L'opération reconquête de Free patine encore

Le rebond commercial enregistré par Free en France au deuxième trimestre 2019 n’aura pas suffi. La filiale d’Iliad, qui avait affiché ses ambitions au printemps lors de la présentation de son projet stratégique qui doit la mener en 2024, a ainsi annoncé ce mardi avoir enregistré un recul de 60% de son bénéfice net au premier semestre de l’exercice, à 91 millions d’euros.

A l’issue des six premiers mois de l’année, Free a ainsi enregistré une progression de 8,4 % de son chiffre d’affaires, à 2,6 milliards d’euros, largement porté par la hausse de 0,7 % des ventes enregistrées sur le marché français. Le résultat d’exploitation du groupe a en revanche reculé de 7,4 % à 802 millions d’euros, en raison notamment du plan d’investissement consenti pour stabiliser son offre sur le marché italien, où l’opérateur vient de dépasser le cap des 4 millions d’abonnés 14 mois après son arrivée dans le pays.

Dans le détail, le groupe a enregistré un chiffre d’affaires de 2,4 milliards d’euros en France et de 177 millions d’euros en Italie. En France, Iliad a subi une baisse de 1,5 % de ses revenus fixe, à 1,3 milliard d’euros, contre une hausse de 3,7 % de son chiffre d’affaires mobile, qui atteint 997 millions d’euros à la fin du premier semestre 2019. Au total, le groupe revendique aujourd’hui 19,7 millions d’abonnés à ses offres fixe et mobile, contre 20 millions à l’issue du premier semestre 2018. Pour autant, celui-ci se veut combatif et mise sur la hausse de son revenu moyen par abonnés en France pour consolider sa croissance. Celui-ci s’élève à 32,5 euros mensuel pour chaque abonné fixe (contre 32,8 euros un an auparavant), tandis que son ARPU mobile se monte à 10,1 euros, contre 9 euros l’an passé.

Rappelons que si le groupe a enregistré en France un chiffre d’affaires de 2,4 milliards d’euros au premier semestre 2019, en hausse de 1,5 % sur un an, celui-ci se base majoritairement sur la hausse de 0,7 % de son chiffre d’affaires issue de ses activités de Services, qui s’élève à 2,3 milliards d’euros à l’issue de ce premier semestre, en hausse de 0,7 % sur un an.

Free compte 13,3 millions d’abonnés mobile

En France, l’opérateur a enregistré une baisse de sa base de clients mobile de 127 000 abonnés, “dans un contexte marqué par une concurrence agressive”, comme l’a relevé le directeur général de Free Thomas Reynaud. “Free investit, Free recrute, Free innove. On souhaite aller vers de nouveaux marché, le plan mis en place il y a un an commence à porter ses fruits”, veut pourtant croire le dirigeant de l’opérateur. Ce dernier a en effet souligné que ce churn d’abonnés mobiles affectant Free “est concentrée sur les offres à moindre valeur ajoutée”.

De fait, l’opérateur annonce avoir enregistré une hausse de son ARPU mobile de 12 % en un an, à 10,1 euros et comptabilise aujourd’hui 13,3 millions d’abonnés mobile, dont 7,9 millions d’abonnés à ses offres 4G illimitée, un total porté par 145 000 recrutements nets sur ce segment 4G illimité.

Dans le mobile toujours, l’opérateur, qui a cédé 70 % de sa branche d’infrastructures mobile française au groupe espagnol Cellnex, veut accélérer sur la 5G. A l’instar de Bouygues Telecom, sa direction se veut toutefois prudente et n’hésite pas à mettre la pression à l’Arcep, l’arbitre du futur appel d’offres pour l’octroi de fréquences dédiées à la 5G qui se déroulera à compter de cet hiver. Alors que le gendarme des télécoms prévoit de mettre en place une procédure d’attribution mixte en deux temps, qui réservera à chacun des opérateurs en lice un bloc de fréquences au moins égal à 40 MHz à un prix fixe dont la valeur n’a pas été communiquée, le propriétaire de Free, Xavier Niel, souhaite pour sa part que chaque opérateur dispose d’un bloc minimum de fréquences d’au moins 60 Mhz, le reste des fréquences disponibles pouvant faire l’objet d’enchères entre chaque opérateur.

“Le modèle proposé ne nous convient pas. Nous voulons a minima 60 Mhz par opérateur et que le solde soit mis aux enchères. En-dessous de 60 Mhz ce serait très problématique, il faut absolument éviter les enchères mortelles, car il y a une asymétrie en terme de puissance financière entre l’opérateur historique, SFR et les deux autres acteurs. Si on veut continuer à animer le marché français sur la fibre et la 5G, cela passera par la concurrence et donc par Free” a ainsi fait savoir le fondateur de Free. Pour ce dernier, la donne est simple : “s’il y a une différence significative en terme de distribution de spectre entre chaque acteur, il y aura une différence significative en terme d’offres”, a-t-il indiqué, estimant : “il faut un rapport logique entre le prix du spectre, la longueur du spectre et les responsabilités associées”. Reste à voir si le message sera reçu par l’Arcep, alors qu’il ne reste plus que quelques semaines avant le lancement de l’appel d’offres tant attendu par les opérateurs.

Alors que l’état-major de Free, partenaire historique de Nokia, a annoncé hier avoir conclu un partenariat stratégique avec l’équipementier finlandais devrait être chargé de l’ensemble des futurs réseaux 5G de la filiale d’Iliad en France et en Italie. “Il s’agit d’un partenariat qui nous permettra d’accélérer le déploiement de nos réseaux en France et en Italie”, a ainsi fait savoir le directeur général d’Iliad, confirmant que cet accord porterait sur l’ensemble de l’infrastructure de Free, au moins jusqu’en 2020.

Au titre de ses prévisions, le groupe a indiqué viser la barre des 25 % de parts de marché à long terme. Pour ce faire, l’opérateur, qui s’est beaucoup renforcé via le renforcement de son réseau sur la bande des 700 Mhz, souhaite s’équiper de plus de 2 000 nouveaux sites mobile en 2019, pour atteindre un total de 15 400 sites mobiles en fin d’année.

Free transfère la gestion de son infrastructure fixe passive à Infravia

Sur le fixe, l’opérateur vante un “semestre record”, porté le recrutement de 322 000 nouveaux abonnés sur le semestre. Un succès revendiqué qui porte à 172 000 le nombre de recrutements nets effectués par l’opérateur au cours du deuxième trimestre, plaçant Free devant Orange et ses 161 000 nouveaux abonnés, SFR (95 000) et Bouygues Telecom (82 000) selon les décomptes effectué par l’opérateur lui-même. Au total, Free revendique 6,3 millions d’abonnés haut et très haut débit, dont 1,3 millions d’abonnés à ses offres fibre à fin juin, ce qui représente une hausse de 33 % de sa clientèle sur ce segment en l’espace de six mois. Pour autant, le groupe a enregistré des revenus fixe en baisse de 1,5 % sur le marché français, à 1,3 milliard d’euros, pour un ARPU en baisse de 0,3 euro à l’issue du premier semestre, à 32,5 euros.

A l’instar de ce qu’a opéré Free sur le mobile, l’opérateur, qui revendique 11,5 millions de prises raccordables, a en outre indiqué avoir conclu un partenariat stratégique avec le fond d’investissements français Infravia pour accélérer le déploiement de la fibre optique (FTTH) dans les zones de moyenne et faible densité en France (soit environ 26 millions de lignes dans les RIP et les zones AMEL) via une société dédiée. A cet effet, l’opérateur a indiqué avoir créé une société chargé de gérer son infrastructure fixe passive, dont 51 % du capital sera cédé à InfraVia sur la base d’une valeur d’entreprise d’environ 600 millions d’euros. La nouvelle société, placée sous la direction d’InfraVia fournira ses services à Free dans le cadre d’un contrat de services de très long terme et sera chargée de commercialiser l’infrastructure fixe passive de Free à des opérateurs tiers.

Toujours en ce qui concerne le déploiement de son réseau 5G, Free, partenaire historique de Nokia, devrait continuer à faire confiance à l’équipementier finlandais, avec qui il a conclu en début de semaine un nouveau partenariat stratégique. “Il s’agit d’un partenariat en France et en Italie, qui nous donne de la visibilité sur nos déploiements et certaines caractéristiques techniques, qui s’inscrit dans la continuité de ce que l’on vit avec Nokia depuis 6 ans sur la 4G”, a indiqué le directeur général d’Iliad, confirmant que Nokia équipera “pour le moment” l’intégralité des sites 5G de Free en France et en Italie. “Ce sera probablement le cas en 2020, après rien n’est définitif”, a également fait savoir ce dernier.

“Ce partenariat nous permettra d’aller plus loin et plus vite sur la couverture du territoire. Celui-ci concernera uniquement les mécanismes de co-financement sur les zones de moyennes densité et les réseaux d’initiative public pour gagner en efficacité sur notre déploiement fibre et maintenir notre rythme d’investissement soutenu”, a fait savoir Thomas Reynaud en marge d’une conférence de presse tenue ce mardi dans le quartier-général parisien d’Iliad. Ce dernier a précisé que la holding de tête de Free disposerait d’une option pour racheter 2 % du capital de cette société à InfraVia, se permettant ainsi de remettre la main sur la co-entreprise si besoin.

Le groupe a profité d’un point-presse tenu ce mardi pour réaffirmer ses objectifs d’atteindre une part de marché haut et très haut débit de 25 % à long terme et de parvenir à passer la barre des 22 millions de prises raccordables à la fibre en 2022 et d’atteindre les 30 millions de prises raccordables à fin 2024, pour un objectif de 4,5 millions de clients fibre en 2024.

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