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« Les Français pourront se procurer des masques à partir du 4 mai » – Les Échos

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Publié le 24 avr. 2020 à 6h55

Où sont les masques ? En vue du déconfinement le 11 mai, les Français sont de plus en plus nombreux à chercher à se procurer des masques barrière en tissu, afin de pouvoir reprendre en sécurité les transports publics ou faire leurs courses. L’Académie de médecine a préconisé mercredi le port de ces masques dits ‘grand public’ dès aujourd’hui, et estime qu’il faut les rendre obligatoire partout. Ce n’est pas la position du gouvernement. Ce dernier souhaite l’imposer essentiellement dans les transports en commun. Avec une priorité aux gens qui travaillent.

Fin avril, la France devrait disposer de 25 millions de ces protections grand public, dont une moitié fabriquée en France par la filière textile. Il est théoriquement possible de s’en procurer directement auprès de ses fabricants, répertoriés sur internet par l’Afnor. Les initiatives individuelles se multiplient aussi, avec des tutoriels partagés en ligne. Au-delà de la débrouille, l’Etat va mettre en place des expérimentations à partir du 4 mai. Il étudie le circuit de distribution le mieux adapté, entre les pharmacies, la grande distribution, les mairies, les buralistes, ou le e-commerce, comme l’a expliqué aux Echos, Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances en charge du sujet. L’Etat veut conforter une industrie textile du masque qui complète celles des masques chirurgicaux et FFP2.

La question des pénuries de masques est devenue, à tort ou à raison, centrale dans le regard que porte l’opinion sur la gestion de l’épidémie par le pouvoir. Où des erreurs ont-elles été commises ?

Ce sujet a pris une importance symbolique, au sens fort, parce que beaucoup de Français ont vu des images d’Asie où les masques étaient très présents. Mais c’est le cas depuis longtemps, à la différence de chez nous. Dès le début, nous avons relayé les recommandations des autorités sanitaires selon lesquelles les masques ne remplacent en aucun cas le lavage des mains et la distanciation sociale. Cela a été mal interprété, dont acte. Je comprends l’impatience des Français. Elle est légitime et nous devons y répondre. Pour cela, nous mettons en place une filière industrielle française du masque pour permettre d’équiper les Français.

Des Français vous reprochent d’avoir fait de nécessité vertu, d’avoir dit qu’ils n’étaient pas indispensables parce qu’il n’y en avait pas, notamment pour les personnels soignants…

Le ministre de la Santé a été très transparent sur le niveau de notre stock stratégique qui n’avait pas été alimenté par des décisions des gouvernements successifs. De surcroît, le scénario épidémique actuel n’avait pas été imaginé. Il a fallu travailler en urgence pour faire face à une consommation multipliée par plus de dix, nous l’avons fait et nous avons rattrapé le retard initial.

A quelle date les Français, quels qu’ils soient, pourront-ils acheter des masques ?

Nous avons initié une filière de fabrication de masques grand public en textile, le plus souvent lavables et réutilisables. Ces masques, fabriqués en France et à l’étranger, offrent un haut niveau de protection et répondent aux spécifications de l’Afnor et des autorités de santé. La production a atteint plus de 10 millions de masques la semaine dernière et l’approvisionnement, par la production française et les importations, va s’accroître rapidement, pour dépasser 25 millions de masques lavables par semaine fin avril. Pendant le confinement, ces masques sont pour l’essentiel vendus aux entreprises qui souhaitent équiper leurs salariés et aux collectivités locales. On peut d’ailleurs en trouver sur notre plateforme Stopcovid19.fr.

Et dans le commerce, notamment les pharmacies, les buralistes et la grande distribution, etc. ? Quel sera le calendrier précis ?

Les soignants et les professionnels disposent déjà de leurs propres circuits de distribution directement auprès des fabricants, via des plateformes en ligne ou dans la distribution spécialisée. Plusieurs modes de distribution ont été identifiés pour permettre à un maximum de Français d’y avoir accès. Le champ des possibles est très large et nous regardons tourtes les hypothèses : pharmaciens, mairies, grande distribution, buralistes, plateforme Afnor, e-commerce, etc. L’Etat contribuera à doter en masques grand public les citoyens dès que possible par les canaux de distribution les mieux adaptés. De premières expérimentations seront faites à partir du 4 mai. Il reste à trancher des questions : comment éviter un phénomène de surstockage par certains au risque de provoquer des ruptures locales d’approvisionnement ? Comment s’appuyer sur les collectivités locales ? Elles seront arbitrées dans le cadre du plan de déconfinement.

Il n’y en aura clairement pas pour tout le monde, qui est prioritaire ?

Pendant le confinement, notre priorité est d’équiper les gens qui font fonctionner la nation : les personnels soignants d’abord, puis les professions réglementées pour lesquelles le port du masque est obligatoire, les patients identifiés comme prioritaires par les autorités sanitaires, enfin les agents et les salariés qui ne peuvent être en télétravail et en ont besoin au travail. Nous avons demandé il y a un mois à chaque filière industrielle et grand groupe de commander des masques pour leurs entreprises, notamment les PME et ETI. L’UIMM vient ainsi d’en réceptionner trois millions. Autre exemple : depuis une semaine, Cdiscount livre les artisans et les commerçants en lien avec CCI France et CMA France. S’agissant du déconfinement, les décisions sont en cours de préparation et seront annoncées prochainement par le Président de la République et le Premier ministre.

Le nombre de tutoriels se multiplie sur Internet, de nombreuses couturières proposent des modèles, comment peut-on être sûr qu’ils sont efficaces face au virus ?

La référence est la spécification Afnor, qui est le fruit d’un travail d’experts, sur la base des objectifs de protection fixés par les autorités sanitaires de filtrer au moins 70 % des particules de plus de 3 microns. Bien suivre ses recommandations permet d’assurer un bon niveau de filtration, y compris sur des masques faits unité par unité qui ne peuvent être testés en laboratoire. Il y a deux mois, certains tutoriels étaient erronés, par exemple ils mettaient une couture au niveau du nez et de la bouche. Mais il y a eu un gros travail de consolidation des connaissances et la spécification Afnor est une excellente base. Nous ne pouvons pas mettre un laboratoire derrière chaque couturier pour tester leur modèle mais nous sommes engagés à leur donner le maximum d’informations pour que leur production soit de qualité.

Vous aviez commandé un milliard de masques pour les soignants fin mars. Ils ne sont pas là. Etes-vous sûr que pour les masques grand public, les quantités seront bien là ?

Les masques pour les soignants sont arrivés en masse et continuent : nous attendons une livraison de 100 millions cette semaine. S’agissant des masques grand public, les quantités seront là car les circuits de production sont en place, et nous essayons autant que possible de privilégier la proximité. Certains masques viendront du Maghreb, du Portugal et d’Europe de l’Est, des pays de tradition textile, et viendront compléter la production française. En France, nous accompagnons la montée en production. Chaque jour apporte son lot de nouvelles capacités. Depuis le début de la semaine, nous avons ainsi négocié 5 millions de masques supplémentaires, qui n’étaient pas prévus dans notre planning de mai. Et plus la diffusion de masques sera forte dans la population, plus les entreprises textile seront confortées et produiront.

Jusqu’à quelle échéance organisez-vous la production et le port de ce type de masque ? 2021 et au-delà ?

Beaucoup dépendra de l’évolution de l’épidémie et des consignes données par les autorités de santé. Mais notre enjeu est de conforter une industrie textile du masque qui complète celles des masques chirurgicaux et FFP2. Pour ma part, je travaille sur un horizon à neuf mois, soit à fin décembre, que je ferais évoluer au fil des mois. Si le port du masque devient usuel en France dans le contexte du Covid, cela peut devenir un réflexe plus naturel pour d’autres usages, comme en Asie. Demain peut-être, une personne grippée portera un masque spontanément pour protéger ses proches. Le marché du masque pourrait donc advenir.

Est-ce que vous envisagez d’encadrer les prix ?

Ce n’est pas d’actualité. A la différence des masques chirurgicaux pour lequel un masque est similaire à un autre, ceux en textile sont très différenciés. Et pour avoir une idée du prix, il faut rapporter le prix du masque textile réutilisable au nombre de lavages. Un masque à 1,50 euro lavable 30 fois, c’est un masque qui revient à 5 centimes l’usage. Je pense que chaque consommateur sera assez vite en position de choisir ce qui lui convient le mieux. En fonction du rapport qualité/prix, de la durabilité, du confort ou du style. Ce n’est pas la même chose que pour le gel hydroalcoolique, où le produit est homogène, d’où la logique d’encadrement des prix. En revanche, nous avons soutenu la baisse de la TVA à 5,5 % sur les masques dans le cadre du débat en cours sur le PLFR.

La France doit devenir autosuffisante pour la production de masques professionnels comme grand public ?

Le président de la République a fixé un objectif très clair : construire l’indépendance de la France. Cet objectif est mon obsession. Pour cela, nous mettons en place une filière industrielle des masques sanitaires. Pour les masques chirurgicaux et FFP2, nous sommes passés d’une production hebdomadaire de 3,5 millions en janvier, à 10 millions en avril, et 20 millions en mai. Nous visons 50 millions par semaine cet automne. Nous avions 4 distributeurs historiques qui se renforcent et plusieurs nouveaux acteurs vont entrer sur le marché, dans les semaines à venir : Celluloses de Broceliande, Savoy, BB Distribe, Bio Serenity ou Chargeurs.

Et les masques en textile ?

Pour les masques en tissu, plus de 240 entreprises se sont positionnées. Nous avons fait le choix de ne pas leur imposer une façon unique de faire des masques, mais de fixer des objectifs de performance. Elles fabriquent des modèles très différents en termes de matériaux et de technique. Ce choix s’explique par le fait que nous ne voulions pas être dépendants d’un seul type de matière première, comme pour les masques FFP2. Cela permet d’augmenter notre résilience. A ce stade, le marché n’est pas encore installé. Nous accompagnerons sa structuration pour qu’il trouve son équilibre en renforçant notre filière textile française.

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