« Le peuple est fatigué, on ne peut plus continuer comme ça » : à Beyrouth, la fureur de la rue – Le Monde

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Affrontements entre les manifestants et l’armée, lors du mouvement de protestation, samedi 8 août 2020, sur la place des Martyrs, à Beyrouth, qui a rassemblé des milliers de Libanais en colère contre la classe politique.

Beyrouth se prépare à un nouveau vent de colère, dimanche 9 août, alors que de nouveaux appels à manifester sont lancés, au lendemain d’un rassemblement marqué par de violents heurts et par l’occupation éphémère de ministères par des groupes de protestataires. La protestation, première à se tenir depuis la double explosion qui s’est produite au port, mardi 4 août, avait été baptisée « jour du jugement. » La ministre de l’information, Manal Abdel Samad, a annoncé sa démission, dimanche : « Je m’excuse auprès des Libanais, nous n’avons pas pu répondre à leurs attentes », a-t-elle déclaré.

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La veille, la capitale meurtrie par la déflagration d’une puissance inouïe qui a fait au moins 160 morts avait de nouveau résonné au son des sirènes d’ambulance : suite aux échauffourées, des dizaines de blessés ont été transportés vers les hôpitaux, tandis que de nombreux autres ont été soignés sur place. La police a annoncé la mort de l’un de ses hommes, affirmant qu’il avait chuté dans une gaine d’ascenseur après avoir été agressé par des « émeutiers ».

Si l’affluence, samedi, n’était pas celle des grands jours du mouvement de contestation de l’automne 2019, l’ampleur était sans précédent depuis des mois. Les Libanais se sont mobilisés par milliers sur la place des Martyrs, lieu emblématique des protestations libanaises, au centre-ville de Beyrouth, pour dire leur dégoût après le drame. « Nous sommes à bout, explique Hadi, étudiant en architecture de 24 ans. Je refuse qu’on tourne la page après la catastrophe. C’est un scénario que l’on ne connaît que trop bien. » Les jeunes étaient majoritaires dans la foule. Des collectifs de la contestation, ainsi que des partis politiques non communautaires, avaient appelé au rassemblement.

Pendaison symbolique

Pour les manifestants, l’explosion de mardi n’est pas un « accident », mais une négligence criminelle causée par l’incurie des dirigeants politiques, pour avoir laissé au port de Beyrouth, pendant six ans, un stock énorme de nitrate d’ammonium, matière hautement inflammable et en cause dans l’explosion dévastatrice de mardi. L’absence de réponse de l’Etat, dans les quartiers dévastés, où la solidarité est essentiellement le fait de citoyens et d’associations, nourrit également la colère.

Pour exprimer leur colère, des manifestants ont frappé des tôles au rythme de « thawra » (« révolution »), un geste symbole du soulèvement de l’automne. Des potences ont également été dressées sur la place pour une pendaison symbolique de chefs communautaires et de dirigeants politiques – dont le chef du puissant Hezbollah, Hassan Nasrallah, le premier ministre Hassan Diab, le leader druze Walid Joumblatt ou le chef chrétien Samir Geagea. Un simulacre qui n’a pas fait l’unanimité dans la foule, malgré le rejet partagé de la caste au pouvoir.

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