Le trou de la Sécu de retour après les «gilets jaunes» – Le Figaro

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Les mesures «gilets jaunes» prises par l’exécutif ont dégradé les comptes sociaux. Le déficit atteindra 5,4 milliards en 2019 et 5,1 milliards en 2020. Le retour à l’équilibre est reporté à 2023.

Laxisme budgétaire pour les uns, la faute à pas de chance pour les autres… Une chose est sûre, le serpent de mer du «trou de la sécu» est de retour. Les comptes de la Sécurité Sociale replongent dans le rouge: le déficit devrait atteindre 5,4 milliards d’euros en 2019 (contre 700 millions d’excédents prévus il y a un an), puis encore 5,1 milliards attendus en 2020, d’après le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) présenté lundi matin. Le retour à l’équilibre des comptes sociaux, que le premier ministre Édouard Philippe avait promis pour 2020 après dix-huit ans de déficit, est désormais reporté à 2023.

Les principales responsables de cette dégradation sont la branche vieillesse dont le déficit dépasse 4 milliards (régime général et Fonds de solidarité vieillesse compris) et la branche maladie avec une perte de plus de 3 milliards d’euros. En revanche, les deux autres branches de la Sécu, famille et accidents du travail -maladie professionnelle (ATMP), restent bénéficiaires de plus de deux milliards. Trois facteurs expliquent cette nouvelle dégradation des comptes sociaux.

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D’une part les hypothèses macroéconomiques ont été moins bonnes qu’attendu, engendrant moins de rentrées de cotisations sociales. D’autre part, les prestations vieillesse ont été plus dynamiques que prévu, en raison d’un effet démographique important, et ce, alors même que les mesures paramétriques sur l’âge et la durée de cotisation prises lors des précédentes réformes des retraites, produisent de moins en moins d’effet.

Mais les comptes plongent surtout à cause des mesures d’urgences prises en réponse au mouvement des «gilets jaunes». La décision du gouvernement de mettre en place un nouveau taux intermédiaire de CSG pour les retraités dont le revenu fiscal de référence est inférieur à 2000 euros par mois, induit une perte de cotisations de 1,6 milliard pour la Sécu. De même l’anticipation de l’exonération sur les heures supplémentaires pèse sur les comptes en 2019. Si par le passé l’État avait l’habitude de compenser toute nouvelle exonération de charges, il n’a rien prévu cette fois-ci, laissant la facture à la pleine charge de la Sécu. La nouvelle doctrine mise en place l’an dernier érige en effet que chaque secteur assume désormais les baisses de recettes qui interviennent dans ses champs d’attribution.

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De nouvelles exonérations de cotisations sont prévues dans le budget 2020. Ainsi, la prime Macron, exonérée de cotisations sociales et d’impôt tant pour le salarié que l’employeur, sera reconduite l’an prochain. En 2019, cette prime exceptionnelle a représenté 2,2 milliards de pouvoir d’achat pour 5 millions de salariés, avec un montant moyen de 400 euros par bénéficiaire. L’exécutif va aussi exonérer de cotisations sociales la prime de départ pour les fonctionnaires acceptant une rupture conventionnelle: un millier d’agents publics pourraient en bénéficier en 2020. Afin de lutter contre les déserts médicaux, l’exonération de cotisations pour les jeunes médecins s’installant en zones sous denses sera aussi renforcée.

Le budget 2020 prévoit aussi des dépenses nouvelles. L’objectif national des dépenses de santé (Ondam) augmentera de 2,3 % en 2020, ce qui représente 4,6 milliards de dépenses de santé supplémentaires (même si par rapport à l’évolution naturelle des dépenses cela obligera le secteur à faire des économies). Le gouvernement a aussi décidé de ré-indexer sur l’inflation les pensions des retraités modestes (ceux dont la pension brute n’excède pas 2000 euros mensuels): 12 millions de retraités bénéficieront de cette revalorisation. En revanche, pour les 4 millions de retraités qui dépassent ce seuil, la revalorisation de leur pension sera limitée à 0,3 % en 2020. Par ailleurs, les aides sociales, y compris la prime d’activité déjà augmentée et élargie cette année, bénéficieront toutes d’une revalorisation de 0,3 % l’an prochain.

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