Le djihadiste Tyler Vilus condamné en appel à la réclusion criminelle à perpétuité – Le Monde

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Croquis d’audience réalisé le 25 juin 2020, lors de l’ouverture du procès de Tyler Vilus, devant la cour d’assises spéciale de Paris.

Le procès en appel du djihadiste français Tyler Vilus, figure du djihadisme francophone, s’est clos à Paris, mardi 21 septembre, devant la cour d’assises spéciale. Ce cadre du groupe Etat islamique (EI) en Syrie a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, contre trente ans en première instance, pour des crimes commis entre 2013 et 2015 en Syrie avec l’EI.

La cour a assorti cette peine d’une période de sûreté de vingt-deux ans estimant que, l’accusé niant une partie des faits qui lui étaient reprochés, « le risque de réitération demeure majeur ». La cour l’a notamment déclaré coupable d’avoir participé au printemps 2015 dans la rue principale d’Al-Chaddadeh, dans l’est de la Syrie, à l’exécution publique de deux prisonniers, yeux bandés et combinaison orange. Une mise à mort filmée et diffusée dans une vidéo de propagande de l’EI.

Debout dans le box vitré, l’accusé a écouté le verdict tête baissée dans une salle occupée par un impressionnant déploiement de gendarmes lourdement équipés. A la fois combattant, chef d’escouade, prosélyte en ligne, recruteur et membre de la police de l’EI, ce « djihadiste intégral » de 31 ans a été interpellé à l’aéroport d’Istanbul à l’été 2015 en revenant pour commettre un attentat.

Au cours des huit jours d’audience sur l’île de la Cité, la cour d’assises spéciale s’est immergée dans l’enfer syrien, entre luttes fratricides opposant les diverses factions djihadistes, carnages d’une rare cruauté et fantômes d’auteurs d’attentats en Europe.

Contre Tyler Vilus, le parquet général avait requis cette lourde peine. Durant deux ans et demi, dans le chaos de la guerre dans ce pays, « Vilus a œuvré avec zèle pour un Etat totalitaire fondé sur le règne de la terreur », a estimé l’avocate générale, Naïma Rudloff. « Je vous rappelle les dernières paroles de Tyler Vilus à Abaaoud [le coordinateur du 13-Novembre] : “Quand je sors, j’agis.” Je n’ai qu’un message à la cour : surtout de ne pas le laisser sortir ou le plus tard possible », a déclaré l’avocate générale.

Décrit comme un « criminel d’envergure » narcissique et rusé

Dans son réquisitoire d’une heure et demie, elle a dépeint le djihadiste en « criminel d’envergure » narcissique et rusé, animé par une attraction irrésistible pour la violence. Tout juste converti à l’islam en 2011, Tyler Vilus est parti faire son apprentissage du djihadisme dans la Tunisie post-révolution avant de se jeter dans le conflit syrien dès l’année suivante.

Lors de son interrogatoire en appel, il a dit avoir désormais pris du « recul » sur son islam rigoriste de l’époque et s’est efforcé de minimiser son rôle au sein de l’EI. Répliquant à ses dénégations, le parquet a estimé qu’il a bien fait partie de l’ultraviolente « brigade des immigrés » de l’EI, qui a perpétré des massacres dans la région d’Alep au début 2014 et dans laquelle figurent notamment plusieurs des futurs protagonistes des attentats du 13 novembre 2015 à Paris.

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Dans leurs plaidoiries, les trois avocats de la défense ont reconnu l’appartenance de Tyler Vilus au mouvement djihadiste mais ont soutenu que les charges pesant à son encontre étaient pour partie exagérées. Au point de donner le sentiment que le jeune homme « gérait quasiment à lui tout seul l’Etat islamique ! », s’est étonnée Gabrielle Milon.

Ses avocats avaient demandé à la cour d’assises de l’acquitter de l’accusation de meurtres en bande organisée, qui découle de la vidéo d’exécution en pleine rue des deux prisonniers, yeux bandés et combinaison orange. « Tyler Vilus tient-il le haut-parleur ? Non. Tyler Vilus est-il l’un des bourreaux ? Non. Tyler Vilus fait-il partie du service d’ordre ? Non », a défendu Louis-Romain Riché, mettant en avant l’« attitude passive » de son client sur les images.

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Le Monde avec AFP

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