La tech française reste toxique

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La tech française reste toxique

Le père Noël est passé en avance et a déposé deux gentils livres dans ma petite chaussette. Je vous en parlerai plus en détail la semaine prochaine. Un post LinkedIn m’a tellement énervé que j’ai besoin de vous en parler pour vider mon sac.

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Drame en trois actes

C’est au détour d’un tweet que j’ai pris connaissance d’un message qui m’a fait soulever un sourcil, message que vous voyez en illustration de cet article. Après s’être pris une volée de bois vert et s’être considérablement enfoncé dans la caricature la plus misogyne possible depuis la présidence Trump, l’auteur a courageusement amendé son post original. Mais sans supprimer les commentaires où il continuait à expliquer qu’une femme ne peut pas être une bonne codeuse si elle passe trop de temps dans la salle de bains. Au passage, il n’explique jamais ce qui fait une bonne codeuse.

Piquée au vif par ce discours d’un autre temps, j’ai pris mon clavier pour lui répondre. Toutes les personnes qui me connaissent savent que j’apporte un soin particulier à mon apparence et que mes cheveux sont sacrés. Même pendant les confinements, j’ai continué ma routine beauté, tout simplement parce que ça me faisait du bien. Ce temps me permet de décrocher de ce que je fais.

Mercredi matin, tous les commentaires avaient disparu. L’auteur a courageusement désactivé cette fonction, supprimant au passage tous les reproches qui lui avaient été adressés. En quoi est-ce problématique se demande le lecteur ? Ce n’est qu’un réseau social. En effet, LinkedIn est un réseau social. À visée professionnelle.

La femme ramenée à son physique

En ce moment, je regarde Ally Mc Beal, disponible sur Prime. Cela fait un fond sonore pas trop fatiguant pendant que je travaille la nuit. Hasard : au moment où je découvrais ce post, l’épisode était consacré à une femme, poursuivie pour harcèlement sexuel. Motif : ses vêtements sont trop sexy, ce qui provoque une atmosphère toxique pour ses collègues féminines. Il s’en suit une passe d’armes entre avocats. Renée, qui défend la jeune femme, nous assène une jolie démonstration. En 20 ans donc, rien n’a changé.

Une femme qui prend soin d’elle, qui aime avoir des ongles longs, des cheveux longs, sera regardée comme moins impliquée et moins compétente que ses homologues masculins. Coder doit être une passion, qui doit prendre toute la place. A contrario, une femme qui n’aimerait pas spécialement avoir les ongles longs ni les cheveux jusqu’aux reins sera vue comme plus professionnelle. Entre le PC et la salle de bain, point de salut donc.

Le plus « amusant » est la phrase « une codeuse aura moins le temps de se faire raffinée très souvent ». On rappellera qu’on est sur un réseau social professionnel. La moindre des politesses pourrait consister à faire des phrases qui ne donnent pas l’impression de lire un devoir de CM2. Je présente mes excuses par avance à tous les CM2 qui pourraient se sentir offensés. Si le raffinement d’une femme tient à la longueur de ses ongles et de ses cheveux, autant vous dire qu’on peut enlever supprimer les reines de l’élégance et du bon goût que sont Grace Kelly, Jackie Kennedy, Audrey Hepburn, etc.

L’excuse foireuse de la passion

L’argument le plus toxique, le plus stupide et le plus mensonger qui soit dans le post n’est même pas la question de l’apparence de la femme. C’est celui-ci « l’art de coder est une passion dévorante ». Au risque de m’attirer moi-même les foudres des uns et des autres, non, coder n’est pas un art. C’est une science et ce n’est pas une passion dévorante. C’est une faculté technique qui nous permet de réaliser des projets, qui eux, peuvent être dévorants.

Je ne me suis jamais levée le matin en me disant « je vais me donner toute entière à mon code ». Mais je me suis déjà levée en me disant « aujourd’hui, j’achève tel élément de mon projet afin de pouvoir me consacrer à mes travaux d’écriture ou de recherche (par exemple) ». Mes journées sont calibrées de telle façon que chaque élément est équilibré et n’empiète pas sur d’autres. Pourquoi ? Parce que passer 12 h par jour sur quelque chose n’est pas sain, que cela n’apporte aucune créativité, aucun recul.

C’est sous couvert de « passion » qu’on propose aux créatifs de bosser gratuitement, de dessiner pour de la visibilité ou qu’on demande à des gens de développer des applications gratuitement. Pour ces derniers, généralement, ils auront droit à de la pizza froide, en échange d’un marathon de développement. Parler d’une compétence comme d’une passion est un piège, car ils poussent à accepter le travail gratuit ou mal rémunéré. Vous avez de la valeur, monnayez-la.

Foutez-nous la paix

Mettez trois femmes dans une pièce. Aucune d’entre elles n’aura les mêmes rituels de beauté. Chacune d’entre nous a ses propres marottes, ses propres points auxquels elle apporte un soin particulier. Mais le plus important est que ça nous concerne exclusivement.

Personne ne remet en cause les qualités professionnelles d’un homme sur la seule base de son apparence. Pourquoi le faire avec les femmes ? Parce qu’on passerait plus de temps dans la salle de bain ? Je connais des types qui passent des heures à tailler et lustrer leur barbe, qui font les magasins encore plus souvent que moi (oui, c’est possible), qui ne sortent jamais de chez eux si leur chemise n’est pas impeccablement repassée.

Et si vous en êtes encore au stade où avoir un physique et un cerveau sont incompatibles, proposez-vous comme cobaye pour les essais russes du vaccin contre le COVID.

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