Les talibans accusés par les Etats-Unis d’entraver le départ des Afghans qui veulent fuir le pays – Le Monde

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Des talibans patrouillent dans les rues de Kaboul, le 18 août.

Les talibans continuent de contrôler les alentours de l’aéroport de Kaboul, où les opérations d’évacuation se poursuivent laborieusement. Mais les Etats-Unis leur ont reproché, jeudi 19 août, d’en entraver l’accès aux Afghans qui souhaitent quitter le pays.

Des dizaines de milliers de personnes ont tenté de fuir l’Afghanistan depuis la prise de pouvoir, dimanche, du mouvement islamiste radical, après une campagne militaire éclair qui lui a permis en dix jours d’entrer dans la capitale.

Ces Afghans, qui se souviennent encore de leur précédent régime, entre 1996 et 2001, et de leur bilan catastrophique en matière de respect des droits humains, n’ont aucune confiance dans les multiples assurances données, ces derniers jours, par les talibans. Ceux-ci ont cherché à se présenter sous un jour plus bienveillant, promettant de ne pas chercher à se venger et disant même avoir gracié les anciens responsables gouvernementaux.

Si les talibans laissent les citoyens américains accéder à l’aéroport, il semble qu’ils « empêchent les Afghans qui souhaitent quitter le pays d’atteindre l’aéroport », a déploré Wendy Sherman, la numéro deux du département d’Etat américain. Washington attend d’eux qu’« ils permettent à tous les citoyens américains, tous les ressortissants de pays tiers et tous les Afghans de partir s’ils le souhaitent, de façon sûre et sans être harcelés », a-t-elle ajouté.

Lire le récit : Victoire des talibans : les nouveaux maîtres de l’Afghanistan sortent progressivement de l’ombre

Demande d’asile pour les juges afghanes

Le triomphe des talibans avait déclenché une panique monstre à l’aéroport de Kaboul. Une marée humaine s’était précipitée, lundi, vers ce qui semblait la seule porte de sortie du pays.

Les Etats-Unis ont envoyé 6 000 militaires pour sécuriser l’aéroport et faire partir quelque 30 000 Américains et civils afghans ayant travaillé pour eux et craignant pour leur vie. D’autres pays occidentaux ont aussi procédé à des évacuations.

Les premiers Afghans mis en sécurité par la France sont arrivés, mercredi, à l’aéroport parisien de Roissy - Charles-de-Gaulle.

Les premiers Afghans mis en sécurité par la France sont arrivés mercredi à l’aéroport parisien de Roissy – Charles-de-Gaulle à bord d’un avion de l’armée de l’air, qui transportait plus de 200 passagers. L’Union syndicale des magistrats (USM) a demandé à Emmanuel Macron d’accorder l’asile aux juges afghanes, particulièrement menacées, a annoncé, jeudi, sa présidente, Céline Parisot, sur Europe 1. « Les femmes qui exercent un métier de pouvoir, pour les talibans, c’est tout à fait intolérable », a-t-elle souligné.

Lire la synthèse : l’exécutif assume une posture ferme sur l’immigration clandestine

Très critiqué aux Etats-Unis et à l’étranger pour sa gestion du retrait des troupes américaines après vingt ans de guerre, jugé précipité, le président américain, Joe Biden, a estimé, mercredi, qu’une certaine forme de « chaos » était de toute manière inévitable.

Mardi, un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, avait assuré qu’ils avaient appris de leur premier exercice du pouvoir, avant d’en être chassés en 2001 par une coalition menée par les Etats-Unis, et qu’il y aurait de « nombreuses différences » dans leur manière d’administrer leur pays. Ils avaient alors imposé une version ultra-rigoriste de la loi islamique. Les femmes, notamment, ne pouvaient ni travailler ni étudier.

Les talibans seront jugés « sur les actes »

Evacuation dans un avion allemand à l’aéroport de Kaboul, le 17 août.

Les talibans semblent recevoir un accueil international moins hostile qu’il y a deux décennies lorsque seuls trois pays (Pakistan, Emirats arabes unis, Arabie saoudite) avaient reconnu leur régime. Pour l’instant, la Chine, la Russie, la Turquie et l’Iran leur ont adressé des signaux d’ouverture. Mais les pays occidentaux – l’Allemagne, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni notamment – sont plus réticents et attendent de juger « sur les actes ».

Lire aussi : Face aux talibans, les Occidentaux tentés par le pragmatisme

Les talibans, dont le cofondateur et numéro deux, Abdul Ghani Baradar, est rentré mardi en Afghanistan, ont mené des consultations politiques mercredi à Kaboul avec d’éminentes personnalités afghanes. Ils ont diffusé des images montrant l’ex-président afghan Hamid Karzai avec Anas Haqqani. Il est le frère de Sirajuddin Haqqani, que le Pentagone présente comme le véritable chef militaire du mouvement et l’homme fort du pouvoir taliban. Ces derniers ont aussi rencontré l’ancien vice-président Abdullah Abdullah.

Ces négociations ont été bien accueillies par l’ancien président Ashraf Ghani, qui s’est enfui dimanche pour les Emirats arabes unis. « Je souhaite le succès de ce processus », a-t-il déclaré dans un message vidéo posté sur Facebook, affirmant être « en pourparlers pour retourner en Afghanistan ». Mais les Etats-Unis ont estimé que M. Ghani, qui avait succédé en 2014 à Hamid Karzai, n’est « plus une personne qui compte en Afghanistan ».

En graphiques : De quelques districts à presque tout l’Afghanistan en quelques semaines : l’offensive des talibans sur une carte

Le Monde avec AFP

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