Le rêve américain en suspens pour des centaines d’Afghans pris au piège à Mazar-e Charif – Le Monde

Spread the love
Au marché de Mazar-e Charif. Depuis l’arrivée des talibans, les femmes portent souvent la burqa même si celle si n’est pas, pour l’instant, obligatoire. Le 10 septembre 2021 à Mazar-e Charif, en Afghanistan.

Après avoir franchi deux des trois barrages qui mènent à l’aéroport de Mazar-e Charif, la capitale de la province de Balkh, dans le nord de l’Afghanistan, gardés par des talibans juvéniles au regard plein de cette assurance des nouveaux maîtres du pays, on devine la haute silhouette de quatre avions de la compagnie aérienne afghane Kam Air.

Ils sont cloués au sol – ainsi qu’un appareil de transport militaire –, depuis une semaine et attendent d’embarquer des centaines d’Afghans ayant, disent-ils, reçu des visas ou des documents leur permettant de rejoindre les Etats-Unis. Les talibans qui affirment que ces papiers ne sont pas en règle les ont chassés de l’aéroport et consignés dans des hôtels de Mazar-e Charif.

L’imbroglio est remonté jusqu’à Washington où la Maison Blanche est accusée par des ténors du Parti républicain d’avoir abandonné des Afghans qui ont aidé l’Amérique. D’autant que dans le même temps, jeudi 9 septembre, un avion décollait de l’aéroport de Kaboul vers le Qatar, avec à son bord près de 200 personnes, dont une centaine d’Américains. Il s’agissait du premier vol international d’évacuations d’étrangers en partance de la capitale afghane depuis le 30 août, date du départ définitif des Etats-Unis du pays.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Nous sommes une nation trop longtemps en guerre » : Joe Biden assume et justifie le retrait américain d’Afghanistan

« L’évacuation du terminal passager de Mazar, rapporte, au téléphone, un employé de l’aéroport, s’est faite en bon ordre, même si certains talibans ont pointé leurs armes vers les plus récalcitrants. Mais ils ne savaient plus quoi faire avec ces gens ; certains avaient des visas, d’autres de simples mails et d’autres rien, ils ont décidé de tous les renvoyer en ville. »

Disséminées dans une dizaine de lieux dans Mazar-e Charif, plus d’une quarantaine de familles, comprenant cinq à dix personnes, sont hébergées dans des guest-houses. Dans deux d’entre elles, on croise aussi des soldats talibans en armes. Leur seule présence dissuade de tout acte de désobéissance ces oubliés de l’opération d’évacuation close, le 30 août, par les Etats-Unis et leurs alliés.

Tension croissante entre les talibans et les Américains

Sa petite fille dans les bras et un garçon plus âgé à ses côtés, Amrullah (un nom d’emprunt pour des raisons de sécurité) s’affranchit des injonctions au silence qui lui sont faites par de simples portiers de l’Hôtel Samir Walik. « On vient de Kaboul, dit-il. Tout a commencé avec un coup de fil de parents nous disant de venir à Mazar pour embarquer dans ces avions. Ce sont nos proches qui avaient le lien avec les organisateurs américains et nous transféraient les mails de confirmation pour les places. Maintenant, on ne sait pas ce qui va nous arriver. »

Il vous reste 59.02% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Leave a Reply