Hourrah ! Quelque chose a bougé entre les murs du palais de Westminster. Le Parlement britannique s’est enfin mis d’accord sur… non, non, pas le Brexit, ce serait trop simple, mais sur des élections anticipées. Le scrutin aura lieu le 12 décembre. A la quatrième tentative, le conservateur Boris Johnson a finalement arraché des élections aux parlementaires après une nouvelle journée de rebondissements plus ou moins compréhensibles à la Chambre des communes. Les députés ont voté à 438 voix pour et 20 contre.

Le Parlement sera dissous le 5 novembre, pour cinq semaines de campagne électorale. Ce soir-là, les cieux du Royaume-Uni s’illumineront de feux d’artifice et des lumières de feux de joie. Ils commémoreront le 5 novembre 1605, jour où le catholique Guy Fawkes avait tenté et échoué à faire sauter… le Parlement.

Il s’agira de la première élection générale en plein hiver depuis le 6 décembre 1923. D’habitude, les Britanniques préfèrent voter au printemps, en général un jeudi de mai. En 1923, les élections avaient été déclenchées par le Premier ministre conservateur Stanley Baldwin. Aucun parti n’avait gagné de majorité, et, à la tête d’un gouvernement minoritaire, Ramsay MacDonald était entré à Downing Street et dans l’histoire comme le premier Premier ministre britannique issu du parti du Labour.

Réticences des troupes de Jeremy Corbyn

Boris Johnson a finalement obtenu ces élections qu’il appelait de ses vœux depuis son arrivée à Downing Street le 24 juillet. Sa victoire est liée au renversement du Labour qui a finalement décidé mardi matin de soutenir l’organisation d’élections anticipées. Le Parti travailliste a avancé comme raison le fait qu’il attendait la confirmation par la Commission européenne de l’extension de l’article 50 jusqu’au 31 janvier 2020, décision officialisée ce mardi. Ce qui, à ses yeux, écarte tout risque d’un Brexit sans accord.

A lire aussiBoris Johnson déjà en campagne pour des élections anticipées

Les réticences des troupes de Jeremy Corbyn tenaient aussi sans doute à des sondages peu favorables. L’extrême ambiguïté de sa position sur le Brexit, à la fois pour et contre, a embrouillé ses soutiens. Et finalement, le Labour ne souhaitait probablement pas être le dernier parti à la traîne.

Jusqu’à mardi matin, trois des quatre grands partis souhaitaient en effet une élection au plus vite. Boris Johnson et les conservateurs pour emporter une majorité qui leur donnerait les mains libres pour concrétiser le Brexit et entamer la transformation du Royaume-Uni. Les libéraux-démocrates et le Scottish National Party (SNP), plutôt bien placés dans les sondages, voulaient absolument une élection avant un Brexit qu’ils rejettent. Pour le SNP, l’urgence se doublait du désir d’éviter le danger d’une campagne électorale éclaboussée par le procès de son ancien dirigeant Alex Salmond, accusé d’agressions sexuelles et de tentatives de viol. Il sera jugé en janvier.

Gros pari

Et le Brexit dans tout ça ? Le gouvernement a décidé de suspendre les discussions sur l’adoption de la loi sur le Brexit jusqu’après les élections. Le pari de Boris Johnson est de revenir au Parlement doté d’une majorité confortable qui lui permette de faire adopter la loi sur le Brexit facilement et donc de sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne le 31 janvier. Il a d’ailleurs réintégré juste avant le vote mardi 10 des 21 députés rebelles qu’il avait exclus du parti en septembre.

Mais il s’agit d’un gros pari. A cette heure, les conservateurs disposent d’une avance de 12 points environ sur le parti travailliste, moins qu’en avril 2017 quand Theresa May avait créé la surprise en déclenchant des élections anticipées.

A l’époque, elle disposait d’une majorité au Parlement héritée de son prédécesseur David Cameron lors des élections de 2015. En déclenchant des élections, elle souhaitait asseoir son autorité. Au début de la campagne, elle disposait d’une avance de 16 points dans les sondages. A l’arrivée, après une campagne calamiteuse de sa part et plutôt bonne de Jeremy Corbyn, elle avait perdu sa majorité.

Echec de sa litanie

En campagne électorale, Boris Johnson est a priori bien meilleur que Theresa May, mais il devra assumer l’échec de sa litanie répétée ad nauseam depuis trois mois. Le Royaume-Uni ne sortira pas de l’Union européenne jeudi. Or les récents gains de Boris Johnson et des conservateurs dans les intentions de vote se sont fait auprès des Brexiters, ceux attirés par le Brexit Party de Nigel Farage. Lui feront-ils confiance en dépit de sa promesse claironnée sur tous les tons et non tenue ? Parce qu’il y a peu de doute : ces élections se gagneront, ou se perdront, autour de la question du Brexit.

Depuis cinq ans, le Royaume-Uni n’arrête pas de voter et de changer de dirigeants. Depuis les élections de 2017, le Parlement est bloqué, essentiellement sur la question du Brexit. Après trois Premiers ministres (David Cameron, Theresa May et Boris Johnson), deux référendums (sur l’Ecosse en 2014 et le Brexit en 2016), les Britanniques feront-ils un choix clair ? Rien n’est moins sûr. Pour le professeur John Curtice, grand gourou des sondages d’opinion, au moins une centaine de députés (sur 650) seront élus et ne seront issus ni du parti conservateur ni du Labour. Le risque d’un nouveau Parlement sans majorité est réel. Et dans ce cas, toutes les options restent ouvertes, d’un second référendum à un Brexit plus doux ou à son annulation pure et simple.

Sonia Delesalle-Stolper Correspondante à Londres

Advertisements
Spread the love

Leave a Reply