Le projet Gaia-X doit hâter le pas s’il veut rattraper ses rivaux

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Le projet Gaia-X doit hâter le pas s'il veut rattraper ses rivaux

Gaia-X, le projet de l’Europe pour reconquérir sa souveraineté contre les géants mondiaux devra prouver qu’elle en vaut la peine dans les prochains mois, si elle veut éviter de se faire dépasser sur la ligne d’arrivée, selon un nouveau rapport du cabinet d’analyse Forrester.

Alors qu’AWS, Microsoft Azure et Google Cloud continuent à étendre la portée de leurs services, le projet européen de cloud computing devra montrer qu’il peut apporter plus de valeur aux DSI que le font les fournisseurs d’infrastructure. Si Gaia-X ne parvient pas à le faire d’ici la mi-2021, l’initiative sera « morte à l’arrivée » sur le marché, estime Forrester.

Lancée en juin dernier, Gaia-X est une initiative ambitieuse menée principalement par les ministres français et allemand, qui sont déterminés à créer un écosystème cloud protégé par la législation européenne sur les données. L’idée est de créer un marché des services en ligne auquel tout fournisseur de services en ligne peut adhérer, à condition de respecter les règles. Et, à la manière européenne, ces règles sont axées sur la protection des données et la transparence.

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Un marché dominé par les leaders non européens

L’interopérabilité est au cœur du projet. Gaia-X, grâce à des normes et des certifications unifiées, vise à faciliter l’échange sécurisé de données entre les secteurs d’activité des utilisateurs, en reliant différents services cloud d’entreprises européennes et non européennes dans un système unique.

La construction de Gaia-X a été largement motivée par le désir de réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis des fournisseurs étrangers de services en ligne. Le rapport de Forrester montre que les leaders non européens contrôlent la majorité du marché sur le continent, avec plus de la moitié des décideurs utilisant AWS, Microsoft Azure, IBM Cloud ou Google Cloud.

Le fait de s’appuyer sur des fournisseurs de services cloud d’outre-Atlantique suscite certaines inquiétudes quant à la protection de la vie privée. Un point de discorde particulier est le CLOUD Act (Clarifying Lawful Overseas Use of Data), qui permet aux autorités américaines d’exiger l’accès aux données hébergées par les fournisseurs de stockage américains, même si ces données sont situées à l’étranger. En Europe, berceau du RGPD, cette loi ne passe pas très bien.

40 cas d’usage dans l’industrie

Le projet Gaia-X a été présenté par le commissaire européen Thierry Breton comme un moyen de « prendre notre destin en main », et lancé au début de cette année dans le but de démontrer des capacités utilisables d’ici le premier trimestre 2021. La date butoir approche, mais le projet n’a pas encore beaucoup de choses à montrer.

« A ce stade, si l’on s’attendait à ce qu’ils atteignent leur échéance pour le premier trimestre 2021, on s’attendrait à ce qu’il y ait beaucoup plus de définitions finalisées de normes techniques et de cas d’utilisation démontrés », déclare à ZDNet l’analyste Paul McKay de Forrester, auteur du rapport. « Par exemple, ils ont souligné qu’il y aurait une dépendance sur un schéma de certification de la sécurité du cloud, et il n’y a eu aucun détail à ce sujet. Pourtant, c’est un point d’ancrage essentiel. »

Tout n’est pas sombre pour autant. Depuis la première annonce de Gaia-X l’année dernière, plus de 40 cas d’utilisation par l’industrie ont été soumis et 150 entreprises, instituts de recherche et associations différents contribuent à l’initiative. Gaia-X compte 22 sociétés fondatrices, comme Bosch, BMW ou EDF, qui ont ouvertement salué l’accent mis par le projet sur la transparence et la souveraineté des données.

Plus important encore, Gaia-X semble avoir trouvé le bon créneau dans l’espace d’hébergement. Plutôt que de concurrencer les leaders étrangers, le cloud européen se concentre sur ce que l’Europe fait bien : des normes de transparence et de respect de la vie privée. Plutôt que de créer un fac-similé d’AWS, d’Azure ou de Google Cloud, Gaia-X est conçu pour des cas d’utilisation spécifiques qui impliquent des données hautement sensibles : pensez aux secteurs réglementés comme la santé, les services financiers, la fabrication, les services publics ou l’énergie. Bosch, par exemple, prévoit d’utiliser Gaia-X pour échanger des données avec ses fournisseurs et partenaires sur les performances des composants.

Complément hyper-sécurisé aux fournisseurs cloud existants

En fait, les entreprises publiques américaines ne sont pas interdites dans le projet européen. Tant qu’elles s’engagent à respecter les principes de Gaia-X, Amazon, Google ou Microsoft sont les bienvenus pour adhérer à l’initiative. En d’autres termes, le cloud européen doit être considéré comme un complément hyper-sécurisé aux fournisseurs de cloud existants, plutôt que comme un remplacement de ceux-ci. « Gaia-X ne se considère pas comme un concurrent direct des hyperscalers », précise Paul McKay. « Les cas d’utilisation sont très spécifiques, et ils s’alignent sur les atouts dont dispose l’Europe. Il est clair que c’est là que se trouve l’opportunité. »

Gaia-X a donc une réelle valeur à offrir, mais le projet n’avance pas assez vite. Les normes nécessaires au fonctionnement de l’initiative doivent être formalisées, et des accords doivent encore être conclus sur les modalités de mise en œuvre. Même une fois les aspects techniques approuvés, Gaia-X ne réussira que si elle parvient à convaincre les DSI que la plateforme européenne de cloud computing est mieux qualifiée que ses concurrents pour traiter les charges de travail sensibles.

« Le marché du cloud public évolue très rapidement, tout comme la dynamique de la sécurité », explique l’analyste. « Si Gaia-X ne livre pas rapidement quelque chose qui démontre sa valeur, elle risque de commencer à fournir des services sur le marché alors que celui-ci a déjà évolué. Elle doit être plus rapide pour saisir l’opportunité sur le marché. »

Pour l’instant, l’analyste conseille aux DSI de ne pas remplacer leurs fournisseurs de cloud existants. Même une fois que Gaia-X sera pleinement fonctionnelle, affirme le rapport, les décideurs devraient tenir le coup jusqu’à ce que la plateforme européenne ait fait ses preuves en tant qu’alternative viable aux services étrangers. Passer d’une vision rêvée du cloud européen à une réalité tangible sera un défi sans précédent.

Source : ZDNet.com

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