« Le décalage, c’est de l’enfumage » : les cheminots et les agents RATP pas convaincus par les annonces d’Edouard Philippe sur les retraites – Le Monde

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Les cheminots de la gare de Lyon écoutent le discours d’Edouard Philippe sur la reforme des retraites, le 11 décembre.

Autour des piquets de grèves, dans les dépôts de trains et de bus parisiens, les agents grévistes de la RATP et de la SNCF ont suivi avec attention, mais sans se faire d’illusions, les annonces d’Edouard Philippe sur la réforme des retraites. Devant le hangar de la gare de Lyon, où se déroulent depuis sept jours les assemblées générales des cheminots à Paris, une cinquantaine de manifestants ont écouté la voix du premier ministre s’élever d’une enceinte posée à même le sol. Les délégués syndicaux de la gare se tiennent au centre, sous l’objectif d’une dizaine de caméras venues capter les réactions de l’assemblée. La mobilisation dans les transports, stratégique pour le maintien des blocages dans le pays, est observée de près.

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Les réactions sont pourtant rares dans l’assemblée. Quelques rires quand Edouard Philippe fait « le pari » que, dans quelques années, les gens seront pressés de passer au nouveau système. Un « Merci pour ma fille ! » retentit quand le premier ministre évoque la génération 2004 comme la première à intégrer directement le système. Un léger brouhaha se fait entendre quand ce dernier a une pensée pour « tous ceux qui galèrent et dont la journée est devenue un parcours d’obstacles ».

« Vous êtes rassurés ? »

Au terme du discours, Fabien Villedieu, délégué SUD-Rail, s’adresse aux grévistes. « Vous êtes rassurés ? » Un « non » massif lui répond. Mobilisés depuis le 5 décembre pour demander un abandon total du projet de système à points, de nombreux manifestants ne s’attendaient pas à un revirement important du gouvernement. Parmi les cheminots, le discours fait même figure de non-événement. La seule surprise vient du fait que le premier ministre n’a fait aucune allusion à eux pendant tout son discours, à part pour évoquer les difficultés des usagers. « Il s’est adressé aux policiers, aux pompiers, aux surveillants pénitentiaires, aux enseignants, aux aides-soignants, à tout le monde, mais pas à nous. C’est une façon de diviser la population », s’énerve Mélina, 39 ans, agent d’accueil sur le RER D.

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« On va tous se faire manger, résume pour sa part Raffi, conducteur de train de 35 ans. Cela ne m’a pas rassuré mais ça m’a conforté dans l’idée de durcir le mouvement dans les jours à venir. » La détermination à poursuivre la mobilisation après les annonces se retrouve aussi dans les réactions des grévistes de la RATP. Dès mardi, plusieurs assemblées générales, parfois interprofessionnelles, s’organisaient pour une poursuite de la grève jusqu’à la fin de semaine, voire au-delà. L’appel à une nouvelle manifestation nationale par les syndicats, le 17 décembre, avait déjà renforcé cette ambition pour les manifestants. Le discours d’Edouard Philippe ne l’a pas remise en cause.

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