Les députés sèchent le projet de loi sur la PMA pour toutes – Le Parisien

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A l’Assemblée nationale jeudi flottait comme un air de vacances. L’air était frais dans les couloirs pavés de marbre, les lunettes de soleil étaient de sortie dans les jardins, mais quasiment aucun député dans la salle des Quatre colonnes. Dans l’hémicycle se déroulaient pourtant les débats en deuxième lecture sur le projet de loi bioéthique, comprenant une réforme phare du quinquennat : l’extension de la PMA à toutes les femmes.

L’article 1, emblématique, sur la PMA a pu être adopté (par seulement 66 voix contre 27) mercredi en fin de soirée, mais pour les articles suivants, le gouvernement peine à rassembler, même au sein de sa propre majorité. Une soixantaine de députés tout au plus siégeaient cet après-midi pour débattre des amendements des articles 3 et 4 du projet, concernant la question de l’accès aux origines et de la filiation des enfants nés de PMA.

Le choix du gouvernement d’avoir ajouté une dernière semaine à cette session extraordinaire de juillet divise, y compris chez les Marcheurs. « Comme cette session a encore été prolongée, certains n’ont pas pu venir, car ils avaient pris d’autres engagements », souffle un député LREM. « Mais ça ne change rien à la qualité des débats », assure Laurianne Rossi, élue des Hauts-de-Seine. « On ne pouvait pas se permettre de décaler ! Il s’agit de tenir une promesse. C’est un texte où l’on gomme des inégalités et des discriminations. Pourquoi attendre ? » renchérit Aina Kuric, députée Agir Ensemble, groupe apparenté à LREM, de la Marne. Au sein de la majorité et de ses alliés, on met également en avant le calendrier parlementaire très chargé qui s’annonce à la rentrée, notamment avec le plan de relance et une possible modification du projet loi de finance. Il fallait donc voter le texte sur la PMA avant vendredi.

«Ce texte mérite plus de considération»

Des arguments qui passent mal du côté de l’opposition. Les mêmes griefs reviennent : ce serait une loi votée « en catimini ». « Ils parlent d’urgence, mais le président n’a même pas eu un mot pour ce projet lors de son discours du 14 juillet, réagit Brigitte Kuster, députée LR de Paris. C’est quand même une loi fondamentale! Et il n’y a même pas de vote solennel, comme on le réclame chez les Républicains. » « C’est un mépris envers les Français, car ce texte mérite plus de considération, et même un mépris envers leur propre majorité, en imposant un calendrier qui n’a pas de sens » s’exclame Frédérique Dumas, député Liberté et Territoire à propos du peu de parlementaires présents.

VIDÉO. Passe d’armes entre Olivier Véran et le député Xavier Breton dans l’hémicycle

Fissures dans la majorité

Aurore Bergé et Gilles Le Gendre se sont démenés en coulisses pour éviter que les divisions internes s’affichent sur le sujet. « Ils sont comme des fous, nuit et jour au téléphone pour essayer de rabattre des troupes et garantir des votes », glissait un député en début de semaine. Car certains Marcheurs souhaitent aller plus loin dans le texte et regrettent la position ferme du gouvernement au sujet de certains points. « A titre personnel j’étais pour la ROPA (NDLR : la réception d’ovocytes de la partenaire si une des deux femmes souffre d’infertilité) et la PMA post-mortem. Mais le gouvernement a fixé une ligne rouge », témoigne Jean François Mbaye, député LREM dans le Val-de-Marne. Le Premier ministre, lors d’une rencontre mardi matin avec les élus de la majorité avait été très clair : il faut retrouver « l’équilibre » instauré en première lecture et avoir la culture du « compromis ».

L’ensemble du projet devrait tout de même être voté dans la nuit de vendredi à samedi. Le texte doit ensuite repartir au Sénat, avec pour objectif une adoption définitive à la fin de l’année. « Ça sera sûrement plutôt mi-2021 », murmure-t-on au Palais Bourbon.

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