Lutte contre les fake news : pour le CSA, les plateformes peuvent mieux faire

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Lutte contre les fake news : pour le CSA, les plateformes peuvent mieux faire

Pour la première fois, les grandes plateformes ont adressé au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) une synthèse déclarative de toutes les mesures mises en oeuvre en 2019 pour lutter contre la diffusion des fausses informations. Cette obligation, introduite par la loi du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l’information, octroie au CSA le pouvoir d’établir un bilan de ces mesures.

Facebook, Google, Instagram, Twitter, YouTube et Wikipédia, pour ne citer que quelques uns, ont accepté de lever le voile (partiellement) sur leur cuisine interne, pour aider à comprendre l’ampleur du phénomène des fake news. Régulièrement accusés de ne pas mettre en oeuvre tous les moyens à leur disposition, certains réseaux ont fait preuve de plus de volonté au fil des ans, s’attaquant même aux tweets de Donald Trump. Le président des Etats-Unis s’était récemment pris le bec avec Twitter, après que certains de ses tweets sur les élections américaines ont été épinglés par le service de fact-checking du réseau, ce qui n’avait pas manqué de déclencher son ire.

Les documents récupérés par le CSA offrent un aperçu global du nombre de signalements pour fausses informations déclarés par les opérateurs. Google et Snapchat n’ont enregistré aucun signalement, LinkedIn en compte 2 512. Twitter en a déclaré 49 945 via l’outil de signalement concernant l’élection des représentants au Parlement européen et 14 529 via l’outil de signalement de fausses informations spécifique à la France. Facebook, en revanche, a rendu copie blanche.

Le groupe de Mark Zuckerberg a, en revanche, précisé avoir désactivé 5,39 milliards de faux comptes entre le premier et le troisième trimestre 2019. Les faux comptes représentaient, au total, environ 5% des utilisateurs actifs mensuels sur le réseau l’an passé.

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Opacité sur les algorithmes et les moyens financiers

Tous les opérateurs, à l’exception de Wikipédia dont le fonctionnement collaboratif diffère, ont mis en place un dispositif de signalement, certaines plateformes optant pour la création d’une catégorie à part (Facebook, Dailymotion, Unify), d’autres choisissant de rattacher les signalements de fake news à la catégorie “autres” (Snapchat, Microsoft, jeuxvideo.com, Google).

Toutefois, le CSA observe qu’il y a assez peu de détails relatifs aux moyens humains et financiers déployés par les opérateurs pour lutter contre la désinformation. Le CSA note que l’instruction des signalements de fausses informations est « principalement réalisée par des modérateurs humains », en interne pour la plupart à l’exception de Facebook. Les effectifs globaux des équipes de modération oscillent entre 15 000 pour Facebook à 14 pour Jeuxvideo.com, et ces équipes sont généralement actives 24 heures sur 24.

Le CSA souhaiterait voir plus de transparence sur les algorithmes utilisés par les services, d’autant plus que les moyens automatisés occupent une place croissante dans le traitement des fausses informations. « Bien que le secret des affaires ait pu légitimement être invoqué dans certains cas, le CSA rappelle qu’il avait donné la possibilité aux opérateurs de lui signaler la confidentialité des éléments qu’ils ne souhaitaient pas voir publiés » indique le Conseil.

Le CSA conseille également aux opérateurs d’améliorer l’information des utilisateurs, notamment au regard des procédures de traitement des signalements, des éventuels partenariats avec des fact-checkers externes (comme Facebook) ou encore d’informer sur les voies de recours possibles contre les décisions de la plateforme.

Les plateformes ont concentré leurs efforts sur la Covid-19

Certains événements cristallisent plus encore les efforts dans la lutte contre la désinformation. Il est intéressant de voir comment les opérateurs de plateformes ont géré la Covid-19. Dans le cadre de la crise sanitaire, les plateformes ont déployé des mesures spécifiques pour promouvoir des contenus fiables. La plupart des opérateurs, comme LinkedIn, Google et Twitter, ont redirigé les utilisateurs vers des informations officielles, notamment dans les propositions et résultats de recherche, et ont mis en place des chatbots dédiés tel que sur Facebook.

LinkedIn a par exemple promu des contenus émanant de sources fiables, nationales et internationales via son Récap Actu, tandis que Facebook a affiché des renvois vers des articles de l’OMS dans le fil d’actualité des personnes ayant interagi avec des informations nuisibles liées au virus.

De manière générale, le calendrier électoral reste une cible privilégiée des fake news, et occupe naturellement l’attention des opérateurs depuis quelques années. Les doctrines de Twitter et Facebook se rejoignent à ce sujet : les deux réseaux sociaux ne retirent pas les fausses informations signalées de leur plateforme, sauf en cas d’entrave au processus électoral. A noter que dans le cas de Twitter, une modération est uniquement mise en oeuvre pour traiter des fausses informations en matière électorale.

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