La conversation n’aura duré que quelques secondes. Les mots sont secs : « Je n’ai rien à dire, oubliez-moi. » L’homme qui répond ainsi au téléphone vient de vivre un scénario digne d’un mauvais film. Pendant près de 24 heures, ce sexagénaire qui pose avec un air bonhomme sur sa photo de profil Facebook a été retenu dans les cellules de la police écossaise. A l’aéroport en premier lieu, puis dans le commissariat central de Glasgow, un bâtiment austère de briques rouges situé sur Helen Street, un boulevard impersonnel et tout aussi sinistre que l’hôtel de police.

Surtout, pendant près de 24 heures, Guy J.., paisible retraité de 69 ans, s’est retrouvé dans la peau de Xavier Dupont de Ligonnès, l’homme le plus recherché de France, cet ancien commercial qui empêche de dormir des policiers depuis le 21 avril 2011 et la découverte des cadavres de son épouse et ses quatre enfants sous la terrasse d’un pavillon de Nantes (Loire-Atlantique).

Un communiqué lapidaire

Vers 18 heures, ce samedi 12 octobre, la police locale a mis fin, en quelques lignes lapidaires, à un suspense éventé tôt le matin. « Le vendredi 11 octobre 2019, un homme a été arrêté à l’aéroport de Glasgow à la suite d’informations fournies à la police. Il a été détenu en garde à vue dans le cadre d’un mandat d’arrêt européen délivré par les autorités françaises, dit le communiqué. Des enquêtes ont été menées pour confirmer l’identité de l’homme. A la suite des résultats de ces tests, il a été confirmé que l’homme arrêté n’est pas l’homme soupçonné de crimes en France. L’homme a depuis été libéré. »

Pas un mot en revanche, pour expliquer cet incroyable raté, cette piste qui s’envole aussi vite qu’elle a surgi et qui a mis des dizaines de policiers français en transe, vendredi. Un raté qui a surtout fait passer un très désagréable moment à Guy J., muet, sidéré et incapable même de nier l’identité qu’on lui prêtait durant les premières heures de sa garde à vue.

Il faut dire que, quand il décolle pour Glasgow, vendredi midi, cet ancien salarié de Renault qui vit dans un pavillon à Limay (Yvelines), est un homme sans histoires. Il part rejoindre sa compagne écossaise, avec qui il s’est installé dans la ville côtière de Dunoon il y a quelques années. Mais tout ne se passe pas comme prévu.

Pas d’explications

A la sortie de l’avion, alors que sa femme l’attend dans le hall de l’aéroport, le sexagénaire est mis de côté. Les enquêteurs de la police aux frontières relèvent ses empreintes digitales, qui « matchent » (correspondent), avec celles de Xavier Dupont de Ligonnès, selon les informations que transmettront un peu plus tard les policiers écossais à leurs homologues français.

Vingt-quatre heures plus tard, rétropédalage total. La correspondance n’est pas parfaite, et n’a été réalisée qu’avec quelques points de comparaisons…

Contactée ce samedi, la police de Glasgow a longtemps laissé penser qu’elle allait tenir une conférence de presse pour expliquer comment Guy J. avait pu être confondu avec l’homme le plus recherché de France.

Plusieurs policiers ont même assuré à la vingtaine de journalistes qui faisait le pied de grue devant le commissariat que les enquêteurs français dépêchés à Glasgow en urgence allaient, eux aussi, s’exprimer. Mais rien, si ce n’est ce communiqué qui clôt cet incroyable chapitre écossais de l’affaire Dupont de Ligonnès.

« Ce qu’a vécu ce pauvre homme… c’est fou »

En quelques heures pourtant, certains Ecossais se sont passionnés pour ce fait divers dont ils n’avaient jamais entendu parler. « Forcément, ça fait drôle de se dire qu’un homme que vous recherchiez depuis dès années est arrêté chez nous », glissait, sourire de fierté au coin des lèvres, un policier de l’aéroport… avant que le test ADN pratiqué par les autorités ne mette le faux suspect totalement hors de cause.

Maillot des Rangers sur le dos, comme des dizaines d’autres habitants de ce quartier de Glasgow en ce jour de match amical contre Liverpool, Mike trouve « cette histoire folle. Je n’avais jamais entendu parler de ce crime horrible commis en France, mais pendant quelques heures, on a pensé que cette incroyable affaire allait prendre fin chez nous ! Et ce qu’a vécu ce pauvre homme… c’est fou. »

En s’intéressant à l’affaire Dupont de Ligonnès, des dizaines de Britanniques ont aussi replongé pour un temps dans l’affaire de Lord Lucan, un noble anglais disparu pour toujours, en 1974, après l’assassinat de la nounou de ses enfants. « C’est notre Dupont de Ligonnès à nous, souffle un photographe écossais présent ce samedi devant le commissariat de Glasgow. Ce sont des histoires fascinantes, et même si personne n’avait entendu parler de ce Français avant vendredi, tous les gens qui s’intéressent aux affaires criminelles ont maintenant envie de savoir où il est! »

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