Macron rattrapé par le boulet Villiers – Libération

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Nouveau traitement de faveur pour le Puy-du-Fou, où 9 000 spectateurs ont assisté samedi soir au spectacle quand la jauge reste de 5 000 personnes maximum pour la quasi-totalité des manifestations culturelles et sportives ? Alors que la proximité entre Villiers et Macron, largement relayée par le Vendéen vociférant dès qu’il en a l’occasion, est de notoriété publique, elle apparaît aujourd’hui comme un boulet pour le chef de l’Etat davantage que comme un subtil signal envoyé à la France souverainiste.

Accusation de népotisme

Ce week-end, l’Elysée a ainsi été obligée d’assurer dans le Journal du dimanche que la dérogation dont le Puy-du-fou a bénéficié samedi soir, loin d’être un fait du prince, est une décision de la préfecture de Vendée, seule. Selon une confidence d’un proche du président de la République rapportée par l’hebdomadaire et visant à contrer toute accusation de népotisme, Macron aurait même été «surpris» en apprenant la nouvelle. De son côté, la préfecture a, elle, justifié son choix par le «niveau de vulnérabilité limité» constaté ces derniers jours dans le département, assurant qu’elle pourrait de nouveau autoriser une telle jauge le week-end prochain.

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Depuis le début, quelque chose cloche dans ce pas de deux entre Emmanuel Macron et Philippe de Villiers. Pourquoi ce Président, héros autoproclamé des «progressistes», entretient-il ostensiblement une relation particulière et même privilégiée avec une figure, qui plus est largement démonétisée, de la France réac, intolérante et volontiers complotiste ? Question de sympathie personnelle (c’est son droit, mais à titre privé) ou de stratégie politique visant à flatter la droite «dissidente» comme lors de ses appels téléphoniques à Jean-Marie Bigard ou Eric Zemmour ? L’un n’exclue pas l’autre. On se rappellera qu’en août 2016, Macron ministre de l’Economie avait surpris son monde en débarquant chez le souverainiste au Puy-du-Fou, une étape quelque peu contre-intuitive dans les prémices de son épopée présidentielle. On a aussi découvert depuis un Président, tout quadra qu’il est, plus attiré par la culture d’hier que par celle d’aujourd’hui. Plus Stéphane Bern que Billie Eilish en somme.

Sms présidentiel

Si l’Elysée assure ne pas être intervenue, la préfecture traite-t-elle avec l’équité requise celui qui est considéré comme un «proche» du président de la République, le genre à faire du barouf pour que son sort soit jugé à part ? La question est évidemment légitime. La décision de rouvrir le parc d’attractions dès le début du mois de juin avait en effet été prise personnellement par Macron en conseil de défense alors que son Premier ministre Edouard Philippe n’y était pas favorable. Informé dès la mi-mai par un sms présidentiel, Villiers s’était d’ailleurs empressé de le publier sur Twitter. Et le Puy n’en est pas resté là : en juillet, le parc d’attractions a de nouveau été au cœur d’une polémique en accueillant 12 000 personnes à un seul et même spectacle alors que la limite de 5 000 personnes courait jusqu’à fin août. Après la diffusion d’images par France Télévisions et un bad buzz sur les réseaux sociaux, la direction du parc avait assuré s’appuyer sur une décision validée par le préfet, mais celui-ci avait réfuté tout accord de sa part. Le Puy avait dû rétropédaler, jusqu’à ce samedi où la préfecture a donné son accord à l’accueil de 9 000 spectateurs. Pour le reste du pays, l’interdiction des rassemblements de plus de 5 000 personnes vient d’être prolongée jusqu’au 30 octobre.
Jonathan Bouchet-Petersen

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