Manifestation à Paris : « La colère n’est peut-être pas jaune, mais elle est là » – Le Monde

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Près de deux ans après la naissance de leur mouvement, à l’automne 2018, des « gilets jaunes » ont prévu samedi 12 septembre une série d’actions et de rassemblements à Paris et dans plusieurs grandes villes.

Pour éviter que ne se reproduisent les violences et les destructions observées lors des précédentes mobilisations, la préfecture de police de Paris a interdit toute manifestation aux alentours des Champs-Elysées, de la Tour Eiffel, de l’Ile de la Cité et de l’hôtel Matignon. Plusieurs stations de métro ont été fermées.

D’autres points de rendez-vous ont été annoncés, hors des zones interdites. Quelques centaines de personnes se sont rassemblées place Wagram à Paris. La plupart sont des « gilets jaunes » de la première heure, comme Maxime Nicolle, alias Flyrider, et Jérôme Rodrigues. Ce dernier a diffusé activement sur les réseaux sociaux, avec tweets et vidéos, l’appel à manifester ce samedi. Un message brouillé par une polémique survenue jeudi, après qu’il a traité un syndicat de police de « bande de nazis » dans un tweet. Ce samedi matin, caméra sur le ventre pour filmer toute intervention de police, il tentait de recentrer l’attention sur son message :

« Ce n’est pas “la rentrée” ou “le retour” des “gilets jaunes”, ça c’est une construction médiatique ! On nous a mis au placard, fracassés, déglingués. Mais la colère, est là, dans les foyers, dans les entreprises autour des machines à café. Elle n’est peut-être pas jaune, mais elle est là. Ceux qui ont tenu à bout de bras la France pendant les deux mois de confinement, ce sont des aides-soignants, des caissiers, des éboueurs, ce sont des “gilets jaunes” ! »

Une des figures du mouvement des « gilets jaunes », Jérôme Rodrigues, samedi 12 septembre à Paris.

Comme en écho, séparés des « gilets jaunes » par un cordon de sécurité, une cinquantaine de patrons de discothèques, et des chauffeurs de VTC parisiens, étaient venus place Wagram alerter sur leur situation. « On est à l’arrêt depuis le 13 mars, aujourd’hui on est à l’agonie » explique, Morgan Dalle, qui tient la discothèque L’Antique à Béthune (Pas-de-Calais). Ses dix salariés sont au chômage partiel, mais lui n’a aucun revenu depuis sept mois, et tous les bénéfices des cinq dernières années ont été engloutis dans la gestion de la crise. « Nous n’avons eu aucune aide spécifique et sommes les derniers à ne pas avoir repris ».

128 interpellations à midi

Du côté des « gilets jaunes », vers 12 h 30, il régnait un certain flou : certains proposaient un sit-in « pacifique » sur la place Wagram, d’autre rappelaient avoir déclaré pour l’après-midi une manifestation partant du boulevard Pereire vers le Sacré-Cœur.

Avenue de Wagram, quelques manifestants tentaient d’avancer vers les Champs-Elysées. Les forces de l’ordre les repoussaient avec de premiers gaz lacrymogènes et grenades de désencerclement. A midi, la Préfecture de police a annoncé sur Twitter avoir procédé à 128 interpellations. « Il ne peut pas y avoir sur les Champs de destruction et de chaos », avait déclaré plus tôt le préfet de police, Didier Lallemant, sur BFMTV. Le nombre de forces de l’ordre mobilisées n’a pas été précisé, à l’exception de 160 motos des brigades de la répression de l’action violente (BRAV-M).

Dans un autre rassemblement de « gilets jaunes », place de la Bourse, la situation s’était tendue dans la matinée, après l’arrivée de l’humoriste Jean-Marie Bigard, qui se présente comme proche du mouvement. Hué par des manifestants, qui lui reprochent de s’être désolidarisés de Jérôme Rodrigues, il a dû été exfiltré dans un café.

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A Toulouse aussi, le rassemblement de « gilets jaunes » a été interdit vendredi par la préfecture de Haute-Garonne notamment en raison « des taux élevés de propagation de la Covid-19 ».

Alors que d’autres rassemblements sont également prévus en province, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a présenté vendredi les grandes lignes de la nouvelle doctrine de maintien de l’ordre du gouvernement, avec notamment l’usage d’une nouvelle grenade défensive, dite de désencerclement (GMD), censée être moins dangereuse que la précédente et dont l’emploi sera encadré par des « superviseurs ».

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