Liberté du choix des enseignants par les directeurs d’école : les annonces de Macron bousculent les syndicats – Le Figaro

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À Marseille, le chef de l’État a annoncé vouloir lancer une expérimentation pour donner davantage de pouvoirs aux directeurs.

En annonçant le 2 septembre à Marseille vouloir expérimenter la liberté pour un directeur d’école de choisir son équipe de professeurs, le président Macron a jeté un pavé dans la mare et pris de court les syndicats enseignants majoritaires. Il a d’ailleurs reconnu avoir conscience de dire «plein de gros mots pour beaucoup de gens».

Car le sujet du statut du directeur d’école, de son pouvoir, de ses responsabilités est ultrasensible. Historiquement, ce directeur n’est qu’un «pair parmi les pairs». Son action est forcément «collégiale». Il n’a aucun pouvoir hiérarchique sur les enseignants de son école, pas plus qu’il n’intervient dans leur affectation ou leur évaluation. Le tout-puissant «barème» fixe les règles du jeu. Aberrant ?

«Le statut de la fonction publique garantit l’égalité de traitement des agents, réplique Guislaine David, du Snuipp, le principal syndicat du primaire. Permettre à un directeur d’école de choisir ses enseignants, reviendrait à basculer dans un fonctionnement libéral, où les critères subjectifs et le clientélisme pourront prendre leur place». Un tel changement amènerait selon elle à «caporaliser les choses, en permettant aux autorités académiques de placer les bonnes personnes pour appliquer la politique du ministre».

Le directeur d’école n’est pas un enseignant lambda. Il met en musique le projet d’école, préside le conseil d’école. Mais il exerce son rôle en concertation avec son équipe. Lui donner une supériorité hiérarchique l’isolerait de ses collègues.

Guislaine David, du Snuipp, le principal syndicat du primaire

Pour une grande partie du monde syndical, il n’est tout simplement pas envisageable qu’un directeur d’école ait un quelconque pouvoir hiérarchique sur ses enseignants. «Le directeur d’école n’est pas un enseignant lambda. Il met en musique le projet d’école, préside le conseil d’école. Mais il exerce son rôle en concertation avec son équipe. Lui donner une supériorité hiérarchique l’isolerait de ses collègues», estime Guislaine David.

Si l’annonce présidentielle est «une bombe», la syndicaliste rappelle qu’elle «se situe complètement dans la ligne du ministre de l’Éducation». En 2016 déjà, dans son ouvrage L’école de demain, Jean-Michel Blanquer se positionnait en faveur d’un renforcement des pouvoirs des directeurs d’école et d’un recrutement sur profil des enseignants.

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Que dit précisément cette annonce ? Le président veut expérimenter, dès la rentrée 2022, dans 50 écoles «laboratoire» marseillaises, la possibilité pour un directeur de «pouvoir choisir les enseignants, pour être sûr qu’ils sont pleinement motivés, qu’ils adhèrent au projet». L’objectif est de «donner plus de liberté en même temps qu’on donne plus de moyens». «Je veux ici qu’on puisse en quelque sorte innover et mettre en place […} une méthode radicalement nouvelle pour l’éducation de nos enfants», a expliqué Emmanuel Macron. Il a par ailleurs évoqué son souhait, si l’expérience est concluante, de la généraliser «dans d’autres territoires de la République».

Parmi les organisations syndicales, le Syndicat national des écoles (SNE), est le seul à applaudir à cette annonce. «Je dis «chiche !» lance Pierre Favre. La formule utilisée par le chef de l’État est à la fois laconique est précise : liberté et moyens. Si des enseignants ont envie de se retrousser les manches et de gagner plus, ils pourront le faire. Ceux qui ne le veulent pas pourront continuer de végéter dans leur système bureaucratique. Les syndicats majoritaires et une partie des enseignants vont évidemment dénoncer cela. Il est tellement confortable, à l’école primaire, d’avoir un directeur d’école qui parle dans le vide, de faire ce que l’on veut dans sa classe, et d’avoir pour supérieur hiérarchique un inspecteur de l’Éducation nationale éloigné, qui vient inspecter les enseignants tous les 5 à 10 ans», lance-t-il ironiquement.


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