Les « anti-PMA » s’inscrivent dans un combat de long terme – Journal La Croix

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Rien n’est encore joué. C’est le message qu’ont voulu faire passer, dimanche 19 janvier, les organisateurs de la manifestation « Marchons enfants ! » contre le projet de révision des lois de bioéthique. Entre le pont de l’Alma et la place de l’Opéra, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues parisiennes (26 000 selon le comptage du cabinet Occurrence, 41 000 selon la préfecture de Police, les organisateurs n’ayant pour leur part pas donné de chiffre). Parmi les inquiétudes qu’ils exprimaient : « La création d’enfants sans pères », « l’eugénisme », « la marchandisation des gamètes et des corps », mais aussi la crainte d’une « légalisation de la gestation pour autrui ».

Revivez la journée de manifestation anti-PMA du 19 janvier

Dans le cortège très familial, coloré par drapeaux et pancartes, Myriam et Tiphaine, 21 ans, ont revêtu leur blouse médicale. Les deux étudiantes en quatrième année de médecine craignent surtout que l’extension de la PMA (procréation médicalement assistée) aux couples de femmes et aux femmes seules ne transforme leur futur métier.

« On nous demande d’être un maillon de la chaîne, une sorte de prestataire de service », déplore la première. Elle insiste sur la liberté, pour tous les médecins, de pouvoir participer ou non à une PMA. « Si la clause de conscience nous le permet en théorie, c’est très difficile à faire entendre. Même entre étudiants, dire que l’on est contre l’extension de la PMA, c’est être considéré comme homophobe. »

« Je suis là pour témoigner de ce qui me paraît important »

La difficulté de parler de ses positions, André, 74 ans, la rencontre aussi avec certains de ses 17 petits-enfants. Issu de la banlieue lyonnaise, cet ancien militaire a néanmoins prévenu sa famille qu’il serait présent à la manifestation. « Certains me disent que j’ai raison, d’autres ne disent rien. Et d’autres encore qu’il faudrait que j’évolue. Mais au nom de quoi ? » André, comme beaucoup, ne croit pas vraiment au retrait du projet de loi. « Mais je suis là pour témoigner de ce qui me paraît important », résume-t-il.

À quelques centaines de mètres, François, un horloger de Compiègne, renchérit : « Ce qui compte, c’est la détermination du colibri. » « Je me serais senti un lâche de ne pas être là. J’aurais abandonné l’humain, l’altérité homme-femme… On ne peut pas faire faire n’importe quoi à la science », affirme Mgr Philippe Marsset, évêque auxiliaire du diocèse de Paris, présent parmi les manifestants.

Beaucoup ne limitent pas leur réflexion au sort du projet de loi. « Quoiqu’il arrive, il faut continuer à porter une parole, à jouer un rôle de témoin, insiste Pascale Morinière, la présidente des Associations familiales catholiques. Espérer, c’est continuer de faire les choses alors que nous ne sommes pas sûrs du résultat. » Comme s’il fallait désormais attendre le prochain « basculement » de la société.

« Il y a vingt ans, Gabriel Matzneff était encensé (NDLR : écrivain mis en cause pour violences sexuelles par une de ses victimes, Vanessa Springora), l’écologie était ridiculisée, le marché porté en triomphe. On voit où cela nous a menés. Dans 20 ans, on se demandera comment une telle loi a pu être votée, nos enfants nous demanderont des comptes », estime Patrice Obert, le président des Poissons Roses, courant de chrétiens de gauche.

Deux contre-manifestations

Un argument également soutenu par Caroline Carmantrand, élue LR d’Ile-de-France : « Les gamins viendront nous demander des comptes, comme les jeunes d’aujourd’hui sur l’écologie. » Parmi les élus, se trouvaient les députées Emmanuelle Ménard (app. RN) et Agnès Thill (ex-LREM), ainsi que les eurodéputés Nicolas Bay (RN) et François-Xavier Bellamy (LR). Ou encore le sénateur LR Sébastien Meurant, alors que l’examen du texte doit débuter à la Haute Assemblée, mardi 21 janvier.

La manifestation a croisé deux contre-rassemblements près du Louvre, dans lesquels moins d’une centaine de personnes brandissaient des drapeaux arc-en-ciel et des panneaux on l’on pouvait lire « mon corps, mon choix », ou « votre haine est une provoc’pour notre amour ». Entre les « pro » et « anti », séparés par des CRS ou des bénévoles de la « Manif pour tous », le dialogue, sans surprise, est resté impossible.


Le projet de loi devant le Sénat

Les sénateurs doivent entamer, mardi 21 janvier, l’examen du projet de révision des lois de bioéthique en séance publique.

Ce travail, réparti sur deux semaines, se terminera par le vote du texte, prévu le 4 février. Plus de 280 amendements ont été déposés.

Lors des travaux en commission spéciale, les sénateurs ont sensiblement modifié le texte. Ils ont notamment supprimé le remboursement de la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules, autorisé le diagnostic préimplantatoire pour les malformations chromosomiques de l’embryon, ouvert la conservation des ovocytes aux centres lucratifs privés et légalisé la commercialisation des tests génétiques à visée généalogique.

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