Macron face aux Gilets jaunes aux Tuileries : décryptage d’un bad buzz – Le Parisien

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Une cérémonie militaire place de la Concorde, en l’honneur des soignants. Puis, une interview tout en majesté dans la salle des fêtes de l’Elysée. Et patatras! L’opération de communication du 14 Juillet, censée redorer l’autorité et le blason du chef de l’Etat, est percutée dans la soirée par un buzz venu des réseaux sociaux. Un groupe de Gilets jaunes vient de mettre en ligne une vidéo où l’on voit Emmanuel Macron en promenade avec son épouse dans les jardins des Tuileries. La scène se passe en fin de soirée.

Les militants scandent « Macron démission ! » En blouson de cuir, le nœud de cravate desserré, le président va au contact de ses détracteurs. Ces derniers lui demandent de supprimer les brigades de policiers en moto (les BRAV). « Virez-les on en peut plus ! crie l’un d’entre eux. Enlevez-les dans les manifs, déjà ça ira mieux. Ils sont hyper irrespectueux ! » « Vous n’êtes pas des modèles de respect non plus », rétorque alors Emmanuel Macron. Le ton monte et vient rappeler les traits clivants du président. Ceux-là mêmes qu’il avait tenté d’arrondir devant Léa Salamé et Gilles Bouleau, en se posant en rassembleur et en regrettant des « maladresses ».

VIDÉO. « J’y crois pas » : quand un groupe de Gilets jaunes croise Macron par hasard

Cette prise à partie risque fort de rester comme l’image forte de ce 14 juillet 2020, après une interview sans grandes annonces. De quoi hérisser les communicants du président qui avaient peaufiné la séquence… sans anticiper l’escapade du couple Macron.

« Est-ce qu’un chef de l’Etat doit renoncer à toute forme de spontanéité ? interroge Gaspard Gantzer, l’ancien conseiller en communication de François Hollande à l’Elysée. Nicolas Sarkozy et son successeur s’étaient heurtés au même problème que vient de vivre Emmanuel Macron dans la seconde partie de leur quinquennat. Le premier avait dû faire appel à des cordons de CRS à chaque déplacement. Le second avait décidé de ne plus sortir du tout. Sans compter que planait la menace terroriste. »

« Il ne faut pas renoncer à rencontrer les gens »

A l’heure des smartphones, la moindre sortie privée peut se retrouver sur les réseaux sociaux. A l’instar de cette soirée mouvementée au théâtre des Bouffes-du-Nord, le 19 janvier, quand le président avait dû quitter momentanément la salle, après la tentative d’intrusion de Gilets jaunes, informés par un journaliste présent dans la salle de spectacle. « La fonction présidentielle a toujours été exigeante et le devient de plus en plus, poursuit Gaspard Gantzer. Tout peut être filmé, ce qui réduit la liberté de mouvement. C’est compliqué psychologiquement pour des gens qui aiment le contact. Mais il ne faut pas renoncer à rencontrer les gens, sans quoi le président se déconnecte de la société. Il faut seulement imaginer d’autres cadres, comme ce fut le cas pendant le grand débat national. »

L’opposition, elle, n’a pas manqué de réagir en insistant sur le risque sécuritaire encouru par le chef de l’Etat. « Comment le président de la République peut-il prendre de tels risques ? » a tweeté le député LR Eric Ciotti. Le parlementaire européen Les Républicains François-Xavier Bellamy a renchéri, en soulignant que si « Emmanuel Macron a du courage d’aller au contact », « sans doute est-ce aussi assez peu responsable ». Pendant sa promenade, le président était toutefois entouré d’un copieux service de sécurité en civil.

A la fin de l’échange aux Tuileries, les opposants remercient le chef de l’Etat d’avoir accepté cette discussion improvisée. « Respect », lui lance même l’un des Gilets jaunes. Lequel précise : « Je ne vote pas vous. » Un autre s’exclame : « Je n’arrive même pas à le maudire. Il a du talent, quand même, c’est un orateur. » Mince consolation pour Emmanuel Macron.

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