Masques, open spaces, télétravail : les propositions de la ministre du Travail, Elisabeth Borne – Le Journal du dimanche

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Pressée d’agir pour assurer la continuité dans les entreprises, Elisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, explique que “le port obligatoire du masque fera partie des propositions” faites aux partenaires sociaux mardi. Davantage “en télétravail” qu’en vacances, confie-t-elle, la ministre entame des concertations avec syndicats et patronat pour renforcer les règles sanitaires au travail. Un nouveau protocole entrera en vigueur fin août. Au JDD, elle revient sur les différentes mesures qui pourraient modifier les règles de déconfinement en entreprise, adoptées en mai dernier.

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Quels sont les objectifs des concertations ouvertes vendredi?
C’est d’abord de partager un diagnostic sur la situation sanitaire, en portant un regard particulier sur les clusters en milieu professionnel. Car le protocole de déconfinement en entreprise et certains des 90 guides métiers élaborés en mai ont vocation à être adaptés à la situation sanitaire. Nous allons donc voir quelles sont les évolutions souhaitables pour allier santé au travail et continuité de l’activité économique.

Les indicateurs ne sont pas bons. Il faut en tirer les conséquences.

A quelle échéance comptez-vous adapter les règles sanitaires?
Avec le secrétaire d’Etat Laurent Pietraszewski, nous présenterons mardi aux partenaires sociaux les premières évolutions que nous proposons d’introduire. Il faut que ces décisions soient prises avant la rentrée, dans les jours qui viennent donc, pour que les nouvelles règles puissent s’appliquer d’ici à la fin août. Le virus circule beaucoup plus activement aujourd’hui qu’il y a quelques semaines. Les indicateurs ne sont pas bons. Il faut en tirer les conséquences.

Le port du masque va-t-il être obligatoire dans les entreprises?
Un sujet apparaît dans tous les avis scientifiques : l’intérêt d’en porter un quand on est à plusieurs dans un lieu clos. Dans les salles de réunion où il n’y a pas d’aération naturelle, les espaces de circulation… Dans ce genre de cas, le port obligatoire du masque fera partie des propositions que nous ferons aux partenaires sociaux. Nous allons aussi réexaminer les guides métiers en tenant compte de ce que l’on a pu observer dans les clusters professionnels. Des précautions complémentaires méritent parfois d’être prises. Par exemple, quand des travailleurs sont accueillis dans un hébergement collectif, comme c’est le cas pour les saisonniers, il faut que les employeurs soient sans doute plus vigilants. Egalement dans les milieux froids et humides, nous devons regarder comment mieux protéger les salariés.

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Et dans les open spaces?
C’est un sujet sur lequel je vais réinterroger le ministère de la Santé ainsi que le Haut Conseil de la santé publique. Un certain nombre d’entreprises ont mis en place des Plexiglas. Il faut voir si ces dispositifs sont efficaces quand on partage un espace à plusieurs.

Tous les territoires ne sont pas dans la même situation

Allez-vous revenir sur la règle d’un mètre carré entre deux postes?
Je n’ai entendu aucun scientifique nous demander de revenir aux quatre mètres carrés, comme dans le protocole initial. Il n’y a donc pas de raison pour remettre en cause la règle actuelle de distanciation.

Recommandez-vous le télétravail à la rentrée?
Dans le protocole actuel, il reste recommandé, notamment pour les personnes fragiles, et parce qu’il permet de limiter le nombre de salariés présents simultanément dans l’entreprise. Il faut le mettre en place chaque fois que c’est possible dans les zones de circulation active du virus. Tous les territoires ne sont pas dans la même situation. Par exemple, à Aurillac ou à Paris, la question des transports en commun ne se pose pas de manière identique.

90 clusters actifs en milieu professionnel, c’est aussi un signal qu’il faut entendre

Pourquoi le gouvernement est-il resté jusque-là discret sur les contaminations en milieu professionnel?
Je ne pense pas que nous soyons discrets. J’ai déjà eu l’occasion de préciser que, parmi ces clusters, un certain nombre provenait d’entreprises. Après, quand on dit qu’elles représentent entre 20 et 25% des foyers épidémiques, méfions-nous! Car il y a des millions d’entreprises en France, et dans beaucoup de cas, tout se passe bien. Mais 90 clusters actifs en milieu professionnel, c’est aussi un signal qu’il faut entendre pour mieux prévenir la propagation de l’épidémie. Les recommandations sont très largement appliquées par les employeurs. C’est même l’un des thèmes qui ont boosté le dialogue social avec plus de 7.000 accords signés. L’inspection du travail joue aussi son rôle pour accompagner et contrôler les entreprises. Il y a eu plus de 40.000 interventions en matière de santé au travail depuis mai.

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Des règles trop restrictives ne risquent-elles pas d’inciter les salariés à rester chez eux?
Ce que l’on doit éviter à tout prix, c’est un nouveau confinement. Nécessaire en matière de santé, il a eu un impact très fort sur l’activité économique et l’emploi. Chacun doit faire le maximum pour que cette épidémie ne reparte pas. Je comprends très bien que cela ne soit pas simple d’arborer un masque, surtout en cas de fortes chaleurs. Mais il faut qu’on s’habitue à le porter plus régulièrement. Si vous revenez dans un bureau individuel, sans doute n’est-il pas nécessaire.

C’est aux entreprises d’assurer la sécurité et la santé au travail

De nombreuses entreprises avaient déjà organisé leur rentrée. Ne les prenez-vous pas de court?
J’entends l’importance d’avoir une stabilité des règles mais, malheureusement, l’épidémie n’est pas stable. Nous devons être capables de nous adapter en tenant compte de son évolution.

Est-ce à elles de financer les masques pour leurs salariés?
Dans le principe, c’est aux entreprises d’assurer la sécurité et la santé au travail. Certes, cela alourdit leurs charges. Mais c’est de leur responsabilité. Entre les prêts garantis par l’Etat, le fonds de solidarité, l’activité partielle et désormais l’activité partielle de longue durée, l’Etat n’a pas ménagé sa peine pour soutenir notre économie et l’emploi.

Redoutez-vous une flambée de plans sociaux à l’automne?
L’emploi, c’est la priorité. Beaucoup d’entreprises, grandes comme petites, sont fragilisées par la crise, ce qui se traduit par plus de plans sociaux (275 plans de sauvegarde de l’emploi ont été enclenchés depuis début mars). Mais en juin, nous avons eu des signaux positifs avec une baisse de 200.000 chômeurs de catégorie A et une reprise de l’intérim. Nous allons continuer de déployer auprès des entreprises tous les outils pour soutenir leur trésorerie, leurs effectifs et leurs compétences pour se préparer à la reprise de l’activité économique au travers, notamment, de l’activité partielle longue durée. J’espère que nombre d’entre elles vont s’en saisir, comme chez Safran, où 6.000 emplois ont pu être sauvés.

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