L’immigration et l’islam au cœur de la « convention de la droite » – Le Monde

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Venus pour débattre de « l’alternative au progressisme », les orateurs, dont Eric Zemmour, ont enchaîné les discours identitaires et anti-immigration.

Par Publié aujourd’hui à 19h39, mis à jour à 21h04

Temps de Lecture 4 min.

Eric Zemmour à la « convention de la droite », le 28 septembre.

« Convention de la droite » ou de l’extrême droite ? Les proches de Marion Maréchal ont réuni un millier de personnes dans le XVe arrondissement de Paris, samedi 28 septembre, pour débattre, juraient-ils, de « l’alternative au progressisme ». En pratique, des heures de discours identitaires et de rhétorique anti-immigration décomplexée, pour partie retransmis en direct à la télévision.

Les organisateurs avaient prévenu. Dans un clip destiné à vendre leur événement, mis en ligne début septembre, défilaient déjà sur une musique angoissante des images de prières de rue et de Notre-Dame de Paris en feu sur des slogans comme « La France ne se reconnaît plus ». Le jeune loup Les Républicains et ancien adhérent frontiste Erik Tegnér a lui-même introduit la journée en annonçant : « Nous allons parler d’islam, de fiscalité, d’identité, d’immigration. » La fiscalité ne sera finalement qu’un détail.

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Classiques de l’extrême droite

Sous les faux palmiers et le ciel étoilé de néons de la salle parisienne, le « héros d’une génération », selon les termes de Tegnér lui-même, monte à la tribune. « Inversion de la colonisation », « extermination de l’homme blanc hétérosexuel catholique », « Français de souche », « islamisation de la rue », « préférence nationale »… Tous les classiques de l’extrême droite y passent.

Fraîchement condamné définitivement pour provocation à la haine religieuse pour des propos anti musulmans, Eric Zemmour se lance dans une violente diatribe obsédée par l’islam, quitte à risquer une nouvelle condamnation pénale :

« Tous nos problèmes aggravés par l’immigration sont aggravés par l’islam (…) Les jeunes Français vont-ils accepter de vivre en minorité sur la terre de leurs ancêtres ? Si oui, ils méritent leur colonisation, sinon ils devront se battre pour leur libération. »

Un discours extrême retransmis en direct sur LCI, provoquant l’embarras de plusieurs journalistes dans la rédaction, dans lequel le polémiste compare les djellabas aux « uniformes des armées d’occupation », attaque directement les musulmans, qui selon lui « se comportent en colonisateurs » et déclare qu’il « aime les formules de Renaud Camus », l’inventeur de la théorie d’extrême droite du « grand remplacement », que le terroriste suprémaciste blanc de l’attentat de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, a érigé en titre de son manifeste.

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« J’entends les impatiences et les frustrations »

Robert Ménard applaudit. « J’admire Eric. » Le maire de Béziers élu avec les voix de l’ex-Front national en 2014 ne viendra pourtant plus. Non pas parce qu’il est en désaccord avec les idées radicales partagées ici, bien au contraire. « L’islam conquérant, c’est plus de femmes dans la rue. L’identité, c’estje ne veux plus de kebabs dans ma ville », lâche Robert Ménard, applaudi derrière son pupitre. Mais lui estime que cet événement « ne sert à rien », dans un tacle en règle à Marion Maréchal ex-Le Pen : « J’en ai assez des uns et des autres qui nous disent qu’ils ne veulent pas se présenter à la prochaine présidentielle. Moi j’ai besoin qu’on se diseon a un chef. » Et de sonder qui, dans le public, sera candidat aux municipales de mars prochain. Trois mains se lèvent péniblement, rappelant que ce rendez-vous représente bien peu électoralement.

Quelques autres se mettent à huer Raphaël Enthoven, lorsque celui-ci évoque la torture en Algérie. « Retourne en Algérie ! » ; « Dégage ! ». Le philosophe était venu représenter « l’autre camp », seul après l’annulation de dernière minute du député de La République en Marche Aurélien Taché. « Il est trop facile d’avoir peur de vous et de monter des digues à distance en espérant que ça tienne », entonne le contradicteur désigné… sans jamais attaquer directement ni s’offenser des propos qu’Eric Zemmour vient de prononcer.

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Ceux qui lui succéderont à la tribune ne se priveront pas, eux, de condamner Raphaël Enthoven. Comme Gilles William Goldnadel, avocat proche de l’extrême droite et « content de faire partie de cette famille » : « Il n’a pas parlé une fois ni d’immigration ni d’islam. » Rappelons que ce n’était pas le thème annoncé de cette journée, qui affichait vouloir construire l’« alternative au progressisme ». Chaque intervention, y compris une table ronde sur la « dictature de la pensée », aura finalement été l’occasion de tancer « l’islamisation de la société »… Au point que même l’éditorialiste conservatrice Elisabeth Lévy finit par s’étonner : « On devait parler de liberté de penser, on a parlé que de l’islam. »

Et voilà l’invitée la plus attendue de la journée. Celle qui n’avait officiellement rien à voir avec l’événement, mais que ses amis ont lancé en majesté : Marion Maréchal ex-Le Pen. Venue en « directrice d’école », la très prolixe « retraitée » de la politique depuis son départ du Front national répond à Robert Ménard et à son invitation à se dévoiler par une fin de non-recevoir : « J’entends les impatiences et les frustrations (…) mais qui peut sincèrement imaginer que nos idées arriveront au pouvoir sans briser les barrières partisanes d’hier ? » C’est pourtant un discours programmatique à la limite de la candidature que la nièce de Marine Le Pen aura réservé à son auditoire, développant durant plus de trente minutes les « cinq grands défis » qu’elle entend défendre dans ce qu’elle nomme son « camp des réalistes ». « Le premier, le plus vital est le grand remplacement », proclame la petite fille de Jean-Marie Le Pen. « Je ne m’étendrai pas sur le sujet, il a été largement traité aujourd’hui », admet-elle, bien loin de la métapolitique en concluant sous les hurlements des jeunes militants : « Demain, j’en suis intimement convaincue, nous serons au pouvoir. »

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