Les populistes sont-ils finis ? – France Culture

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Un soupir de soulagement ! C’est le premier réflexe qui viendra à ceux qui mettent en garde depuis des mois contre le national-populisme, ce courant de pensée qui s’infiltre peu à peu au sommet des démocraties européennes. 

Matteo Salvini et Boris Johnson sont différents en bien des points, mais ils avaient tous les deux promis de restaurer la volonté populaire, selon eux ligotée par une kyrielle d’adversaires et notamment par Bruxelles…. 

Dans les deux cas, les rodomontades se sont achevées en farce, un peu tragique. 

Boulevard 

Partons d’abord pour Londres, où le très eurosceptique Boris Johnson a perdu sa majorité au parlement. Les députés ont empêché une sortie sans accord de l’Union européenne, mais aussi des élections anticipées. 

Une réponse face au “coup de force” de Johnson, qui avait décidé de suspendre le parlement jusqu’au Brexit. 

Résultat : Crise dans la famille politique conservatrice. Crise de famille tout court d’ailleurs. Car le propre frère de Boris Johnson a préféré démissionner du gouvernement, devant ce spectacle navrant. 

En Italie, la coalition dite “anti-système” a implosé, sous les accusations mutuelles de trahison et de déloyauté. Le très droitier Matteo Salvini ne fait plus partie du nouveau gouvernement, qui a prêté serment hier. 

Dans les deux cas : des portes qui claquent, des querelles de familles, des partenaires qui s’estiment cocus : on n’est pas loin du théâtre de boulevard. En politique, si le ridicule ne tue pas, il blesse assurément. 

Alors tout est bien qui finit bien ?

A lire certains éditoriaux ravis de la crèche, c’est ce qu’on pourrait croire. Ainsi, le national-populisme ne serait plus qu’un tas de cendres fumant. Il s’est auto-consumé, nous dit-on. La démocratie a vaincu. La vie recommence comme avant. 

Une telle vision à l’avantage d’être rassurante. Pourtant, elle tient plus de l’auto-hypnose que de la réalité. Car les ressorts de ces populismes ne sont en rien brisés. 

Le Brexit reste populaire au Royaume-Uni. Aux élections européennes, les Britanniques ont placé en tête le Brexit party (comme son nom l’indique), à 32 %. 

Dans les sondages, près d’un citoyen de la couronne sur deux reste favorable à la sortie de l’Union européenne. Et le premier parti dans les intentions de vote, c’est celui de Boris Johnson, près de 10 points devant les travaillistes. L’opposition l’a d’ailleurs bien compris, c’est pourquoi elle a refusé des élections anticipées. 

Tournons-nous vers l’Italie : la cote de popularité de Matteo Salvini ferait saliver n’importe lequel de nos responsables politiques français. 51% d’opinions favorables en juillet dernier, certes en baisse depuis, mais il entretient soigneusement cette cote à coups de vidéos facebook adressées à ses 4 millions de fans.

Certes, mais dans les deux cas, l’expérience a tourné au chaos ? 

C’est précisément ce chaos que vont utiliser les populistes dans les prochains mois. 

En Italie, le triomphe de Salvini dans les urnes a été empêché de justesse par une coalition faite de bric et de broc. Une alliance de circonstance entre le mouvement 5 étoiles, qui se veut anti-système… et le Parti démocrate, l’un des plus établis de la péninsule. 

C’est ce qu’on appellerait en France « faire barrage ». Matteo Salvini bâtit toute sa rhétorique là-dessus. Une combinaison tactique, dit-il, empêche les Italiens de décider dans les urnes. [extrait sonore].

De même en Grande-Bretagne, Boris Johnson n’hésite pas à se victimiser. Il se présente comme celui qui veut faire appliquer le vote des Britanniques sur le Brexit, qui a eu lieu il y a maintenant plus de trois ans. 

Dans les deux cas, se posent des questions démocratiques lourdes, sur la souveraineté populaire et les garde-fous démocratiques. 

Voilà pourquoi il faut se garder de penser que l’Histoire est finie, malgré la victoire provisoire de l’opposition de gauche britannique et de la coalition démocrate italienne. 

Car finalement, ont-ils jugulé le fleuve démagogue, ou ont-ils simplement repoussé l’échéance ? 

Certes, ils ont fait barrage, c’est vrai. Mais l’un des effets du barrage, c’est précisément de faire monter encore davantage le niveau de l’eau.

Frédéric Says

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