Le cloud, un virage incontournable mais risqué

Le cloud, un virage incontournable mais risqué

Le cloud n’a pas encore atteint l’âge de la maturité. 17 ans après le lancement d’Amazon Web Services, qui a donné le coup d’envoi du marché, les promesses initiales d’agilité, de scalabilité, de haute disponibilité et de réduction des coûts sont encore loin d’être au rendez-vous.

Sur la fameuse courbe d’adoption de Gartner, les entreprises pionnières du cloud ont franchi le pic des « attentes démesurées » pour s’embourber dans la vallée des désillusions. Il leur faut désormais remonter la pente de la consolidation pour espérer atteindre le plateau de productivité. Si la montée dans le nuage n’est plus contestable, l’ascension est plus longue que prévu.

Deux chiffres d’une étude du cabinet de conseil et d’audit PwC, publiés en mars, résument la situation. 58 % des dirigeants français interrogés déclarent que leur entreprise a adopté le cloud dans la plupart ou la totalité des fonctions de l’entreprise. Dans le même temps, 94% de ces dernières éprouvent « des difficultés à tirer une valeur tangible de leur passage au cloud ».

Le poids de l’existant

La première erreur des précurseurs a été de foncer tête baissée. Les applications ont été migrées en mode « lift and shift » sans être modifiées au préalable. Ce « copier-coller » n’a non seulement pas apporté la valeur attendue mais a fait les exploser les coûts quand celles-ci consomment un grand nombre de données en entrée et en sortie.

Toujours dans cet entre-deux, les entreprises ont conservé leur datacenter et leur infogérant, multipliant les factures. « Ce mode intermédiaire entraîne des coûts supplémentaires sans apporter les gains attendus en termes d’automatisation et d’agilité », juge Henri Chabrier, associé responsable des activités cloud chez PwC France et Maghreb. « Penser qu’il suffit de démanteler ses datacenters et de migrer ses applications à l’identique dans le cloud est un vœu pied », confirme Hichem Dhirf, directeur du Cloud Center of Excellence de Sopra Steria.

A la différence des startups qui peuvent « from scratch » partir sur une architecture cloud native, les entreprises installées doivent composer avec le poids de l’existant. « Tout un travail préparatoire doit être mené en amont pour optimiser l’architecture du SI, engager le décommissionnement des applications obsolètes, poursuit Hichem Dhirf. Sinon, on ne fait que rajouter de la complexité à la complexité. »

Autre écueil, les organisations ne maîtrisent pas toujours les modes de consommation propres au cloud. « Les équipes IT ont encore les réflexes liés à l’exploitation d’un datacenter, observe Henri Chabrier. Elles ont tendance, par précaution, à surdimensionner l’infrastructure et n’éteignent les machines virtuelles non utilisées sur des périodes fixes. »

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Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier

Une dérive d’autant plus préjudiciable que les entreprises ont généralement fait le choix de tout miser sur un cloud provider, se retrouvant pieds et mains liés avec celui-ci. Depuis, l’approche à fois hybride et multicloud leur a permis de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier et de compartimenter l’hébergement des données critiques.

Le marché a aussi donné des gages d’ouverture. Au-delà des hyperscalers, l’offre s’élargit avec de nouveaux acteurs qui se positionnent sur le créneau du cloud de confiance de type NumSpot. Comprenant qu’une partie du marché leur échappaient, les géants du numérique nouent des partenariats comme le consortium S3NS qui associe Thales à Google Cloud.

Pour que le cloud ne soit pas une boîte noire, la DSI est, de son côté, montée en compétences en investissant dans une politique interne de certifications. Hichem Dhirf note aussi une tendance à la réinternalisation des expertises. « La DSI s’organise en « tribus » avec des équipes mixtes composées de prestataires et de collaborateurs. »

Poser un cadre de gouvernance

La DSI a aussi posé un cadre de gouvernance pour uniformiser les règles d’architecture, les processus organisationnels. Cela passe par la création d’un centre d’excellence cloud (CCoE) et l’adoption d’un ensemble de méthodologies – DevOps, CI/CD – pour encadrer et industrialiser les migrations dans le cloud. Avec l’approche FinOps, la DSI s’est aussi adjoint des profils complémentaires d’ingénierie financière afin de maitriser et rationaliser les coûts.

Enfin, il convient de changer de perception sur le cloud. « Il ne doit pas être regardé sous le seul prisme technique mais comme apporteur d’innovations et de valeur business » avance Henri Chabrier qui plaide pour « faire du cloud un sujet du CoDir, avec une approche globale à 360°». Alors que le cloud est un prérequis à la mise en place de modèles l’IA générative, le défi n’est pas mince et peut conditionner la survie de certaines entreprises.

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