Liban : Mustapha Adib, un nouveau premier ministre issu du sérail politique – Le Monde

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Offrir le visage du changement en s’assurant de protéger le système. Telle est la ligne sur laquelle semble s’être accordée la majorité de la classe politique libanaise qui a choisi, lundi 31 août, Mustapha Adib comme nouveau premier ministre. Sa désignation est tombée à point nommé, quelques heures avant qu’Emmanuel Macron n’arrive à Beyrouth.

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Rumeurs et interrogations se succèdent dans la capitale libanaise sur le rôle joué par Paris dans la genèse de ce choix. Il lui est attribué, au minimum, d’avoir validé le nom de Mustapha Adib pour prendre les rênes d’un « gouvernement de mission », selon la formule consacrée du président français. Ce dernier a exhorté, lundi, à la formation d’un exécutif « au plus vite. »

Le nouveau premier ministre libanais, Mustapha Adib, le 31 août, en visite dans les quartiers frappés par l’explosion du port de Beyrouth.

Une réputation de sérieux

S’il est peu connu du grand public, le nouveau premier ministre, âgé de 48 ans, issu de la communauté sunnite comme le veut l’usage pour ce poste, est loin d’être un novice dans le marigot de la politique libanaise. Passé par l’enseignement universitaire, c’est un proche de Najib Miqati : homme d’affaires milliardaire et figure influente de Tripoli (nord du Liban), ce dernier a été deux fois chef du gouvernement, en 2005 puis en 2011-2013. M. Adib a notamment été son chef de cabinet.

Sa nomination comme ambassadeur en Allemagne, en 2013, alors qu’il n’est pas diplomate de carrière, répondait à des arrangements politiques, selon diverses sources. Natif de Tripoli, Mustapha Adib, qui jouit d’une réputation de sérieux, a gardé des responsabilités dans le réseau culturel et social tissé par M. Miqati pour entretenir son influence. Sa désignation est fustigée par les militants de la contestation.

Avec 90 des 120 voix de députés que compte actuellement le Parlement, M. Adib a été adoubé à la fois par l’ancien premier ministre et leader sunnite Saad Hariri, par le puissant Hezbollah et ses alliés et par le bloc de députés proches du ténor politique Walid Joumblatt. Cela lui offre un consensus que son prédécesseur Hassan Diab n’a jamais eu. Ce dernier avait démissionné le 10 août, peu après la double explosion au port de Beyrouth, dont l’onde de choc n’est pas retombée au sein de la société.

Gagner du temps

L’accord de dernière minute sur ce nom n’illustre pas un sursaut, mais la propension des politiciens libanais à gagner du temps. « Pour traverser la tempête actuelle, le Liban a besoin d’un homme qui porte un changement radical. Ce n’est pas un conseiller issu du sérail, comme Mustapha Adib, qui peut le faire, juge Nadim Houry, directeur du think tank Arab Reform Initiative. En le choisissant, l’enjeu, pour la classe politique, est que le nouveau gouvernement fasse quelques réformes qui débloquent des fonds internationaux dont le Liban et ces dirigeants ont besoin pour survivre, mais sans en faire trop – ce qui affaiblirait cette classe politique , sans toucher aux fondations du système. »

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