Marseille : trois questions sur la volonté d’Emmanuel Macron de permettre aux directeurs d’école de choisir le – Franceinfo

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Il veut faire de Marseille “un laboratoire” éducatif. Emmanuel Macron a annoncé, jeudi 2 septembre, que certaines écoles de la cité phocéenne allaient expérimenter un projet d’“école du futur” accordant plus de liberté aux directeurs, “dès la rentrée 2022-2023”“Il faut que ces directeurs d’école puissent choisir l’équipe pédagogique”, a-t-il notamment esquissé, chiffrant à 50 le nombre d’établissements populaires qui seront progressivement inclus dans le dispositif. Voici ce que l’on sait, à ce stade, de cette initiative.

Qu’a annoncé le président ?

Pour améliorer l’offre éducative dans les quartiers “difficiles”, le chef de l’Etat entend miser sur des professeurs volontaires et “pleinement motivés”“On doit permettre aux enseignants de choisir ces quartiers et les projets pédagogiques qui vont avec”, ce qui “n’est pas assez le cas aujourd’hui”, a estimé Emmanuel Macron. Les directeurs disposeraient ainsi de nouvelles prérogatives “d’encadrement” pour composer leur équipe, avec “plus de liberté” et “beaucoup plus de moyens” à la clé.

“L’idée est simple : donner plus de liberté pour obtenir plus de résultats.”

Emmanuel Macron

lors de la présentation du plan “Marseille en grand”

Le président souhaite faire naître “une méthode radicalement nouvelle” et appelle à “repenser les projets d’apprentissage, les rythmes scolaires, les récréations, la durée des cours, les façons d’enseigner”. Des acteurs extra-scolaires, venus du monde associatif, sportif et culturel, seront “associés” au projet. Si l’expérience est concluante, l’idée est de la “généraliser” dans “plusieurs autres quartiers” de France.

Emmanuel Macron veut "innover" dans les écoles à Marseille

D’où vient cette idée ?

Dès sa campagne présidentielle, en 2017, Emmanuel Macron a milité pour “redonner de l’autonomie aux établissements” en “permettant de recruter sur la base de projets pédagogiques”. Une expérimentation spécifique aux écoles d’éducation prioritaire était même envisagée pour attirer des enseignants, rapportaient Les Echos. Fraîchement nommé ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer a ensuite vanté, dans L’Obs, le “concept central” de “liberté” et défendu “un rôle à jouer en matière de recrutement” pour les chefs d’établissement. Il n’y évoquait pas spécifiquement l’école primaire, où le directeur n’a pas d’autorité hiérarchique sur les autres enseignants. Depuis, le dossier des directeurs d’école est régulièrement revenu sur la table. En août 2020, Jean-Michel Blanquer leur a notamment promis une “meilleure autonomie”. Une proposition de loi LREM visant à une meilleure reconnaissance de la fonction de directeur est en cours de discussion au Parlement. Toutefois, la question du choix des enseignants par les directeurs n’a jamais été frontalement posée.

Un dispositif permettant d’attirer des enseignants spécialement choisis existe déjà au sein de l’Education nationale, sous forme de “postes à profil” liés à des compétences particulières. Dans un rapport de juillet 2019 (PDF), la Cour des comptes recommandait d’élargir ces rares recrutements sur profil, afin d’“attirer et stabiliser le corps enseignant dans les écoles et les collèges de l’éducation prioritaire”. En début d’année, une telle extension a aussi été recommandée lors du Grenelle de l’éducation, afin d’“associer le directeur d’école au recrutement” pour des “postes à profil en adéquation avec des projets d’école particuliers”. L’Institut Montaigne, think-tank libéral, s’y est également dit favorable, dans une note (PDF) publiée en août. Emmanuel Macron a fait référence à ce dispositif, jeudi, tout en soulignant que son projet concernerait “beaucoup plus que les postes à profil”.

Dans son discours, le président de la République a également cité “le modèle finlandais”. Dans ce pays au système éducatif parfois brandi en exemple, le recrutement des enseignants relève des écoles, selon un rapport sénatorial de 2010 sur le sujet. Enfin, en matière d’ouverture aux acteurs extra-scolaires, le chef de l’Etat a fait allusion aux “cités éducatives” lancées en 2019 par le gouvernement. Par ce nouveau projet, il entend “démultiplier” ces efforts.

Comment cette annonce est-elle accueillie ?

Les syndicats enseignants ont rapidement exprimé leur scepticisme. “Jamais il n’y a eu de remontées, que ce soit à Marseille ou ailleurs, que nous sommes face à des écoles où les enseignants seraient inadaptés aux projets d’écoles”, s’est étonné le SE-Unsa auprès de l’AFP. “On n’a pas envie de devenir des rats de laboratoires”, a mis en garde le SnuiPP des Bouches-du-Rhône, rappelant que des écoles marseillaises sont déjà infestées de rats. La direction nationale du syndicat a dénoncé une “casse” du statut de la fonction publique.

Pour la FSU des Bouches-du-Rhône, interrogée par franceinfo, ce projet est “idéologique” et “ne répond pas du tout aux besoins” du terrain. Demander aux directeurs d’école de recruter leurs enseignants, c’est complètement en décalage avec leurs missions, les moyens et le temps dont ils disposent.” Le syndicat se dit “choqué” que le président “utilise la situation dramatique des écoles de Marseille pour (…) jouer aux apprentis sorciers”.

“Cette expérimentation, on la refusera et on la combattra.”

Caroline Chevet, secrétaire départementale de la FSU des Bouches-du-Rhône

à franceinfo

La députée LREM Cécile Rilhac, auteure de la proposition de loi en cours d’examen au Parlement, a reconnu sur France Inter qu’un tel projet n’était “demandé ni par les directeurs ni par les enseignants du premier degré”. Selon elle, le personnel de direction pourrait ne pas avoir entièrement la main sur la composition de son équipe : “Il va certainement, en fonction du projet d’école, proposer un type de poste, et ensuite, c’est l’Education nationale qui gérera le recrutement.”

“Rigoureusement contre cette proposition”, le député insoumis Alexis Corbière a dénoncé “un éclatement du statut national de la fonction publique” et une logique de “chef d’entreprise”Lors de l’annonce de cette mesure, jeudi, Emmanuel Macron savait qu’il ne ferait pas l’unanimité : “Je dis plein de gros mots pour beaucoup de gens, j’en ai conscience”, avait-il pris soin de souligner. Il a promis de revenir à Marseille, en octobre, pour un premier point d’étape.

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