Le cinéma au secours de la TVOD (et réciproquement)

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86,2 % du marché de la vidéo et 575 millions d’euros de recettes : c’est le poids et les recettes de la SVOD à fin mai en France. Ce qui revient à dire que l’essentiel des dépenses des foyers sont consacrées aux abonnements à la SVOD, marché monopolisé quasi exclusivement par le trio infernal américain « NAD » : Netflix, Amazon, Disney+. Bien que Salto et Brut X tirent leur épingle du jeu dans le classement de mai, les services tricolores éprouvent de réelles difficultés pour rivaliser avec les streamers américains.

Année de transition pour la TVOD

En mai, le marché de la SVOD a donc continué de gagner du terrain en affichant une croissance de 21% tandis que le marché de la location (TVOD) reculait de 28,8% et celui de la vente (EST) se repliait de 28,5%. Le repli de 2021 pour la VOD traditionnelle fait suite à une très forte progression sur la même période de 2020, liée au premier confinement. Mais le manque de nouveautés VOD sur le second trimestre 2021 pèse lourdement sur les performances de l’année. Et puis il y a la question de la consommation illégale de vidéo, en particulier pour les nouveautés. Et là, on ne peut que s’interroger sur la stratégie des pouvoirs publics : création de l’ARCOM (compression de l’HADOPI et du CSA) mais comme l’écrivait récemment le journal les Echos :  « Il n’y aura finalement pas de transaction pénale visant l’internaute , c’est-à-dire d’amendes automatiques en cas de manquements répétés, comme le souhaitait le Sénat. Un sujet trop sensible d’un point de vue politique… » On va donc laisser les pirates pirater.

Garantir l’existence de services de VOD français

Dans ce contexte, il est essentiel que la VOD retrouve un niveau d’activité plus important mais il faudra attendre la rentrée pour que le line-up VOD se garnisse à nouveau avec les sorties salles de l’été. En effet, la bonne santé de la VOD contribue à la fois à apporter des recettes aux éditeurs de programmes mais aussi à permettre aux services de VOD français de poursuivre leur activité et de continuer à investir pour se développer. Comme pour la SVOD, le marché de la TVOD est composé de services français certes, mais aussi de services américains pour lesquels les recettes de la VOD sont marginales dans leur chiffre d’affaires : Amazon, Rakuten, Apple, Google pour les plus importants. L’offre tricolore de VOD doit pouvoir rivaliser avec les géants américains.

Canal, ami ou ennemi de la VOD ? 

Un autre danger guette la VOD : la position de Canal+. En effet, dans une longue interview accordée à Ecran Total, Maxime Saada, le patron de Canal+, a revendiqué une fenêtre pour sa chaîne à 3 ou 4 mois après la sortie salle : « le seul modèle susceptible de fonctionner pour Canal+ (…) est une fenêtre à trois ou quatre mois. » Ce qui reviendrait à tuer définitivement à la fois le marché physique (déjà en grande difficulté), mais aussi le marché de la VOD transactionnelle qui se verrait concurrencer de manière frontale par la chaîne cryptée.  Une menace que Maxime Saada écarte d’un revers de la main : pour lui sa demande est légitime car la contribution de la VOD au financement du cinéma français « c’est epsilon » et qu’« il y a donc 22 millions de foyers (sur 27) qui n’ont pas Canal+ et qui continueront à consommer de la VOD. » Evidemment, le raisonnement de Canal+ est motivé par son combat contre la fenêtre qui pourrait être accordée à la SVOD, passant de 36 mois à 12 mois.

Le cinéma a besoin de la VOD

Sur les 5 premiers mois de l’année, la VOD est donc passée de 133 millions d’euros de recettes en 2020 à 92 millions en 2021, soit un repli de 30%. Mais le rebond est attendu pour la rentrée avec le retour des films sortis en salles depuis la réouverture des salles obscures. L’équilibre économique du marché et de la prochaine chronologie des médias passe par une VOD forte et dynamique. Il ne suffit pas de se contenter de juger la VOD à l’aune de sa contribution au fond de soutien du CNC comme le font trop souvent certains professionnels, mais plutôt à sa capacité à offrir un écrin légal qualitatif à tous les films à la suite de la salle, véritable rempart, mais insuffisant, pour combattre la piraterie.  Et pour que cesse ce que Pascal Rogard, DG de la SACD, dénonce sur son blog : « Vidéo physique et vidéo à la demande à l’acte sont écrabouillés… Qui s’en soucie ? »

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