La start-up d’interface homme-machine d’Elon Musk va vous épater, voici pourquoi

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La start-up d'interface homme-machine d'Elon Musk va vous épater, voici pourquoi

Elon Musk n’a pas pu résister à faire une petite blague lorsqu’il a présenté au monde entier Neuralink, le projet d’interface cerveau-ordinateur (BCI – interface homme-machine) sur lequel il travaille depuis deux ans. « Je pense que cela va vous épater (“blow your mind” en bon anglais) », a-t-il déclaré.

L’objectif de sa start-up est de développer une technologie permettant de s’attaquer aux problèmes de santé neurologiques, depuis les dommages causés par les traumatismes du cerveau ou de la colonne vertébrale jusqu’aux problèmes de mémoire, qui peuvent devenir plus fréquents en vieillissant. L’idée est de résoudre ces problèmes grâce à un dispositif numérique implantable qui peut interpréter, et éventuellement modifier, les signaux électriques émis par les neurones du cerveau.

« Si vous pouvez corriger ces signaux, vous pouvez résoudre des pertes de mémoire, des pertes auditives, la cécité, la paralysie, la dépression, l’insomnie, la douleur, des crises, l’anxiété, la dépendance, des accidents vasculaires cérébraux, des lésions cérébrales ; tout cela peut être résolu grâce à une puce neurale implantable », détaille Elon Musk lors de la démonstration de sa technologie. Il a également ajouté, de manière inattendue, que des porcs vivants avaient été utilisés pour tester cette technologie.

Neuralink est-il aussi révolutionnaire que le battage médiatique actuel pourrait le laisser croire ? La démo, dirigée par l’entrepreneur et diffusée en streaming au début du mois, était une étape majeure pour le développement de Neuralink depuis l’été dernier. Elon Musk l’a utilisé pour présenter la dernière version de son matériel : un petit dispositif circulaire qui se fixe à la surface du cerveau, recueille les données du cortex et les transmet à des systèmes informatiques externes pour analyse.

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« Fitbit du crâne »

Le système a été implanté in situ chez un porc, recueillant des données sur l’activité neurale de l’animal lorsque son museau touche quelque chose, et créant une représentation visuelle de cette information.

Mais, malgré toute l’excitation provoquée par ce qu’Elon Musk a nommé l’équivalent d’un « Fitbit du crâne » (y compris un léger contretemps, lorsque le cochon est devenu timide devant la caméra), tous les concepts technologiques présentés pendant cet événement avaient déjà été vus ailleurs auparavant. Il existe déjà plusieurs types d’interfaces cerveau-ordinateur qui recueillent des données sur les signaux électriques du cerveau et les traduisent en données pouvant être interprétées par des machines.

Et, bien que la technologie Neuralink n’ait pas encore été utilisée sur des sujets humains, un certain nombre de laboratoires de recherche ont déjà travaillé ce scénario. A ce jour, une poignée de personnes a été équipée de dispositifs d’interface cerveau-ordinateur fonctionnels. En général, il s’agit d’individus paralysés suite à une lésion de la colonne vertébrale, et qui utilisent les BCI pour les aider à retrouver une partie de leurs capacités. Dans les exemples connus, l’un d’eux a récupéré suffisamment de mouvements dans ses mains pour être capable de jouer à Guitar Hero.

Quelles sont les avancées de Neuralink par rapport aux dispositifs existants ?

« A part la mise en œuvre du système qui a été construit, tout ce qui a été montré avait déjà été présenté dans le passé », explique à ZDNet l’ingénieur neuronal Edoardo Anna, associé postdoctoral au département de médecine physique et de réadaptation de l’université de Pittsburgh. « D’un point de vue scientifique, il n’y avait donc rien de nouveau dans ce sens. »

La réussite d’Elon Musk consiste plutôt à construire quelque chose qui ressemble à un produit qui pourrait réellement aider de vrais patients, plutôt qu’à un projet de recherche – le stade auquel se trouvent actuellement de nombreuses autres BCI. Et ce n’est pas la seule différence qu’il y a entre l’interface cerveau-ordinateur de Neuralink et les autres, utilisées ailleurs :

  • Alors que de nombreuses BCI impliquent souvent des systèmes câblés, celle d’Elon Musk utilise du Bluetooth Low Energy pour communiquer sans fil. Les BCI traditionnelles utilisent des réseaux qui s’intègrent au cerveau à l’aide d’électrodes rigides.
  • Neuralink utilise des fils souples. Habituellement, les BCI utilisent une boîte avec du matériel qui se trouve à l’extérieur du crâne ; celle de Neuralink ne devrait pas être visible de l’extérieur.
  • La plupart du matériel des BCI de recherche est implanté par un neurochirurgien humain ; Neuralink dispose d’un robot pour effectuer la plupart de ces opérations chirurgicales.

Un « très bon travail d’ingénierie »

« Ils ont fait un très bon travail d’ingénierie », affirme le professeur Andrew Jackson, professeur d’interfaces neuronales à l’université de Newcastle. « Ils ont fait des progrès dans tous les domaines où l’on peut s’attendre à ce qu’une entreprise technologique bien financée et disposant de ressources suffisantes fasse des progrès. Cela signifie des choses en termes de miniaturisation de l’électronique, de réduction de la consommation d’énergie d’une batterie, et le fonctionnement sans fil. »

« C’est un peu injuste à dire, mais dans une certaine mesure, ce sont des choses réalisables avec un gros investissement d’une entreprise technologique de la Silicon Valley, car traditionnellement, une grande partie de la technologie utilisée en neuroscience a été réalisée avec un budget beaucoup plus restreint que celui-ci, et tout n’est donc pas toujours optimisé au même niveau que celui auquel on est habitué dans le monde de l’électronique grand public », explique-t-il.

Même si la démonstration de Neuralink ne présente pas une technologie jamais vue auparavant, elle illustre la façon dont la technologie progresse vers une commercialisation. « Je pense que la grande question est de savoir quelles sont les nouveautés qui peuvent être faites avec cette technologie. Je pense que c’est dans une certaine mesure une question plus intéressante », ajoute le professeur. C’est aussi une question pour laquelle Elon Musk ne manque pas de réponses.

Télépathie et téléchargement de souvenirs

La plupart des travaux de BCI actuellement en cours se répartissent en deux camps :

  • soit il s’agit de fabriquer un kit non invasif de qualité grand public qui pourrait à terme offrir un moyen d’interagir avec des appareils comme les smartphones – des interfaces utilisateur basées sur des pensées plutôt que sur des touches ou des commandes vocales ;
  • soit des systèmes de qualité médicale pour aider les personnes souffrant de lésions cérébrales ou spinales à surmonter leur paralysie.

Elon Musk a cependant des objectifs beaucoup plus larges pour sa BCI. La démonstration présente la possibilité de guérir de nombreux problèmes médicaux, ainsi que des objectifs plus futuristes allant de l’invocation télépathique d’une Tesla au téléchargement de la conscience, et à la possibilité de télécharger des souvenirs.

Comprendre déjà comment fonctionne la mémoire

Pour atteindre ces objectifs, il faudrait inclure un tout nouvel ensemble de fonctionnalités dans le dispositif Neuralink, et le robot chirurgical devra apprendre de nouvelles techniques. Par exemple, l’actuelle interface Neuralink se trouve à la surface du cerveau, alors que certaines des utilisations à long terme du dispositif promu par Elon Musk nécessitera d’avoir accès aux structures plus profondes du cerveau. La connexion de l’électronique aux structures profondes du cerveau a déjà été faite – la stimulation cérébrale profonde est déjà utilisée pour traiter des problèmes médicaux comme la maladie de Parkinson – mais c’est un peu encombrant. Pour le type d’activités proposées par Elon Musk, une approche beaucoup plus subtile serait nécessaire. Il faudrait également que Neuralink stimule le cerveau (en envoyant des données dans le cerveau plutôt qu’en y lisant des informations).

Certaines des propositions de Neuralink, proches de la science-fiction, permettraient de combler certaines lacunes dans le domaine des neurosciences. La lecture des souvenirs et les applications similaires nécessiteraient d’abord une meilleure compréhension de ce qu’est la mémoire et de ce que sont les parties du cerveau impliquées. Les scientifiques ont une bonne idée, mais il n’y a pas de consensus sur la question de savoir si nous connaissons tous les morceaux (et ça se complique encore lorsqu’on commence à penser aux différents types de mémoire : souvenir des dernières vacances, comment jouer du piano, une liste des reines et des rois d’Angleterre par date… tous ces souvenirs se situant dans des régions cérébrales différentes).

« L’objectif à court terme dont ils ont parlé, qui est d’avoir un impact sur une personne paralysée et de lui donner le contrôle d’un curseur et d’un clavier ou quelque chose comme ça, c’est quelque chose que nous savons faire. Il n’y a aucun doute que vous pouvez construire un produit comme ça, qui est totalement réalisable », relève Edoardo Anna. Mais il ajoute que les idées à long terme, comme la capture des souvenirs et leur restitution, sont quelque chose que nous connaissons très peu. « Il y a des lacunes importantes dans notre compréhension scientifique, qui doivent être comblées avant même que nous puissions parler de les réaliser », nuance-t-il.

L’IA à la rescousse des neurosciences ?

Cela signifie-t-il que ces idées pourraient être freinées par la nécessité de renforcer la recherche en neurosciences ? Le Dr Tennore Ramesh, maître de conférences à l’université de Sheffield, pense que l’IA pourrait permettre d’atteindre certains des objectifs à long terme de Neuralink, que nous comprenions ou non les neurosciences qui les sous-tendent.

Le traiter comme s’il s’agissait d’un problème de neuroscience « n’est pas la bonne façon de penser. C’est en fait un problème d’ingénierie », explique-t-il. « Les neurones envoient des informations par bits, c’est presque comme un programme informatique. Bien sûr, c’est plus compliqué que cela mais, surtout avec l’avènement de l’intelligence artificielle, je pense que c’est assez faisable », confie-t-il.

« En ce qui concerne l’utilisation de l’IA pour résoudre ce problème, cela signifie-t-il pour autant que nous comprendrons comment fonctionne le cerveau ? Probablement pas, car beaucoup de ces IA sont en fait des boîtes noires. Mais cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas les utiliser ou utiliser les fonctionnalités qu’elles fournissent. De ce point de vue, nous ne comprenons peut-être pas très bien les neurosciences, mais cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas fabriquer un produit capable de faire ces choses », raconte Tennore Ramesh.

« Obtenez une interface neurale, évitez la mort »

Quoi qu’il en soit, les objectifs dépassant les capacités scientifiques et techniques actuelles fixés pour Neuralink donne non seulement aux scientifiques une vision audacieuse à viser, mais elle génère également du battage et de l’intérêt pour la société. Contrairement aux chercheurs qui travaillent sur des BCI en laboratoire, l’objectif final d’Elon Musk est quand même de faire des bénéfices. Et pour ça, il doit convaincre le monde que Neuralink est un dispositif aussi bien grand public que médical. Ce qui signifie également qu’il faut convaincre des milliers de personnes ordinaires, sans problème de santé particulier, de subir une opération du cerveau.

Pour la plupart, l’idée d’avoir un morceau de crâne percé juste pour y installer un Fitbit semblera scandaleuse. Il fonctionne très bien au poignet, merci bien. Mais le fait de pouvoir rejouer ses souvenirs, de télécharger sa conscience ou encore de fusionner avec une IA… semble proposer à l’utilisateur une perspective pour tromper la mort. Cette idée pourrait mettre plusieurs décennies à se concrétiser mais, peut-être qu’à long terme, le slogan “Obtenez une interface neurale, évitez la mort” pourrait en convaincre plus d’un.

Source : ZDNet.com

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