«Le moral est bon ?» : quand Emmanuel Macron rend une visite surprise aux policiers de la BAC – Le Parisien

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Le président de la République a voulu afficher son soutien aux policiers en rencontrant des unités de la brigade anticriminalité (BAC) et des agents d’un commissariat dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Le Parisien a assisté à la visite.

« Le moral est bon? », s’enquiert le président de la République à chaque nouvel agent croisé. Cette question pleine de sollicitude, Emmanuel Macron l’a posée tout au long de sa visite nocturne aux unités de la brigade anticriminalité de nuit du XVIIe arrondissement de Paris, puis aux policiers du commissariat du XVIIIe arrondissement, ce lundi 27 janvier. Un déplacement discret auquel notre journal a pu assister.

LP/Olivier Lejeune
LP/Olivier Lejeune  

Accompagné des ministres Gérald Darmanin et Marlène Schiappa, ainsi que du préfet de police de Paris Didier Lallement, le président de la République a tenu à assurer les policiers de son soutien et à leur adresser un message de confiance. « On sait ce que l’on vous doit. Mais je vous demande d’être exigeant avec vous-même », a insisté Emmanuel Macron auprès de ces membres des forces de l’ordre qui pour la plupart n’étaient pas au courant de cette visite ou bien ont été prévenus au dernier moment… « C’est une bonne surprise », nous confiera une policière.

Une indemnité pour les effectifs de nuit

Lors de son discours, Emmanuel Macron a annoncé, sur proposition du ministre de l’Intérieur, la création d’une « indemnité spécifique » pour les effectifs de police travaillant la nuit d’un montant de 10 millions d’euros, soit environ 100 euros par tête. « 75 millions seront débloqués pour le matériel », a-t-il ajouté.

Cette dernière mesure a fait réagir. « J’attends l’adresse pour envoyer la facture », glisse une agente présente à son collègue. En aparté, elle dit avoir dépensé 500 euros de sa poche pour s’équiper correctement. « On n’a pas l’équipement nécessaire fourni pour travailler dans de bonnes conditions », explique-t-elle encore.

« On est très affectés par l’image négative de la police »

La trentaine de policiers présents n’a pas manqué de faire part de leurs préoccupations. Leurs principaux griefs : un manque de moyens, une réponse pénale insuffisante face aux actes de délinquance, et surtout un manque de reconnaissance. « On est très affectés par l’image négative de la police dans l’opinion publique et on a ressenti un manque de soutien. Nous, on doit toujours prouver notre innocence », affirme un policier.

LP/Olivier Lejeune
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Accoudé à un comptoir, Emmanuel Macron les écoute pendant près d’une heure. « On est justement là pour définir avec vous ce qu’on peut changer, rassure le chef de l’Etat. Les caméras-piéton notamment, c’est une bonne solution pour dissuader et vous protéger. » Les brigadiers acquiescent, avec quelques nuances : « Oui, mais il n’y en a pas assez ou alors de mauvaise qualité. » Ils embrayent sur la réalité du terrain et décrivent leur quotidien.

« Ici, on a la colline du crack pas loin, le trafic à Stalingrad, des personnes de plus en plus jeunes qui dealent, on les interpelle et le lendemain on les revoit », résume l’un d’eux. Emmanuel Macron reprend un deuxième café et reprend la parole : « Le lien avec la justice est important, là aussi on doit mettre les moyens, parce qu’ils en ont autant besoin que vous. »

Interrompu, le Président se voit remettre la médaille du service ainsi qu’un mug arborant l’écusson de la BAC. « J’espère que monsieur le Préfet n’a pas ça ! », s’exclame-t-il en admirant la tasse. « Hélas non… », souffle Didier Lallement.

Le président est déjà en retard pour sa prochaine visite au commissariat du XVIIIe. Le convoi file pour la rue de Clignancourt pendant qu’Emmanuel Macron embarque avec deux agents pour assister au début d’une tournée. Il est finalement déposé devant le commissariat où l’attendent quatre policiers de la brigade de police secours. Au président et aux ministres, ils présentent l’expérimentation de doléances mise en place depuis janvier 2018 dans l’arrondissement.

« C’est un dispositif qui vise à répondre aux appels pour tapage sur signalement mais aussi sur des initiatives des policiers, expose ensuite la commissaire centrale Emmanuelle Oster. Le but, c’est que les habitants puissent dormir tranquillement. » Les questions fusent du côté présidentiel : « Combien avez-vous d’appels ? Quel est le temps moyen de déplacement ? Qu’est-ce qui peut poser problème ? » Les réponses sont imprécises, le dispositif étant encore en test. Il s’agit d’une déclinaison possible de la police de sécurité du quotidien qui pourrait être étendue à d’autres quartiers s’il s’avère être un succès.

« Ce n’est pas le premier à venir ici »

Cet échange à peine terminé, le Président ne résiste pas aux badauds agglutinés aux fenêtres et sur le trottoir d’en face. « Emmanuel ! » l’interpelle un homme. Sous la devanture du théâtre « Scène publique », le chef de l’Etat s’arrête pour répondre. « Comment ça va ? » s’enquiert-il. « Mal. Le plan de relance va-t-il vraiment avoir un impact positif sur nos vies ? », l’interroge son interlocuteur. « C’est le but », répond-il du tac au tac.

LP/Olivier Lejeune
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Retour à l’objet de la visite. Emmanuel Macron pénètre dans le commissariat pour échanger avec quatre policiers de la Brigade territoriale de contact (BTC). À nouveau, la conversation s’engage autour de la défiance envers les forces de l’ordre. « On est remis en cause systématiquement alors qu’on subit des agressions de plus en plus fréquentes. On est jugés et vilipendés sur les réseaux sociaux », relatent les policiers. Mains sur les hanches, le Président écoute et abonde : « Vous avez raison sur le harcèlement avec la vidéo. Il y a un moment où il faut faire image contre image. »

Un sujet dont il rediscute avec le préfet et le ministre de l’Intérieur, une fois dans le garage du commissariat pour voir la dizaine de vélos volés ou saisis lors d’interpellations : « Ça fait longtemps qu’on parle de la vidéo, il faut mettre des choses pratiques en place qui change l’efficacité et donc la vie », assure le président aux membres de son gouvernement.

Emmanuel Macron s’adresse une dernière fois aux passants, téléphone portable à la main, avant de saluer les troupes. La sortie, qui devait durer jusqu’à 23 heures, se termine finalement à minuit quarante. Les fonctionnaires restés devant saluent la visite du chef de l’Étant, tout en relativisant. « Ce n’est pas le premier à venir ici de toute façon. Maintenant, il faut du concret », estime l’un d’eux. Satisfait mais prudent.

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