Le gouvernement sur une ligne de crête face au risque de coupures d’électricité – Le Monde

Dans un poste source d’Enedis, où se trouvent les différents disjoncteurs qui permettent de couper le courant dans les agglomérations voisines, à Orléans, le 29 novembre 2022.

L’image de familles s’éclairant à la bougie, en France, émane des reportages venus d’Ukraine, où des millions de civils sont plongés dans le noir et le froid. Un pays est en guerre, l’autre vit en paix, mais le symbole de l’allumette revient chez des conseillers du pouvoir inquiets que les Français aient à s’en servir cet hiver.

Matignon s’interrogeait sur le bon moment pour préparer le grand public au scénario de coupures ciblées et temporaires d’électricité. Jusqu’à ce que, à la mi-novembre, le gestionnaire du réseau électrique RTE alerte sur un risque « élevé » de tensions, en janvier 2023, dû à la maintenance prolongée de réacteurs nucléaires.

Le gouvernement a donc fait connaître le détail du plan esquissé fin août. Comme aux temps de la pandémie, ce jeudi 1er décembre a vu Olivier Véran renouer avec une communication de crise qui accommode les esprits au pire, tout en assurant que le pire pourra être évité. « On n’est pas en train d’annoncer aux Français qu’il y aura des coupures », a déminé le porte-parole du gouvernement, sur BFM-TV.

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Mais s’il le faut, 60 % de la population pourra subir des « délestages tournants » d’au maximum deux heures, en semaine, lors des pics de consommation entre 8 heures et 13 heures, ou entre 18 heures et 20 heures. Chacun peut s’inscrire sur le site Ecowatt, qui indique la « météo de l’électricité » du pays grâce aux voyants vert, orange ou rouge. La veille à 17 heures, les personnes concernées seront alertées si leur domicile fait partie des zones délestées. Une coupure touchera jusqu’à 4 millions d’habitants à la fois, en divers endroits de l’Hexagone, dans un effet « peau de léopard ».

Un effet domino potentiel

Jeudi, la première ministre, Elisabeth Borne, a demandé aux préfets d’orchestrer leurs services pour que tout soit prêt, partout. Selon sa circulaire de neuf pages, les sites essentiels à la continuité de la vie de la nation – hôpitaux, casernes de pompiers, gendarmeries et commissariats, prisons, bases militaires… – ne seront pas privés d’électricité. Chaque département en dresse une liste confidentielle. « Une fois qu’on a exempté ces sites, il n’y aura plus assez de gigawatts pour tout le monde. Cela fera des mécontents », pressent le préfet d’un département rural et froid. D’autant qu’un même foyer pourrait être plusieurs fois touché par un délestage.

Les quelque 4 000 personnes à haut risque vital seront recensées pour assurer leur suivi médical. Les écoles délestées n’ouvriront pas en matinée. Trains et métros pourront être supprimés pour éviter le blocage en pleine voie. Un effet domino potentiel qui gèlerait, ici et là, l’activité économique. « On n’est pas dans un film catastrophe », a voulu rassurer Olivier Véran, en ajoutant que les feux de signalisation s’arrêteront de fonctionner par endroits, et qu’« il n’est pas impossible qu’on ne puisse pas retirer du cash ».

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