Le débat sur la réforme des retraites revient: que dit la Macronie? – Le HuffPost

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POLITIQUE – Préparer le terrain. C’est le président de la République, lui-même, lors de la première étape de son “pèlerinage” dans les territoires qui a replacé le débat au centre du jeu. Loin d’être remisée aux oubliettes, la réforme des retraites -sur pause depuis le début de la crise sanitaire- pourrait faire son grand retour dans les mois à venir.

L’avait-il en tête, au moment d’évoquer, à nouveau, d’éventuelles “décisions difficiles” à prendre au coeur de l’été? Rien n’est moins sûr, mais “tout est ouvert” selon les mots d’Emmanuel Macron le 3 juin depuis le village médiéval de Martel dans le Lot. 

Depuis cette sortie et à l’heure où le chef de l’État veut “prendre le pouls des Français” pour savoir ce qu’ils sont prêts à accepter à un an de l’élection présidentielle, les prises de positions se multiplient en Macronie. Et si certains, comme le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, estiment qu’une tel chamboulement ne constitue pas franchement la priorité en pleine pandémie de covid-19, la petite musique dominante semble être celle d’une réforme “indispensable” ou “inéluctable.” Pour la fin de mandat?

“Une priorité” pour Bruno Le Maire

S’il se refuse à se prononcer clairement sur le calendrier, Bruno Le Maire voit ce chantier comme une “priorité” et ne veut pas “perdre de temps.” Pour revenir ”à la normale”, selon les mots du ministre de l’Économie dans leJournal du Dimanche, “le moyen le plus efficace reste la croissance, qui passe par des investissements massifs, prévus dans France Relance (…) Puis poursuivre les réformes structurelles: la priorité, ce sont les retraites.”

“Nos compatriotes ont parfaitement compris que l’avenir de notre système de répartition en dépendait”, insiste-t-il dans cette interview publiée ce dimanche 6 juin, avant de reconnaître: “Le président de la République a été clair: la réforme des retraites ne peut pas être reprise en l’état. Ce qui n’exclut pas de tenir compte de la situation individuelle de ­chacun.”

Quelques jours auparavant, le ministre issu des rangs de la droite disait déjà au Figaro sa conviction que le pays “doit travailler davantage”, jugeant “indispensable”, une refonte “structurelle.” “Il faudra, le moment venu, c’est le président de la République qui le décidera, une réforme des retraites qui s’inscrira dans une augmentation globale du volume de travail français”, expliquait-il le 1er juin. Question timing, “moi, je suis favorable à ce qu’on ne perde pas de temps.”

“Travailler plus longtemps”, pour Édouard Philippe

Une position logiquement partagée par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe. Celui qui est redevenu maire du Havre a rappelé, au micro de LCI, son rôle quant à ce projet de réforme alors qu’il était en dédicace de son livre Impressions et lignes claires, coécrit avec Gilles Boyer, dans une librairie à Paris samedi 5 juin: “Nous avons insisté pour qu’il y ait, à l’intérieur de cette réforme, des mesures qui permettent de garantir l’équilibre du système.” 

En d’autres termes: ”Évidemment, cela veut dire qu’il faut travailler progressivement plus longtemps. Ce n’est pas forcément très agréable à entendre.” Pour l’ancien chef du gouvernement, “le sujet est sérieux, il faut penser à l’équilibre des retraites et oui, on devra prendre des mesures qui seront peut-être impopulaires.”

“Inéluctable”, pour François Bayrou

“Indispensable” ou “prioritaire”, pour Bruno Le Maire, la réforme est “inéluctable”, pour le président du Modem François Bayrou, qui estime qu’elle sera “au cœur de la campagne présidentielle”, donc remisée à l’après-2022.

Pendant la campagne, “chacun viendra et dira si oui ou non il est déterminé à assumer cette réforme pour une seule raison, c’est que les pensions continuent à être payées”, a ainsi fait valoir le Haut-Commissaire au Plan, chef de l’un des trois piliers de la majorité parlementaire, samedi 5 juin sur BFMTV, en ajoutant: “si on va dans le sens des bras ballants et de se désintéresser du sujet, un jour -peut-être prochain- ce sont les pensions qui seront en question.”

Que dit Emmanuel Macron? 

Même pour l’aile gauche de la majorité, que l’on dit la plus réticente à remettre, pour l’instant, le dossier sur la table, tout n’est qu’une question de temps. “La crise n’a pas du tout invalidé l’intérêt d’une réforme des retraites”, assurait par exemple la ministre du Travail Elisabeth Borne dans l’émission “Questions politiques”, sur France Inter et franceinfo dimanche 30 mai. Pour elle, “on a aujourd’hui un système avec 42 régimes, auquel personne ne comprend rien, qui est par ailleurs injuste.” 

Quant au contenu, “rien n’est exclu”, selon les mots d’Emmanuel Macron dans le Lot, à l’heure où une source gouvernementale évoque auprès de l’AFP une décision en “juillet prochain.”

Mais la réforme “très ambitieuse”, “porteuse d’inquiétudes” avec son ”âge pivot” pour inciter à travailler plus longtemps, qui était sur les rails avant d’être fauchée net par la crise du Covid, ne pourra pas être “reprise en l’état”. En cause: la pandémie et la crise économique et sociale, mais aussi le risque de remettre le feu dans le pays, à moins d’un an de l’élection présidentielle, sur un terrain peut-être préparé, mais toujours aussi miné. 

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