Le juriste augmenté, c’est pour demain ?

Spread the love
Le juriste augmenté, c'est pour demain ?

La société LexisNexis consacre annuellement une dizaine de millions d’euros à son programme de R & D Lexis Intelligence, axé sur les technologies d’intelligence artificielle, les algorithmes de machine learning ou encore de datamining, pour exploiter au mieux la donnée juridique. La legaltech refuse en revanche d’employer le terme « prédictif », préférant parler de stratégie « d’open innovation » au service de sa clientèle (avocats, notaires, administration, magistrat, directeur juridique en entreprise, expert comptable, académique, etc.), explique Philippe Carillon, CEO de LexisNexis France, à ZDNet. « L’objectif n’est pas de remplacer le professionnel du droit, mais d’avoir des juristes augmentés. »

Les solutions d’aide à la décision ne fonctionnent pas comme des « boîtes noires » et n’ont pas pour fonction d’apporter des réponses uniques, souligne Philippe Carillon. Il s’agit plutôt de « décrire ce qui se peut se passer et décortiquer des arguments », corrige le CEO.

Le groupe a récemment lancé la version bêta de la nouvelle génération de sa solution d’information juridique Lexis360, qui compte à ce jour près de 110 000 utilisateurs actifs. Le nouveau Lexis360 Analytics, en cours de développement, englobera le corpus actuel de Lexis360, qui recouvre près de 23 millions de documents. Toutes ces données sont classées entre les sources dites “primaires” – qui regroupent les décisions de justice et toute la jurisprudence – et les sources “secondaires” qui contiennent les commentaires de texte et les guides pratiques.

Une fois cette version bêta avancée, l’éditeur juridique envisage aussi de lancer dans les mois à venir une solution d’analyse de contrats basée sur l’IA. A l’image d’un « collaborateur virtuel », cette solution aidera les juristes à relire un contrat et le corriger si nécessaire, pour gagner du temps, présente Philippe Carillon.

publicité

Pas de « techno pour la techno »

Si les algorithmes de machine learning ne peuvent pas tourner sans un volume de données conséquent, l’extraction de ces sources non formatées (datamining) constitue un enjeu majeur pour l’entreprise. « Nous voulons que les données extraites soient fluides pour les clients », explique Philippe Carillon.

Mais LexisNexis ne cherche pas non plus « la techno pour la techno », poursuit-il. « L’intelligence artificielle ne se voit pas forcément, elle peut se situer au niveau des chaînes de fabrication des contenus ou alors plus directement dans la solution d’analytics. »

En 2017, LexisNexis avait mis sur le marché son premier outil d’analyse, JurisData Analytics, à destination des avocats. Cette solution d’aide à la décision se limitait à des domaines de droit très spécifiques, comme le droit de la famille ou les préjudices corporels par exemple. Dans le cas d’un préjudice corporel, le juriste avait notamment la possibilité de prendre connaissance des montants moyens ajustés, selon le type de facteur retenu, ou encore le montant moyen accordé par le juge en fonction de l’argument juridique principal invoqué. Il avait aussi la possibilité d’accéder à une médiane et une moyenne. Sur la base de ces analyses, le juriste était alors en capacité de « construire sa stratégie juridique, sa plaidoirie ou son conseil », détaille Philippe Carillon.

Volontairement très visuel et simple d’utilisation, ce produit test a permis à LexisNexis de tirer les premiers enseignements de l’usage de l’IA dans les outils juridiques.

L’open data, pour bientôt ?

Le secteur est-il assez mature pour voir apparaître toutes ces innovations ? Selon un rapport d’Orbis Research, le marché mondial des logiciels d’IA dans le secteur juridique devrait enregistrer un taux de croissance annuel moyen de plus de 28 % sur la période de prévision 2019-2024. Même si l’essor des technologies se heurte encore à quelques réticences au sein de la profession. Certains juristes y voient une certaine forme de standardisation du droit ou d’automatisation des tâches, jusqu’alors dévolues à des juristes juniors.

Philippe Carillon défend pour sa part « une éthique de la data sur la collecte des données et une éthique des usages » et considère que la mise en place d’un comité scientifique chez LexisNexis permet de certifier la neutralité des contenus.

En outre, en France, un projet de décret destiné à fixer le cadre de l’open data des décisions de justice est toujours dans les tuyaux. Alors que le texte a été publié en décembre dernier par le ministère de la Justice pour consultation, les syndicats de magistrats ont réclamé son retrait en février, évoquant notamment une absence de prise en compte du risque d’exploitation et de croisement des données personnelles sensibles. Interrogé à ce sujet par ZDNet, le CEO de LexisNexis dit espérer que le décret « va continuer d’avancer ».

Leave a Reply