La transition de Joe Biden, un parcours semé d’embûches par Donald Trump – Le Monde

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Joe Biden, ici à Atlanta (Géorgie), le 15 décembre, entrera en fonction le 20 janvier 2021 à midi, heure de la côte est, dans un climat inédit.

La victoire de Joe Biden lors de l’élection du 3 novembre a mis fin à un marathon entamé fin 2018 avec l’annonce des premières candidatures dans le camp démocrate. Elle a ouvert la voie à la transition, une période pendant laquelle le président élu compose son équipe et prépare son entrée en fonctions. Généralement, le processus se déroule sans anicroche, et la transition entre George W. Bush et Barack Obama, en 2008-2009, est à cet égard exemplaire, alors que celle de Donald Trump en 2016 était plus chaotique : à peine élu, il avait licencié le chef de l’équipe de transition et mis à la poubelle tous les documents qu’elle avait préparés.

Mais le 20 janvier 2021, à midi, heure de la côte Est, Joe Biden deviendra président des Etats-Unis dans un climat inédit : malgré le lancement d’une campagne de vaccination massive, la première puissance économique mondiale continue d’enregistrer jusqu’à 250 000 cas de Covid-19 en vingt-quatre heures – mercredi 16 décembre – et la pandémie qui y a fait plus de 300 000 morts a plongé le pays dans la récession. Et surtout, le président Donald Trump s’est évertué à saboter ce processus.

Les républicains acceptent la victoire de Joe Biden

C’était une formalité, mais elle n’allait pas de soi, compte tenu de l’attitude des élus du Parti républicain : les 538 grands électeurs qui composent le collège électoral se sont réunis, Etat par Etat, et ont confirmé, lundi 14 décembre, que Joe Biden a bien été élu 46e président des Etats-Unis. Après ce vote, les bulletins de vote des grands électeurs vont être envoyés à Washington, où le Sénat doit les recevoir avant le 23 décembre.

« Le collège électoral a parlé, donc je voudrais féliciter le président élu Joe Biden », a déclaré le chef des républicains au Sénat, le 15 décembre.

Ensuite, le 6 janvier 2021, une session conjointe du Congrès issu de l’élection du 3 novembre doit se réunir pour compter les votes du collège électoral. Le président du Sénat, le vice-président Mike Pence, présidera la séance et déclarera le vainqueur. Ce décompte est la dernière étape formelle pour rendre officiels les résultats de l’élection présidentielle avant l’investiture du 20 janvier.

Aucune objection ne devrait venir de la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, et les républicains qui contrôlent le Sénat ne devraient également plus s’opposer au résultat de l’élection. Après une dizaine de sénateurs républicains avant lui, Mitch McConnell, leur chef de file, a fini par reconnaître la défaite de Donald Trump : « Le collège électoral a parlé, donc je voudrais aujourd’hui féliciter le président élu Joe Biden », a déclaré l’élu du Kentucky.

Récit : « Le collège électoral a parlé » : le chef de file des républicains au Sénat finit par reconnaître la victoire de Joe Biden à la présidentielle américaine

Une transition parasitée

La transition, c’est un sprint de onze semaines, destiné à organiser les activités de 2,1 millions d’employés fédéraux, 2 millions de militaires, 800 000 agents du service postal et un budget fédéral de 4 800 milliards de dollars. Mais les services généraux de l’administration américaine (GSA) ont dû attendre pendant près de trois semaines le feu vert du président Trump pour donner accès aux dossiers à l’équipe de Joe Biden : le 20 janvier, l’administration Biden ne doit pas les découvrir, elle doit être opérationnelle.

Explications : La transition entre l’administration Trump et celle de Joe Biden commence officiellement

En effet, ces semaines perdues peuvent se payer cash : le rapport de la Commission sur les attaques du 11-Septembre soulignait que le retard causé par la victoire chaotique de George W. Bush en 2000, puis la transition accélérée, ont affaibli le pays face aux attentats du 11 septembre 2001.

Joe Biden et son équipe de sécurité nationale, à Wilmington (Delaware), le 24 novembre.

« La transition tardive du président Clinton à George W. Bush a conduit à un échec de la préparation de la sécurité nationale », relevait le rapport, ajoutant que « cette perte de temps a gêné la nouvelle administration dans l’identification, le recrutement, l’autorisation et l’obtention de la confirmation par le Sénat des principales personnes nommées ». « Une nouvelle administration, ce sont environ 4 000 nominations, avec environ 2 100 personnes qui auront accès à des informations classifiées », rappelait Kathryn Tenpas, de la Brookings Institution, lors d’un débat sur la transition organisé le 14 décembre.

Néanmoins, les obstacles semés par Donald Trump ne semblent pas entraver la transition. Joe Biden a connu la Maison Blanche comme vice-président pendant huit ans, et sait comment elle fonctionne. Et étant bien au fait de l’incurie de l’administration Trump – toutes les fonctions de l’administration ne sont pas occupées en raison de l’exceptionnel turn-over imposé par le 45e président –, l’équipe démocrate a largement anticipé la transition, dès que Joe Biden a été certain d’obtenir l’investiture du Parti démocrate. Le White House Transition Project, un organisme non partisan qui assiste les administrations pendant les transitions, relève même que l’équipe Biden – plus expérimentée, plus féminine et plus diverse – est en avance par rapport aux précédentes dans sa composition.

Analyse : Les premières nominations de Joe Biden promettent une administration à l’opposé de celle de Donald Trump

Mais après les premières nominations qui devraient recevoir l’assentiment du Sénat, l’équipe Biden est dans l’expectative. Elle doit attendre le résultat de l’élection des deux sénateurs de Géorgie, le 5 janvier. Une victoire des candidats républicains empêcherait les nominations de personnalités jugées trop radicales, proches de Bernie Sanders. Car la transition souligne aussi les tensions au sein du Parti démocrate : l’aile progressiste revendique sa part de la victoire et des places dans la nouvelle administration, mais rien n’est encore assuré.

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Une investiture à nulle autre pareille

L’investiture du nouveau président américain est traditionnellement un spectacle politique codifié au cours duquel les moments solennels alternent avec des passages plus légers. Le 20 janvier 2017, Barack Obama avait serré la main du président Donald Trump, embarqué à bord de l’hélicoptère présidentiel Marine One avant de s’envoler au-dessus du Capitole. Puis Donald Trump avait été investi devant quelque 250 000 personnes.

Joe Biden devrait prêter serment et prononcer un discours sur le front ouest du Capitole, face au National Mall, mais en petit comité.

Mais en 2021, celle de Joe Biden ne devrait ressembler à rien de connu. L’équipe chargée de la cérémonie a été présentée le 30 novembre mais le 15 décembre, elle a prévenu : en raison du risque sanitaire, elle demande au public de ne pas se rendre à Washington.

La cérémonie devrait combiner les éléments d’une inauguration traditionnelle avec des moments virtuels, à la télévision et sur Internet. Le comité d’investiture va lever des fonds privés pour financer des « événements virtuels » qui feront écho à la convention démocrate de cette année, rapporte le New York Times. M. Biden devrait prêter serment et prononcer un discours sur le front ouest du Capitole, face au National Mall, mais en petit comité, avec une scène conçue pour accueillir 1 600 spectateurs respectant les règles de distanciation sociale et portant des masques. Le reste du programme habituel – déjeuner au Capitole, parades et bals, etc. – devrait être annulé.

L’incertitude sur le comportement de Donald Trump

Depuis le 3 novembre, Donald Trump vit quant à lui dans une réalité parallèle. N’ayant toujours pas concédé sa défaite, il n’a de cesse de demander la vérification des signatures sur les bulletins de vote du 3 novembre, quand il ne dénonce pas, sans preuve, des « fraudes massives » à l’élection. Avant la réunion du collège électoral, il a tweeté, le 12 décembre, que « LE COMBAT NE FAIT QUE COMMENCER !!! ».

Seuls trois présidents – John Adams (1801), John Quincy Adams (1829) et Andrew Johnson (1869) – n’ont pas assisté à l’investiture de leur successeur.

Le 27 novembre, lors du traditionnel discours aux membres des forces armées américaines pour Thanksgiving, il déclarait qu’il ne quitterait la Maison Blanche que si le collège électoral votait pour Joe Biden. Mais il ajoutait aussitôt : « Je pense qu’il va se passer bien des choses d’ici le 20 janvier. Beaucoup de choses. »

Enfin, il continue d’entretenir le doute sur sa participation à la cérémonie du 20 janvier. Lorsque Fox News lui a demandé s’il comptait y assister – comme le veulent la tradition et le protocole –, Donald Trump a botté en touche : « Je ne veux pas parler de ça », a-t-il répondu. A la place, il envisage d’organiser, à l’heure de la cérémonie de Washington, un rassemblement pour lancer sa campagne de 2024, parasiter l’investiture de Joe Biden et forcer le Parti républicain à le suivre.

Avant lui, seuls trois présidents sortants – John Adams en 1801, son fils John Quincy Adams en 1829 et Andrew Johnson en 1869 – ont refusé d’assister à l’investiture de leur successeur.

Analyse : Donald Trump ouvre la porte à une candidature en 2024

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