Un lanceur de balle de defense (LBD) de la police nationale. (Illustration) — ERIC BERACASSAT/SIPA
  • Depuis le début de la mobilisation des «gilets jaunes», plusieurs manifestants ont été blessés par des tirs de LBD.
  • Le ministre de l’Intérieur a annoncé que les forces de l’ordre qui l’utiliseront seront équipées de caméras-piétons.
  • Des policiers estiment que cette initiative renforce participe à créer « un climat de défiance envers le travail des forces de l’ordre ».
  • Mais d’autres observateurs, chercheurs et militants, pensent qu’elle va dans le bon sens.

Comment éteindre la controverse autour des LBD ? Depuis plusieurs jours, les fameux lanceurs de balle de défense, qui équipent les forces de l’ordre lors des opérations de maintien de l’ordre, sont accusés d’avoir gravement blessé des « gilets jaunes » lors de manifestations. Face à la polémique qui enfle, le ministre de l’Intérieur,
Christophe Castaner, a annoncé mardi, à l’Assemblée nationale, que les policiers et les gendarmes qui utiliseront cette arme non-létale, ce samedi,
seront équipés de caméras-piétons. Une bonne idée ? 20 Minutes fait le point.

Pourquoi les forces de l’ordre utilisent-elles cette arme ?

Le LBD-40 est le successeur du « Flash-ball », utilisé à partir des années 90 et destiné à neutraliser sans tuer. Policiers et gendarmes s’en servent lors des opérations de maintien de l’ordre, « dans les cas où des individus refusent de se disperser ou leur lancent des projectiles dessus », explique Eddy Sid, porte-parole du syndicat Unité SGP-Police FO en Ile-de-France. Le LBD « permet de sécuriser des manifestations avec des armes non-létales », d’éviter « un contact physique » avec des éléments virulents en les « maintenant à distance », ajoute-t-il.

Le syndicaliste remarque également que cette arme permet aux forces de l’ordre, épuisées après plusieurs semaines de mobilisation, de se défendre lorsqu’elles sont prises à partie par des manifestants. Il rappelle que 1.000 policiers et gendarmes ont été blessés depuis le début de la mobilisation des « gilets jaunes ». Eddy Sid souligne qu’un agent a failli être « lynché » sous l’Arc de triomphe, le 1er décembre 2018, tandis qu’un
gendarme mobile a été «piétiné» sur la passerelle Léopold-Sédar-Senghor, le 5 janvier dernier.

Le ministre a-t-il eu une bonne idée ?

Du côté des manifestants, quatre personnes selon le gouvernement, 17 selon un collectif militant, ont perdu un œil à cause de cette arme. Alors l’idée de Christophe Castaner « n’est pas mauvaise », estime Marion Guémas, responsable des programmes police, justice et prison à l’Acat (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture).

Mais elle se demande si l’Etat possède assez d’appareils pour équiper « tous les policiers et gendarmes qui utiliseront cette arme samedi ». Elle remarque aussi que le déclenchement de l’enregistrement « est à la discrétion de policier ou du gendarme qui l’utilise ». Enfin, elle souligne qu’il n’est pas obligé de le faire ou n’aura peut-être pas le temps d’appuyer sur le bouton avant de tirer.

« Une fois que vous avez reçu un projectile dans la tête, si ça a été filmé, on va pouvoir éventuellement sanctionner le policier. Mais ça ne vous rendra pas l’usage de votre œil », estime pour sa part Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS. « Il faudrait que les policiers ne soient pas placés dans des situations avec des équipements causant des dommages irréversibles. Mais c’est trop ambitieux par rapport à ce que le ministre peut faire dans l’immédiat. Il cherche des solutions qui ont un faible coût politique », explique-t-il à 20 Minutes.

« Il y a les “gilets jaunes” dans la rue, l’opposition qui crie, les syndicats de police qui ne veulent pas que les agents soient désarmés… Il est assiégé. Il constate qu’il y a un problème, il ne peut pas ne rien faire. Cette réponse, c’est d’abord un choix tactique. » Par ailleurs, selon nos informations, une association et un syndicat, la LDH et la CGT, ont lancé des recours juridiques pour tenter de faire interdire cette arme samedi.

Et qu’en pensent les policiers ?

Cette instruction du ministre de l’Intérieur participe à créer « un climat de défiance envers le travail des forces de l’ordre », déplore Eddy Sid. Il regrette qu’on « cible plus les forces de l’ordre plutôt que ceux qui sèment le trouble et qui ne jouent pas le jeu des institutions ». Il estime d’ailleurs que « cette polémique dessert le mouvement des “gilets jaunes” car, tant qu’on disserte sur l’usage du LBD, on ne parle plus de leurs revendications ». Toutefois, il observe qu’il faudrait davantage de formateurs pour encadrer les policiers lors de stages les entraînant à faire face aux violences urbaines.

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