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Le chanteur américain Little Richard, « l’architecte du rock’n’roll », est mort – Le Monde

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Le chanteur américain Little Richard, en juillet 2005, en Espagne.

Le chanteur américain Little Richard, en juillet 2005, en Espagne. ELOY ALONSO/REUTERS

« Je suis l’architecte du rock’n’roll, l’initiateur, celui qui le personnifie. » Cette phrase tirée d’un entretien avec Andy Gill dans le mensuel musical britannique Mojo de décembre 1999, Little Richard l’a souvent prononcée. Avec des variantes, mais toujours pour affirmer son importance dans les premiers temps du rock’n’roll dans les années 1950. Au même titre que Chuck Berry (1926-2017), Jerry Lee Lewis, Fats Domino (1928-2017), Bo Diddley (1928-2008), Carl Perkins (1932-1998) et Elvis Presley (1935-1977). Homme de spectacle, tout en extravagance et débordement d’énergie, le chanteur et pianiste Little Richard est mort samedi 9 mai, à l’âge de 87 ans, a annoncé son fils, Danny Penniman, au magazine Rolling Stone. La cause de son décès est encore inconnue. Il avait connu un premier succès avec la chanson Tutti Frutti, publiée fin 1955.

Né le 5 décembre 1932 à Macon (Géorgie), Richard Penniman est l’un des douze enfants (sept garçons et cinq filles) d’une famille où le quotidien est régi par de stricts préceptes moraux. Ce qui n’empêche pas son père, maçon, de vendre de l’alcool de contrebande et de s’occuper d’un club de la ville. Petit, de constitution fragile, avec une voix assez aiguë qu’il garde après la puberté, le jeune Penniman reçoit vite le surnom de Little Richard lorsqu’il commence à chanter au sein d’une formation familiale de gospel dans les églises.

Timbre aigu

A l’âge de 13 ans, il est chassé de chez lui et recueilli par des voisins. Il expliquera plus tard que c’était en raison de ses manières efféminées et d’une attirance naissante pour les garçons. Little Richard se dira, selon les époques, homosexuel, hétérosexuel ou bisexuel. Il travaille un temps avec un « médecin » ambulant, chargé d’attirer les gogos en chantant, participe à plusieurs formations de rhythm’n’blues. En 1950, il rencontre le chanteur Billy Wright, dit le « Prince du blues » dont la coupe de cheveux bouffante, la fine moustache, les longues vestes et pantalons larges brillants inspireront sa propre apparence.

Le parrainage de Wright lui permet de signer un contrat avec la compagnie RCA Records. Seule la chanson Every Hour, en 1951, aura un petit écho. Un blues basique auquel Little Richard donne un peu d’originalité par son déploiement vocal, timbre un rien féminin, un rien criard. Il apprend des rudiments de piano, instrument qu’il aborde avec une attaque rythmique très marquée venue du boogie-woogie. Sa signature au même titre que sa voix.

Il joue debout devant son piano, se démène, transforme le chant en hurlement

En février 1952, son père est assassiné devant son club. Little Richard trouve un emploi de plongeur et, le week-end, chante dans divers groupes. C’est avec The Upsetters, que sa réputation de sensation scénique gagne de l’ampleur. Il joue debout devant son piano, se démène, transforme le chant en hurlement. Devenu célèbre, il ne sera pas rare qu’il grimpe sur son piano, finisse ses concerts torse nu.

La compagnie phonographique Specialty Records, à Los Angeles, s’intéresse à lui. Une séance d’enregistrement est organisée à la mi-septembre 1955 à La Nouvelle-Orléans, avec les musiciens du pianiste et chanteur Fats Domino. C’est lors d’une pause, que Little Richard, aurait proposé Tutti Frutti, qu’il avait l’habitude d’interpréter depuis des années. La chanson débute par une suite d’onomatopées, « A wop/Bop a loo bop/A lop/Bam boom ». Rien à voir, dans la version originale, avec le dessert glacé. Ce tutti frutti-là est un terme d’argot qui désigne un homosexuel, la chanson est explicite : « Tutti Frutti, good booty/If it don’t fit, don’t force it », en français : « Tutti Frutti, chouette popotin/Si ça n’entre pas, ne force pas ».

Pour l’enregistrement, le « good booty » devient « aw rooty », déformation argotique de « all right », le narrateur évoque désormais deux filles, Sue et Daisy, qui certes savent s’y prendre, mais dans un texte tout en sous-entendus. On le doit à la parolière Dorothy LaBostrie (19282007), qui l’aurait rédigé sur place et en quelques minutes. Cette dernière indiquera que cette histoire de texte salace a été inventée après coup, pour permettre à Little Richard de co-signer le texte, et que la chanson était telle quelle dès l’origine.

Trois années de succès

Quoi qu’il en soit, le 45-tours est publié en novembre 1955 et Tutti Frutti grimpe à la deuxième place des classements « rhythm & blues » aux Etats-Unis. Suivront, en près de trois ans, pour Little Richard, ses principaux succès et l’essentiel de son répertoire. En mars 1956 c’est Long Tall Sally, numéro 1 « rhythm & blues » comme Rip It Up (juin 1956) et Lucille (février 1957), par ailleurs numéro 6 du « Top 100 », sa meilleure entrée dans ce classement général. Autres classiques, Ready Teddy, She’s Got It et The Girl Can’t Help It, qu’il interprète dans la comédie musicale du même nom réalisée en 1956 par Frank Tashlin (1913-1972) – dans laquelle apparaissent aussi Eddie Cochran (1938-1960), Fats Domino et Gene Vincent (1935-1971) –, Send Me Some Lovin’, Jenny Jenny, Keep A Knockin’… A peu près toujours sur le même modèle, avec le piano qui emporte la mélodie, un court solo de saxophone précédé d’un cri de Richard.

En octobre 1957, lors d’une tournée en Australie avec Vincent et Cochran, Little Richard annonce, après des visions de catastrophes, qu’il abandonne les turpitudes du rock’n’roll pour se consacrer à Dieu. Specialty publiera jusqu’en 1959 plusieurs enregistrements réalisés avant ce retrait. Parmi lesquels She Knows How To Rock, Whole Lotta Shakin’Goin’On (Richard a accepté de les enregistrer à son retour d’Australie), Good Golly Miss Molly, Hey-Hey-Hey-Hey ! Directly From My Heart To You (à son répertoire depuis 1952) et Kansas City.

Prêches et gospels

Fin 1957, il prend des cours de théologie et de comptabilité, et rencontre Ernestine Campbell, qui sera son épouse de 1959 à 1963. Il commence à prêcher à partir de début 1958 et ne veut plus enregistrer que des traditionnels de gospel ou des compositions témoignant de sa foi. Plusieurs albums paraîtront, dont The King of The Gospel Singers, pour Mercury, réédité en 1965 sous le titre It’s Real.

A l’automne 1962, Little Richard accepte toutefois de venir tourner en Europe en même temps que le chanteur de soul Sam Cooke (1931-1964). Aux airs gospels, il mêle des versions encore un peu sages de ses succès. A l’automne 1963, lors d’une autre tournée européenne, il se montre plus énergique. Il enregistre à la mi-novembre un programme pour la chaîne de télévision britannique Granada. Cheveux courts, cravate, costume sobre, accompagné du groupe Sounds Incorporated, il termine le show en sueur et en chemise. L’émission « It’s Little Richard » est diffusée le 8 janvier 1964, puis vendue dans plusieurs pays dont les Etats-Unis.

Sa coupe de cheveux prend des proportions « pompadouriennes », ses costumes sont de plus en plus paillettés

Little Richard Is Back, sera le titre de l’album de son retour au rock. Précédé par le 45-tours Bama Lama Bama Loo (copie de Tutti Frutti), qui sort chez Specialty en avril 1964, il est publié en août 1964 par la compagnie Vee-Jay, avec une nouvelle version de Whole Lotta Shakin’Goin’On. Little Richard Greatest Hits pour Vee-Jay, en 1965, contient douze succès d’antan réenregistrés, dont Tutti Frutti, Long Tall Sally, Lucille… En octobre 1965, la ballade soul I Don’t Know What You’ve Got (But It’s Got Me), de Don Covay (1936-2015), sera son dernier titre à entrer à une place correcte, la douzième, dans les classements « rhythm & blues » aux Etats-Unis.

La quinzaine d’albums qui suivront pour diverses compagnies phonographiques sont soit des enregistrements de concerts soit des disques en studio avec souvent de énièmes nouvelles versions, à peine différentes, de ses tubes. Se distinguent dans cette discographie The Explosive Little Richard, chez Okeh, en janvier 1967, dans une orientation soul, comme The Rill Thing, pour Reprise Records en août 1970, et Right Now, pour United Superior Records en 1973.

Retour au rock

A défaut de disques marquants, il reste un spectaculaire homme de scène, dynamique et rageur. Sa coupe de cheveux prendra à partir du début des années 1970 des proportions « pompadouriennes », ses costumes sont de plus en plus tout en paillettes et soieries brillantes. Il joue généralement avec des orchestres de bonne qualité. En 1977, alors que son alcoolisme, sa consommation de cocaïne puis d’héroïne a pris des proportions inquiétantes, il se soigne et reprend ses activités de prêcheur. Il enregistre un disque de chants gospel en 1979. Au milieu des années 1980, il concilie sa foi et la pratique du rock’n’roll. Il enregistre même un disque de chansons pour enfants façon rock’n’roll, Shake It All About, publié en 1992 pour le label de la compagnie Walt Disney.

Moins vaillant à partir du milieu des années 1990, mais encore en voix, il continue de jouer surtout aux Etats-Unis – sa dernière venue en Europe remonte à 2005. Une opération à la hanche gauche, en novembre 2009, le contraint à rester sur une chaise devant son piano. La dite chaise étant d’un doré éclatant, car Little Richard se devait encore de tenir son rang. Et si ses derniers concerts remontent à 2014, il apparaissait encore sur scène à l’occasion, pour témoigner de sa foi dans des églises et des émissions de télévision.

Dates

5 décembre 1932 Naissance à Macon (Géorgie)

1951 Premiers enregistrements

1955 Révélation avec la chanson « Tutti Frutti »

1957 Décide d’arrêter le rock pour se consacrer à Dieu

1958-1959 « Whole Lotta Shakin’Goin’On » et « Good Golly Miss Molly » sont publiés par sa maison de disques

1964 Retour au rock avec l’album « Little Richard Is Back »

1977 Reprend ses activités de prêcheur

Années 1980 Nouveau retour au rock’n’roll

2014 Derniers concerts aux Etats-Unis

2020 Mort à l’âge de 87 ans

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