L’enquête pour «viols» visant PPDA classée sans suite – Le Parisien

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Elles sont désormais vingt-trois femmes – écrivaines, journalistes, ex-collaboratrices… – à porter des accusations lourdes sur le comportement de Patrick Poivre d’Arvor. Huit d’entre elles ont déposé plainte pour « viols », « agressions sexuelles » ou « harcèlement sexuel ». Et pourtant, au terme d’investigations qui ont duré tout juste cinq mois, la procureure de la République de Nanterre, Catherine Denis, vient, selon nos informations, de clôturer l’enquête préliminaire visant l’ancien présentateur vedette du JT de TF1 sans lancer de poursuites judiciaires. Les huit plaintes ont toutes été classées sans suite : celle de l’écrivaine Florence Porcel, à l’origine de l’affaire, pour « insuffisance de preuves », et les sept autres pour « prescription ». Le parquet a estimé qu’il n’était pas nécessaire de poursuivre les investigations, en les confiant par exemple à un juge d’instruction.

La conviction de la procureure de Nanterre, qui a voulu boucler la procédure avant son départ à la retraite cet été, se fonde sur les derniers éléments recueillis par les policiers de la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) dans le volet Florence Porcel. Dans son dépôt de plainte, l’écrivaine et chroniqueuse de 37 ans avait accusé PPDA, de 36 ans son aîné, de lui avoir imposé une relation sexuelle en 2004 puis une fellation en 2009 dans ses locaux professionnels à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) sur fond d’emprise, d’abus de pouvoir et même de contrainte physique. Mais, lors de son audition libre le 18 mai, le journaliste a fermement contesté tout abus sexuel. Le septuagénaire a même affirmé n’avoir même jamais eu aucun rapport physique avec la plaignante, accusant cette dernière d’avoir « sciemment inventé toute cette histoire ».

Un élément matériel fourni par la défense

Selon nos informations, un élément matériel fourni par la défense de PPDA a pesé dans la décision du parquet de Nanterre : l’agenda de Dominique Ambiel, président et fondateur de la société A Prim Group. Cet ami et associé de PPDA, qui produisait encore récemment son émission littéraire « Vive les livres » sur la chaîne d’information continue CNews, a exhumé son emploi du temps pour la journée du 29 avril 2009, jour du second viol présumé.

Cet après-midi-là, l’ex-conseiller en communication du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin aurait organisé une réunion à 16 heures dans son bureau avec trois autres personnes, comme le confirme son agenda. Or, Dominique Ambiel est formel : il n’a assisté à aucune scène de viol dans le bureau de PPDA qu’il décrit comme entièrement vitré et donnant sur le sien. Le producteur apporte même une précision : ne se trouvant pas dans la partie visible de son bureau, il aurait pu apercevoir la scène – si celle-ci avait eu lieu – à travers un miroir situé au fond du jardin japonais longeant la pièce de PPDA.

Les enquêteurs de la BRDP, qui se sont transportés sur les lieux en présence de PPDA, mais sans la plaignante, ont constaté la réalité de cette configuration et l’ameublement. Problème : la disposition ne correspond pas à la description donnée par Florence Porcel du bureau dans lequel elle dit avoir été violée. La plaignante, qui a dessiné aux policiers un plan de la pièce du crime présumé, explique avoir été entraînée hors de l’espace vitré dans un « coin prison » situé au fond du bureau, entre une bibliothèque et un canapé, PPDA se positionnant face à elle. Pour plaider sa bonne foi, la plaignante a fourni une photographie de PPDA debout dans un bureau censé être le sien et entouré de deux jeunes femmes. Sur cette image réalisée par des amies de Florence Porcel, quelques semaines après le viol supposé, on aperçoit un mur blanc à droite de la porte d’entrée du bureau. Ce qui pose la question du champ de vision réel dont bénéficiait Dominique Ambiel.

Des échanges troublants avec une autre romancière

La configuration du bureau aurait-elle pu être modifiée entre 2009 et le transport des policiers ? Les conseils de Florence Porcel, Mes Emmanuel Moyne et Joséphine Doncieux, regrettent qu’aucune vérification complémentaire n’ait été diligentée. Ils réclamaient notamment une reconstitution ou l’audition des autres femmes qui se sont manifestées au cours de la procédure et qui auraient pu connaître le bureau de PPDA dans les locaux d’A Prim Group.

Un autre élément a affaibli les accusations de Florence Porcel : ses échanges troublants avec une autre romancière, Martine P., à une époque contemporaine à ses accusations de viols. Fascinées par PPDA, les deux femmes se sont rencontrées en 2006 sur un forum Internet dédié à l’actualité de la vedette du 20 heures et ont entretenu une correspondance sur Facebook et par courriels jusqu’en 2011, avant de se brouiller. La défense de PPDA a fourni aux enquêteurs des photocopies d’une partie des conversations tenues par les deux écrivaines entre les 15 et 27 avril 2009, les semaines précédant le viol présumé.

Entre dégoût, fascination, fantasme et colère pour l’ex-présentateur, Florence Porcel y fait part de son désir de subir de sa part des rapports sexuels de soumission et se dit prête à pratiquer une fellation sans préservatif, acte qu’elle dénonce avoir subi pourtant, quelques jours plus tard, le 29 avril. Auditionnée en avril dernier, Martine P, proche de l’écrivain et lauréate dans le passé du « prix PPDA », un concours littéraire organisé par le journaliste, a affirmé aux enquêteurs que la plaignante avait purement et simplement « inventé ce viol ».

Selon sa version, Florence Porcel lui aurait confié « avoir mis la main au paquet de PPDA qui l’aurait envoyée promener ». D’après la romancière, la victime présumée n’aurait jamais parlé de fellation forcée et se serait même montrée déçue de ne pas avoir de rapport sexuel ce jour-là avec le présentateur. Fait étrange : lors de la révélation de la plainte de Florence Porcel contre PPDA, Martine P. avait menacé cette dernière sur les réseaux sociaux avant d’effacer ces messages.

Dans des messages avec deux autres interlocutrices, Florence Porcel réitère ses accusations

La version de l’ancienne amie de la plaignante a en tout cas été considérée comme crédible par le parquet. De leur côté, les avocats de Florence Porcel mettent en avant d’autres messages Facebook et courriels échangés entre les deux femmes à la tout autre tonalité. Ils datent d’entre le 29 avril et le 23 septembre 2009, après le viol supposé. Dans cette correspondance remise aux enquêteurs, Florence Porcel utilise à plusieurs reprises le terme de viol pour évoquer sa rencontre avec PPDA.

Des accusations qu’elle a réitérées par courriel auprès de deux autres interlocutrices, qui n’ont pas été interrogées par les enquêteurs. La jeune écrivaine n’a jamais caché avoir eu une admiration pour PPDA et a même admis avoir eu une relation consentie avec le journaliste entre les deux viols qu’elle dénonce, expliquant avoir été sous emprise. Mais les enquêteurs ont trouvé étrange qu’une victime de viol puisse retourner voir son agresseur.

Parallèlement à Florence Porcel, vingt-deux autres femmes ont dénoncé des faits similaires auprès des policiers. Cinq femmes ont également dit avoir été violées, six avoir subi des agressions ou des tentatives d’agressions sexuelles et quatre autres ont déclaré avoir été harcelées. Certaines ont déposé plainte, comme l’ex-journaliste Hélène Devynck qui affirme avoir subi un viol par « abus de position dominante », d’autres ont seulement témoigné, comme une journaliste de BFMTV. Mais toutes les accusations, parfois très anciennes, sont prescrites. « Monsieur Patrick Poivre d’Arvor a au cours de ses auditions, selon les cas, soit contesté l’existence des faits dénoncés par ces vingt trois femmes, soit en a reconnu la matérialité tout en niant toute contrainte », indique le parquet de Nanterre dans un communiqué. A l’AFP, les avocats de PPDA, Mes Jacqueline Laffont et Philippe Naepels, se sont dits « très contents que la vérité ait pu être remise à l’ordre du jour » : « le parquet a souligné l’absence de matérialité des faits et l’absence d’infractions commises par notre client », ont-ils déclaré.

De même, la plainte de PPDA contre Florence Porcel pour « dénonciation calomnieuse » a été classée sans suite, « en l’absence de démonstration d’une intention de nuire » selon le parquet de Nanterre. « Je suis persuadée qu’à un moment ou un autre, il y aura une victime non prescrite qui se signalera à la police et alors il y aura le poids de tout ce qu’on aura dit avant, tout le dossier ressortira », a aussi réagi, l’une des plaignantes, Hélène Devynck, pour qui « l’affaire n’est pas finie ».

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