Maman dealer

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Les séries sur le trafic de drogues ne manquent pas, mais elles mettent généralement en avant des hommes dealers. Weeds change la focale et adopte le point de vue d’une mère de famille, qui se retrouve à dealer de l’herbe pour faire vivre sa famille.

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Fin des clichés

Nancy Botwin est à l’opposé des clichés habituels sur les dealers : c’est une mère de famille, qui vit dans une banlieue bourgeoise et qui n’a pas à craindre que ses fils prennent une balle perdue en sortant de l’école. Devenue veuve, elle vend de l’herbe à ses voisins et amis pour faire vivre sa famille. Son équilibre est bouleversé par l’arrivée de son beau-frère Andy.

Nancy n’est pas une pauvre petite chose sans défense : elle sait manœuvrer les dealers, les clients, voire les barons de la drogue. Même si son mari lui manque, elle n’a pas renoncé à vivre et elle n’entend pas se faire dicter sa façon d’agir par qui que ce soit. Par moments, elle est agaçante. Lorsqu’elle entame une relation amoureuse suivie avec un baron de la drogue et maire de Tijuana, on s’attend à ce qu’elle se calme. Quel besoin avait-elle de s’agiter alors qu’elle pouvait profiter de la vie dans un manoir, avec personnel de maison, piscine, soleil et cocktail à volonté ?

Les circonstances la jettent sur les routes américaines puis en prison, où elle reste trois ans. Comment rebondir quand on est une ancienne taularde dont tous les faits et gestes sont constamment surveillés ? Les scénaristes ont fait preuve d’une certaine créativité, car la série se termine bien et ce n’était pas gagné d’avance, si on considère les boulets qu’elle devait se traîner.

Veuve noire à son insu

La série s’ouvre sur le veuvage de Nancy et se clôture sur un nouveau veuvage. L’un des fils de l’histoire est le côté veuve noire de Nancy. Son premier mari meurt d’une crise cardiaque. Son deuxième mari est assassiné et elle est plus ou moins responsable de sa mort. Son troisième mari est exécuté en prison et son quatrième mari tombe d’une échelle. Entre deux maris, Nancy a des aventures et là encore, ils leur arrivent toujours des galères. Que le lecteur note que ça ne se termine pas toujours par la mort, mais les hommes sont des victimes.

La relation la plus intéressante qu’elle développe n’est pas avec Andy, mais avec Guillermo. Dealer mexicain, leur relation commence de façon positive. Puis, il va essayer de la tuer. Il fait un tour en prison. Elle lui rend visite pour le narguer puis pour lui demander un service. Il sort de prison, essaie de nouveau de la tuer. C’est elle qui va en prison. Quand elle en sort et qu’elle prépare sa reconversion, elle vient le trouver et ils finissent par enterrer la hache de guerre. Les scénaristes n’ont pas développé cette relation curieuse, mais on sent une sorte de coup de cœur de Guillermo pour Nancy, une affection qui ne dit pas son nom et qui pousse ce dernier à agir en sa faveur.

Celle qui a bien compris le potentiel dangereux de Nancy est Heylia James, la première fournisseuse de Nancy. Elle l’apprécie à petites doses et tient à ce que cette dernière reste éloignée de sa famille, en particulier de Conrad, qu’elle considère comme un fils. Rien n’y fait et Conrad n’arrive pas vraiment à rompre les liens qu’il a avec notre mère de famille dealer.

Start-up et cannabis

Nancy est pourvue de deux fils : Silas et Shane. Silas est un adolescent, qui veut prendre son envol. Il veut participer au trafic, mais à chaque fois, il fait une bourde catastrophique. Il désespère de se sortir de son rôle de joli garçon sans cervelle, mais n’agit pas toujours au mieux.

Ainsi, lorsque toute la famille s’installe à New York, il met en place un réseau de vente et de distribution d’herbe. Mais, il stocke toutes les informations dans un ordinateur, que les dealers doivent entrer. Il accomplit le rêve de tout agent de police : créer une base de données client, avec nom, prénom, numéro de téléphone, adresse, quantité, solde, avec une jolie interface. Silas très fier de son CRM, mais on est interloqué devant l’absence de sécurité de la chose.

Shane n’est pas forcément plus brillant. Il sympathise avec un agent de police et consulte la base de données de la police de New York. Si vous êtes nostalgique des systèmes d’exploitation antérieurs à Windows XP, faites-vous plaisir. Il se fait prendre parce qu’il imprime le résultat de ses recherches. Ce qui soulève une incohérence. Pour accéder à l’ordinateur, Shane dit qu’il vient faire des mises à jour et offre des versions crackées d’Office. Il demande son mot de passe à l’agent pour faire les installations, ce qui laisse entendre que chaque agent est administrateur de son poste. Il fait ses recherches rapidement et imprime le tout rapidement. Sauf que toutes les personnes qui ont déjà fait des mises à jour sur Windows savent que ça prend un moment et installer Office depuis un CD-ROM aussi. On a aussi du mal à croire que le détective Mitch Ouellette ait pu découvrir que Shane a fait des recherches non autorisées, ce dernier étant ivre en continu.

Frontières et reconversion

Nancy essaie de donner le change. Même si elle aime vendre de l’herbe — ce point est amplement développé dans la série — elle veut afficher une façade respectable, ne serait-ce que pour le fisc. Difficile de déposer toutes les semaines 10 000 $ sur son compte en banque quand on est officiellement femme au foyer. C’est ainsi qu’elle entraîne Doug, le balourd obsédé sexuel, dans ses affaires. 90 % du temps, c’est un boulet, mais dès qu’il est devant des chiffres, il devient soudainement intelligent.

La série se conclut dans un futur où l’herbe est enfin légalisée et que le business de Nancy est racheté par Starbucks. On a beau être en Nouvelle-Angleterre, les scénaristes n’ont pas tant rêvé que cela. On met de côté les smartphones totalement transparents, mais en ce qui concerne la légalisation, ils avaient vu juste.

En effet, le dernier épisode a été diffusé en septembre 2012. Le 6 novembre 2012, le Colorado et l’état de Washington ont légalisé le cannabis. Dans la dernière saison, Nancy travaille dans une compagnie pharmaceutique qui prépare des médicaments à base de cannabis, en vue d’une commercialisation. Là encore, les scénaristes ont bien anticipé puisqu’en 2018, le premier médicament à base de cannabis — l’Epidiolex — a été autorisé.

Weeds est une bonne série, car elle permet de combattre un cliché sur les stupéfiants : oui, tout le monde en consomme, oui, tout le monde peut se mettre à en vendre et il y a une grosse hypocrisie sur le sujet. On le voit en France. Nous sommes de très gros consommateurs de psychotropes, mais on a des pudeurs de violette sur le cannabis. Point bonus pour le générique de la dernière saison, entièrement dessinée et qui résume les saisons antérieures. Weeds est partiellement disponible sur Prime Video.     

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