objets ? Aucun adulte raisonnable ne peut croire à cette histoire, sauf un complotiste.

C’est l’autre trait de génie de King : il utilise assez intelligemment les conspirationnistes, en arrivant à leur insuffler un semblant d’âme et de raison, dans leurs délires paranoïaques. On quitte à regret les personnages et leur univers à la fin du roman, comme toujours avec l’auteur. On aimerait savoir ce qu’ils deviennent après avoir refermé le livre.

Erreur de casting

La plus grande erreur de l’organisation paragouvernementale est finalement de s’être trompée de cible. En kidnappant Luke, l’Institut pensait simplement trouver un autre enfant pratiquant un peu la télékinésie. Or, ce n’est pas son seul atout et ces autres talents sont mis de côté.

Or, c’est ce qui le rend unique à l’Avant : son intelligence hors du commun. Les autres enfants ne sont pas idiots ou stupides, mais Luke l’est plus. Combinés à l’empathie extrême d’Avery — affectueusement surnommé l’Avorton par les autres enfants — les deux prodiges vont réussir à mettre un terme à des expériences macabres et cruelles.

C’est un point sur lequel King a évolué : les autres enfants dont il a fait des héros (Carrie, la bande des ringards, Danny, etc.) n’avaient que des pouvoirs extraordinaires, mais pas un QI surdéveloppé, comme si leurs facultés hors-normes suffisaient. Cela était le cas dans le monde et l’époque que King décrivait, mais aujourd’hui, pour survivre, peut-être que les enfants doivent avoir le plus d’atout possible dans leur manche.

Difficile de dire que l’Institut est le meilleur roman de King. Ils sont tous excellents et chaque lecteur se reconnaît dans différents ouvrages. On se contentera d’en recommander chaudement la lecture, afin de patienter jusqu’à la publication des deux prochains livres déjà programmés en France.  On attend également avec impatience, une éventuelle adaptation cinématographique.

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