Les talibans de retour au pouvoir en Afghanistan: l’assourdissant silence de Joe Biden – BFMTV

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Muet ces dernières heures, le président des États-Unis est la cible de toutes les critiques alors que les talibans viennent de reprendre le pouvoir après la conquête de Kaboul.

La situation est plus qu’inconfortable pour Joe Biden. Arrivé au pouvoir en début d’année, le nouveau président des États-Unis doit faire face à sa première crise internationale, qui s’est transformée en son premier gros revers, après que les talibans sont parvenus à prendre ce dimanche Kaboul, capitale de l’Afghanistan. Le résultat d’une percée éclair à travers tout le pays, qui leur a permis de reprendre le contrôle d’une très large partie du territoire.

Ce retour en force de l’autoproclamé Émirat islamique d’Afghanistan coïncide avec le départ progressif et annoncé de l’armée américaine après une guerre de près de vingt ans, entamée après les attentats du 11-Septembre. Ce départ, annoncé dans un premier temps par Donald Trump, avait été confirmé ces dernières semaines par Joe Biden.

Or, depuis les derniers événements kabouliens, le silence de ce dernier se fait assourdissant. Pas un communiqué, pas un mot, pas même une prise de parole prévue dans les prochaines heures alors que les Etats-Unis connaissent actuellement l’un des échecs les plus marquants depuis la débâcle de la guerre du Viêtnam, dans les années 1970. Selon des informations outre-Atlantique, le président est actuellement à Camp David où il multiplie les réunions d’urgence.

“Bévue monumentale”

François Durpaire, notre spécialiste des États-Unis, détaille sur notre antenne l’attitude de l’homme fort de la Maison Blanche:

“Il y a un silence de la Maison Blanche car c’est un fiasco. Ceux qui ne se taisent pas ce sont les journalistes américains. Si on regarde ce que disent les chaînes d’information en continu, ils utilisent le mot de Viêtnam, le mot ‘chaos’ ressurgit. Il avait promis que cela ne se passerait pas comme ça”, explique-t-il. “Biden disait aux journalistes que les talibans ne sont pas des Nord-Vietnamiens , vous ne verrez jamais des soldats américains sur le toit d’une ambassade.”

Pour Michael Barry, spécialiste de l’Afghanistan également interrogé sur notre antenne, la situation actuelle est “une bévue monumentale de l’administration Biden” qui a “manqué de patience stratégique”.

“Dans son impatience à vouloir en finir, il a coupé les amarres trop vite, c’est une situation chaotique” déplore notre confrère américain, avant de métaphoriser: “Aux échecs on ne pousse pas une pièce par impatience, si on fait plus de dégâts en la bougeant qu’en la laissant, on la laisse sur place.”

Joe Biden pourrait toujours justifier qu’en février 2020, c’est bien son prédécesseur Donald Trump qui avait négocié avec les talibans, contre l’avis même du gouvernement afghan, et trouvé un accord de départ pour mai 2021.

“Biden reprend l’accord signé, il essaie de repousser ce retrait au 31 août, il y parvient plus ou moins, aujourd’hui les Américains fuient, mais ce qui est vrai c’est qu’il a hérité d’une situation où l’administration Trump a négocié”, tempère Anthony Bellanger, spécialiste des questions internationales de notre antenne.

Critiques politiques

Pourtant, c’est bien sur le mandat de Biden que l’échec afghan pourrait déteindre. Certains s’inquiètent déjà, à l’instar de l’élue républicaine Liz Cheney, que la débâcle ne vienne en effet saper l’action de Washington sur certains théâtres à l’étranger, les États-Unis n’inspirant plus la même crainte à leurs adversaires.

“C’est inexcusable. C’est catastrophique. Et cela est porteur de conséquences pas seulement pour l’Afghanistan, pas seulement pour la guerre contre le terrorisme, mais de façon globale pour le rôle de l’Amérique dans le monde”, a-t-elle estimé dimanche.

La déroute américaine signifie “que les rivaux de l’Amérique savent qu’ils peuvent nous menacer, et nos alliés s’interrogent ce matin sur le fait de savoir s’ils peuvent compter sur nous pour quoi que ce soit”, a déploré la parlementaire.

De son côté le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a tenté de balayer dimanche les comparaisons avec la chute de Saïgon en 1975. “Nous sommes allés en Afghanistan il y a 20 ans avec une mission et cette mission était de régler le compte de ceux qui nous ont attaqués le 11-Septembre. Nous avons accompli cette mission.”

Mais rester en Afghanistan indéfiniment “n’est pas dans notre intérêt national”, a-t-il ajouté, rappelant que les États-Unis voulaient désormais se donner les moyens de contrer la politique agressive de la Chine dans le Pacifique.

Une justification qui n’a pas convaincu Donald Trump, qui a appelé à la démission deJoe Biden. “Il est temps que Joe Biden, discrédité, démissionne pour avoir permis ce qui s’est produit en Afghanistan, mais aussi en raison de la hausse vertigineuse du Covid, du désastre à la frontière, de la suppression de notre indépendance énergétique et de la paralysie de notre économie”, a écrit l’ancien président républicain dans un communiqué.

La presse étrille Biden

Attaqué de toutes parts, Joe Biden n’est pas non plus épargné par la presse, certains titres dont The Atlantic évoquant “la trahison” des États-Unis envers les Afghans.

“L’administration Biden n’a pas tenu compte des avertissements concernant l’Afghanistan, n’a pas agi face à l’urgence et son échec a laissé des dizaines de milliers d’Afghans à un sort terrible”, écrit leur journaliste George Packer.

D’autres journalistes, compilés dans un article du Courrier International, s’en prennent plus personnellement au nouveau président, fustigeant sa vision froide de la situation pour un président “connu pour son empathie” et “ayant la larme facile”, critique la Washington Post.

“À Washington, des responsables estiment que la vitesse de l’effondrement du régime a pris l’administration par surprise et l’a laissée avec le sentiment que Joe Biden restera dans l’histoire comme le président qui a dirigé un acte final humiliant au sein d’un chapitre américain en Afghanistan long et tourmenté”, conclut, de manière brutale, le New York Times.

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